Gazprom s'entête à construire des gazoducs

Malgré la baisse des exportations, les projets de construction d'oléoducs par Gazprom se poursuivent. Crédit : AFP/EastNews

Malgré la baisse des exportations, les projets de construction d'oléoducs par Gazprom se poursuivent. Crédit : AFP/EastNews

Malgré une baisse de la demande et de nouveaux gazoducs en Baltique et en mer Noire, Gazprom veut investir 2 milliards de dollars pour accroître de 30% le transit via le Belarus.

« Gazprom est prêt accroître les quantités de gaz transitant par le Belarus, ce qui demandera près de 2 milliards de dollars d’investissement », a annoncé le PDG de Gazprom Alexeï Miller à l’issue d’une rencontre avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko.

Le volume du gaz acheminé via le Belarus atteindra 44,5 milliards de mètres cubes en 2012, soit 4% de plus qu’en 2011, ce qui correspond à 100% des capacités, a déclaré Miller. Il est prévu d’augmenter les volumes de 15 milliards de m³. Selon Miller, Gazprom commencera les travaux dès 2013 : « Il faudra commencer par moderniser les stations de compression et les pipelines ».

Miller, qui s’était rendu à l’inauguration de la station de distribution rénovée Zapadnaïa, a promis d’ici 2015 la reconstruction de 35 stations supplémentaires. Le vice-Premier ministre biélorusse Vladimir Semachko a assuré que le programme d’accroissement du transit pourra être achevé d’ici 2017.

Selon une source proche de Gazprom, ce programme serait un moyen de montrer à l’Ukraine qu’une partie du gaz transitant par son territoire pourrait être redirigé vers son voisin.

Le ministre de l’Énergie ukrainien Iouri Boïko avait menacé de porter plainte contre Gazprom si les deux pays n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur les prix et le volume d’approvisionnement.

Le représentant de Gazprom a déclaré que la compagnie était déterminée à investir pour diversifier et sécuriser les approvisionnements et que ce gaz transitant par la Biélorussie était destiné à fournir la Pologne, l’Allemagne, la Lituanie et Kaliningrad.

Il y a un an de cela, Gazprom avait déjà inauguré le gazoduc Nord Stream, ouvert afin d’éviter les pays de transit, en premier lieu l’Ukraine, les conflits avec cet État mettant en danger ses exportations. En janvier 2009, la Russie a même dû interrompre ses livraisons vers l’Europe pendant 21 jours.

Nord Stream a coûté 7,5 milliards d’euros à Gazprom. En un an, l’oléoduc n’a été exploité qu’au tiers de ses capacités (9,2 milliards de mètres cubes sur 27,5 milliards par an). Un second tube a néanmoins été ouvert, augmentant le trafic potentiel à 55 milliards de mètres cubes par an. Miller a déclaré à cette occasion qu'il souhaitait construire encore deux autres pipelines de même capacité.

Voici une semaine, un autre méga-projet a été entériné, l’oléoduc South Stream, censé permettre l’approvisionnement direct de l’Europe via le fond de la mer Noire.

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Le chantier de South Stream (4 pipelines d’une capacité de 15,75 milliards de m3 par an chacun, pour un coût de 16 milliards d’euros) devra débuter le 7 décembre et entrer en exploitation dès le premier trimestre 2016. Il devrait être exploité au maximum de sa capacité, soit 63 milliards de m3 par an à partir de 2018.

Les méga-projets de construction d’oléoducs par Gazprom se poursuivent et ce malgré une baisse des exportations : pour la période de septembre à janvier 2012, ses ventes à l’étranger ont chuté de 10,6%, (149,33 milliards de m3), et de 8% vers l’Europe (102,5 milliards de m3), d'après les chiffres officiels.

Selon le chef du département d’analyse de la société d’investissement Tserikh Capital Management Nikolaï Podlevskikh, après le lancement de South Stream, il est peu probable que Gazprom remplisse tous ces gazoducs.

Vers 2020, les capacités d’acheminement atteindront 380 millliards de m3 (prenant en compte les deux nouveaux pipelines de Nord Stream), a calculé l’analyste de Metropol Sergueï Vakhrameev. Même si l’on ferme les voies de transit du gaz par l’Ukraine (près de 120 milliards de m3 par an), ces capacités sont trop élevées.

Or, si les capacités ne sont pas exploitées au maximum, cela entraîne des dépenses supplémentaires. Ainsi, l’acheminement de gaz par Nord Stream revient plus cher que le transit par l’Ukraine.

Par contre, l’augmentation des volumes de gaz transitant par la Biélorussie paraît plus effectif, affirme Varakhmeev. Gazprom contrôle 100% de Beltrangaz et le transit ne lui revient qu’à 2$ pour 1000 m3, c’est-à-dire 1,5 fois moins cher que par l’Ukraine.

Cet accroissement du transit du gaz russe par la Biélorussie est une action politique censée prévenir les risques liés au transit par l’Ukraine, explique l’analyste de Raiffeisenbank Andreï Polischouk, même si du point de vue économique son effet est minime.

Le chef du gouvernement ukrainien refuse tout commentaire. Gazprom veut punir l’Ukraine mais cela a déjà été fait en 2009, avec cet accord signé pour 10 ans, considère l’ex-conseiller du président ukrainien pour les questions de sécurité énergétique Bogdan Sokolovski.

Article paru le 23 novembre 2012 sur le site de Vedomosti.

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