Depardieu divise les Russes

Crédit : PhotoXpress

Crédit : PhotoXpress

Pour commencer l’année en beauté, le président Vladimir Poutine a signé le 3 janvier un présidentiel oukase donnant gracieusement la citoyenneté russe à Gérard Depardieu, en quête de patrie d’accueil. Cette nouvelle a tiré de sa léthargie post-fêtes la blogosphère russe et a suscité d’âpres débats.

L’enfant du régiment

Alexandre Minkine

Moskovskiï Komsomolets, 3.01.2013

On peut annoncer cette nouvelle de plusieurs façons :

1. Le président de la Fédération de Russie a accordé à l’ancien citoyen français la citoyenneté russe pour mérites devant la Patrie.

2. Un évadé fiscal français a obtenu l’asile économique en Russie.

3. Un mauvais acteur très grossier a bénéficié de la bienveillance d’un acteur un peu meilleur.

Mais trois jours après l’entrée en vigueur d’une loi cannibale (interdisant aux Américains d’adopter des enfants russes, ndltr), c’est une autre formulation qui s’impose.

La Douma, le Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement, ndtlr), l’administration présidentielle, c’est un régiment sous les ordres de Poutine.

En interdisant l’adoption des enfants malades, ils ont tous adoptés ensemble un type en bonne santé, bien que porté sur la bouteille.

Ce qui fait de Depardieu l’enfant du régiment. Mais peut-être que quelqu’un lui expliquera que le moment était mal choisi pour se faire adopter. A-t-il entendu parler de nos nouvelles lois si sévères ? Ou il n’a que faire des orphelins de sa nouvelle patrie, s’il n’y a que l’argent qui compte ? 

Au bonheur des babouchkas


Vadim Levental

Izvestia

L’indignation de Depardieu est compréhensible. Tandis qu’en 2012, selon l’indice Bloomberg, les 100 personnes les plus riches au monde ont vu leurs fortunes augmenter de 184 milliards d’euros, lui, Depardieu, doit partager ses pauvres petits millions avec le peuple français.

Le problème, c’est que Depardieu doit être le seul contribuable honnête puisqu’il a vraiment pris peur face à la perspective de devoir payer 750 000 sur chaque million. C’est un artiste.

Pour le Nouvel an, le président n’a pas tant fait un cadeau à Depardieu qu’à toutes les babouchkas éperdument amoureuses du bad boy romantique il y a vingt, trente ans. Mais ces babouchkas, c’est la Russie. Et maintenant elles s’attendrissent : tout d’abord, on l’a défendu, et puis maintenant, il est un peu des nôtres aussi.

Le cas de Depardieu est vraiment anecdotique et tout débat avec une mine sérieuse sur le sujet est une faute de gout monumentale. Mais une chose reste incompréhensible : d’année en année, le monde va de plus en plus mal, mais les plus riches du pays et de la planète deviennent de plus en plus riches chaque année…

Depardieu divise les Russes


Artur Solomonov

Novaïa Gazeta, 04.01.2013

L’octroi de la citoyenneté russe à Depardieu a provoqué deux vagues simultanées et violentes. La première : l’acteur a obtenu notre citoyenneté honteuse, immédiatement après la promulgation de la loi des salauds (interdisant l’adoption des enfants russes par les Américains, ndltr). Ça veut dire que c’est un salaud lui-même. Un cannibale et un couillon. En plus il est gros. C’est un pochtron français qui a bu tout son talent, dont il n’avait pas tant que ça.

La deuxième : gloire à notre grande patrie, le grand Gérard est avec nous. La Russie échangera volontiers tous ses militants de l’opposition contre un acteur français. C’est bon pour le climat d’investissements.

Cette histoire est fantastique. Depardieu a obtenu la citoyenneté russe au nom du bien-être financier. Mais le paradoxe, c’est que pour chercher en Russie  le bien-être financier, il faut être Gérard Depardieu. Celui qui n’est pas Gérard ne risque pas de le trouver.

Depardieu est depuis longtemps un acteur en perte de vitesse. On le croise dans des festivals de cinéma désertés même par les stars russes. Et, contrairement à ce que nous y cherchons, il n’y a rien de symbolique dans son envie de sauver sa fortune d’un impôt qu’il considère injuste.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.