La secte comme allégorie du totalitarisme

TITRE : 23 000

AUTEUR : Vladimir Sorokine

TRADUIT par Bernard Kreise

EDITIONS de l’Olivier


Dans 23 000, dernier volume de la Trilogie de la Glace, comme les dans précédents La Glace et La Voie de Bro, publiés par les éditions de l’Olivier, Vladimir Sorokine relate l’épopée de la Confrérie de la Lumière.

Bro, fondateur de la secte, a découvert en Sibérie les pouvoirs de la glace de la météorite de Tunguska, tombée en 1908 et depuis source d’autant de légendes que de recherches scientifiques. Le cœur de Bro s’est éveillé, il a perçu qu’il devait créer la Confrérie de la Lumière et retrouver ses 23 000 frères et sœurs.

Pour qu’à leur tour leur cœur s’éveille et se mette à parler, leur poitrine doit être violemment heurtée avec un marteau de glace. Ainsi des êtres humains, impérativement blonds aux yeux bleus, prennent conscience qu’ils sont des êtres élus, incarnations de la lumière première.

Les élus, membres de la secte apocalyptique sont dénués de toute compassion pour les humains qu’ils appellent aimablement « machines de chair ». Ils avancent dans leur quête, dévastant tout sur leur passage pour arracher un à un leurs frères à la vie terrestre fallacieuse.

Dans 23 000, la secte s’est désormais infiltrée partout dans le monde, bien au delà des frontières de la Russie, de Tokyo à New York, en passant par Israël ou Hongkong. Comme toute les sectes, elle a, sous couverture d’un centre de remise en forme, développé une société très lucrative de fabrique de glace.

Les 23 000 frères de la lumière presque tous identifiés doivent former ensemble un cercle. Alors leur cœur parlera et dira 23 fois les 23 mots secrets. Ce sera la Transfiguration et ils redeviendront le rayon lumineux originel tandis que la terre, la « Grande Erreur », disparaîtra.

Vladimir Sorokine dont on connaît la virtuosité à parodier les grands auteurs russes joue là encore de toute une palette de styles. Faisant alterner les moments de suspense, les passages d’une brutalité burlesque, avec les discussions littéraires, les récits de vie, les envolées mystiques, il déstabilise en permanence le lecteur qui bute sur la langue autant que sur la réalité qu’elle décrit.

Le fait de prendre comme parti pris narratif le point de vue des membres de la secte et de leur psychose collective ajoute au malaise.

Non seulement le lecteur n’a aucune vérité alternative à laquelle s’accrocher, mais il doit aussi arriver à mettre à distance ce que l’auteur lui donne à voir : un monde brutal, absurde, où surgissent toujours des totalitarismes absurdes eux-aussi que Vladimir Sorokine, inlassable provocateur, s’acharne à dénoncer tout en se refusant à tout didactisme, à toute connivence entre l’art et l’idéologie. 

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