Paris Photo : place aux… vieux !

La pyramide, le profil. Photographie n & b réalisée lors du tournage du film de Sergueï Eisenstein « Que viva Mexico !", 1931-1932 Tirage argentique d´époque. Photographe non identifié. Source : service de presse

La pyramide, le profil. Photographie n & b réalisée lors du tournage du film de Sergueï Eisenstein « Que viva Mexico !", 1931-1932 Tirage argentique d´époque. Photographe non identifié. Source : service de presse

A force d’entendre parler du dynamisme de la photographie russe, on s’attendait à voir à Paris Photo des jeunes artistes… mais on y a surtout trouvé les ancêtres de la photographie moderne.

A Paris Photo, la plus grande foire internationale de la photographie qui s'est achevée ce dimanche au Grand Palais, la mise en concurrence est sans merci pour les artistes. Les visiteurs évoluent dans une atmosphère survoltée (151 exposants, plus de 1000 artistes, presque 55 000 visiteurs), l’œil vite hagard, parmi des milliers de photos auxquelles ils ne consacreront parfois qu’un quart de seconde. On se surprend à repérer un Man Ray microscopique d’une distance de 30 mètres quand un grand format d’un jeune prodige fait presque office de papier peint. Suivre à la trace les photographes russes relève alors d’un tour de force.

A force d’entendre parler du dynamisme de la photographie russe, on s’attendait à voir à Paris Photo des jeunes artistes… mais on y a surtout trouvé les ancêtres de la photographie moderne – Eisenstein, Rodchenko, Klutzis, le meilleur des années 1920-30. Deux des photos faites pendant les tournages d’Eisenstein (Octobre et Viva Mexico!) font ainsi partie du parcours atypique créé par David Lynch, révélateur autant de l’univers du réalisateur que de l’histoire de la photographie.

Quant aux jeunes photographes russes, seule la galerie SAGE (Paris) prend le risque en présentant Julia Smirnova (née en 1981). Mais la photographe vit depuis longtemps entre Paris et Munich, et sa série bien nommée « Place is not important » montre tour à tour Odessa, Istanbul et Paris, dont les images presque interchangeables saisissent la vie de tous les jours indépendamment du lieu où celle-ci se déroule. C’est l'idée que développe de son côté la française Géraldine Lay dans la splendide série « Failles ordinaires » qui l'a notamment amenée dans un café de Saint-Pétersbourg. Un mur vert, de la lumière filtrant par la fenêtre, un couple vue de dos… cela aurait pu se passer n’importe où : les frontières établies par l’état civil n’ont plus cours dans ce nouvel espace artistique où une Française trouve à Saint-Pétersbourg ce qu’une Russe va chercher à Paris.

Entre les années 1930 et 1980, une éclipse. Si les carrières de Gueorgui Pinkhassov, Nikolaï Bakharev et Boris Mikhaïlov, âgés entre 60 et 74 ans, ont commencé bien avant les années 1980 et continuent aujourd’hui, les photos choisies par leurs galeries respectives datent surtout de la perestroïka. C’est d’ailleurs le cas de l’un des plus grands succès de Paris Photo, un triptyque pièce unique de Boris Mikhaïlov vendu dès le premier jour à François Pinault.

Relationship #22, 1984-86, tirage argentique. Crédit : Nikolaï Bakharev

Dans un savoureux mélange de photographie noir et blanc et de dessin, Mikhaïlov détourne trois scènes du quotidien soviétique : des employées modèles feignent la bonne humeur lors d’une compétition plutôt artisanale, une parade militaire lorgne du côté de la Gay Pride pendant qu'un professeur de SVT chronomètre les performances des élèves en masques à gaz, le tout sous le regard bienveillant d'un Lénine soudain coquet. Le triptyque illustre le meilleur du Sots art, sorte de pop art soviétique redevenu tendance à Paris Photo où l’art contemporain a souvent pris le pas sur la photographie. Il n’y a de nouveau que ce qui est oublié ?

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