Moscou : graffiti-business

Une méthode pratique, qui permet de peindre à la maison et de coller en quelques secondes l’œuvre sur les murs de Moscou. Source : archives personnelles

Une méthode pratique, qui permet de peindre à la maison et de coller en quelques secondes l’œuvre sur les murs de Moscou. Source : archives personnelles

Dans la rue, dans les galeries et surtout, pour une somme d’argent confortable, le groupe de graffeurs moscovites Zuk Club fait fi des traditions et repeint le monde à coups de zèbres et de gnomes. Rencontre.

Ils exposent à la Flacon Design Factory de Moscou et sont des habitués du festival de street art Black river, à Vienne. Leurs peintures servent également de toile de fond aux publicités de Sberbank, Ahmad Tea, ou sont commandées par la ville de Rome… Pourtant, les artistes du Zuk Club n’en démordent pas : ils font du street art, pas de l’art conventionnel.

En 2002, la culture hip hop déferle sur Moscou. Et pénètre jusqu’à l’école n°1220. A deux pas du métro VDNKh, trois jeunes Moscovites suivent les traces de milliers de New-Yorkais, Parisiens ou Madrilènes avant eux. Ils achètent des bombes de peinture et repeignent les rues de leur quartier.

Des ennuis avec la police, ils en ont connu, comme tout le monde. « A Moscou ça n’a jamais été trop loin : il suffit d’avoir un peu d’argent sur soi pour régler le problème à l’amiable », sourit Sergueï Ovseïkine, membre fondateur du Zuk Club.

La peinture, l’argent

Très vite, leur chemin bifurque. Le père d’un ami leur propose de repeindre son garage pour quelques roubles, comme un signe avant-coureur de leur aventure commerciale. Ils en sont encore loin - au milieu des années 2000, ils peaufinent leur style. « Nous avons continué à peindre d’énormes murs illégalement puis, après avoir découvert le travail de Shepard Fairey (l’auteur de l’affiche Hope de Barack Obama, en 2008, ndlr) nous avons migré vers les posters », raconte Sergueï Ovseïkine. Une méthode pratique, qui permet de peindre à la maison et de coller en quelques secondes l’œuvre sur les murs de Moscou.

Source : archives personnelles

Ils choisissent alors le zèbre pour emblème, qui donnera son nom au groupe : « Zebra Uletela Kuda » (ZUK) qui veut dire « Là s’est envolé le zèbre ». En 2008, la ville de Perm leur commande une pièce de plusieurs dizaines de mètres : l’activité commerciale du groupe est lancée.

« Tout est semblable sur les murs de Moscou »

Les autres graffeurs de Moscou ? Le Zuk Club n’y prête pas attention. « Tout est semblable sur les murs de la ville : les artistes moscovites ont copié le style new-yorkais et personne n’a cherché à aller plus loin », déplore Sergueï Ovseïkine.

N’ont-ils pas fait pareil ? « Non. Mes principales influences, je les ai puisées dans un livre sur l’art mondial qu’un professeur d’université m’avait prêté. C’est Rembrandt qui m’inspire, pas les graffeurs américains », continue-t-il. Kirill Stefanov, autre membre fondateur du groupe, penche plutôt vers l’Antiquité : « J’aime le mystère des cultures antiques, le charme des beautés anciennes ». Des références bien éloignées des bas-fonds de New-York, donc, qui leur ouvrent les portes des galeries sans leur fermer celles de la rue.

L’Europe comme terrain de jeu

En Europe ou aux Etats-Unis, un graffeur qui s’expose sur des toiles est un « vendu ». Un faux. Le Zuk Club ne s’attarde pas sur ce genre de critique. « Quand on peint en galerie, on peint en galerie. Quand on peint dans la rue, c’est pour la rue. Il n’y a pas de contradiction », lance Kirill Stefanov. Et les publicités pour Sberbank, la plus grande banque d’Europe de l’Est ? C’est ce qui fait vivre le groupe, répondent-ils. Aujourd’hui, le collectif rassemble cinq artistes, tous rémunérés par la peinture : chacune peut, en moyenne, leur rapporter 50 000 roubles (1240 euros). Ils recouvrent ainsi de gnomes, de zèbres ou de fresques de plusieurs dizaines de mètres les murs d’Espagne, d’Autriche ou de République Tchèque. Un peu moins ceux de Moscou.

Sur le grand écran au centre de leur studio à Elektrozavodskaïa : des indices boursiers. Sergueï fait le trader. « Je veux commencer à séparer l’art de mes revenus. L’art pour l’art. L’argent pour l’argent. Ce sera plus sain. Aujourd’hui, je me sens trop limité par nos commanditaires, qui ne comprennent pas toujours nos choix », regrette-t-il. Bientôt, il veut pouvoir peindre pour rien. Et revenir aux sources de cet art urbain.

Sur le web de Zuk Club : www.zukclub.com

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