Poutine-Obama : c’est reparti !

Crédit photo : AP

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Barak Obama reste le partenaire américain de Moscou. Si ses positions sont moins agressives que celles de Mitt Romney, elles ne gomment pas pour autant les divergences. Le président du comité de la Douma d’État pour les Affaires internationales, Alexeï Pouchkov, et Alexeï Malachenko, du Centre Carnegie de Moscou, nous livrent leur avis sur les problèmes les plus actuels et la difficulté de les résoudre.

Présence du bouclier antimissile américain en Europe de l’Est


Alexeï Pouchkov : Je reste sceptique sur la négociation concernant le bouclier antimissile, même si Obama a promis de faire preuve d’une plus grande souplesse. Elle sera fortement limitée par le Congrès, où chaque pas vers la Russie sera interpreté comme une trahison des intérêts nationaux.

 

Alexeï Malachenko : Nous aurons droit à un nouveau tournant dans la négociation et au final, les Américains apporteront des modifications à leurs plans. Non pas à cause d’un revirement de la Maison Blanche, mais à cause du coût excessif du projet. En cette période de crise, les Américains vont devoir limiter leurs ambitions. Reste à savoir si ce changement arrangera Moscou.

 

Le projet de loi « Magnitski » sur les sanctions à l’encontre des fonctionnaires russes


A.P. : En Amérique, les lois antirusses sont une tradition. La « loi Magnitski » vient remplacer l’amendement Jackson-Vanik. Et elle va forcément être approuvée. Mais le cabinet d’Obama désire qu’elle soit adoptée dans une version adoucie. Il est probable que la Russie n’y sera plus pointée comme le seul et unique sujet visé par cette loi.

 

A.M. : Elle sera adoptée mais sous une forme plus souple. La Maison Blanche n’a aucune envie de créer des tensions. Bien sûr, tout ne dépend pas d’Obama mais suite à sa victoire son influence s’est forcément accrue.

 

Détente sur la Syrie ?


A.P. : Les positions de la Russie et des États-Unis pourraient se rapprocher si Washington voulait bien comprendre qu’il devrait être question de l’amorce d’un dialogue interne en Syrie et non pas de soutien à l’un des groupes armés. Une telle prise de conscience reste peu probable.

 

A.M. : Il y a plusieurs possibilités. Le plus réaliste, selon moi : les États-Unis vont soutenir une intervention mais venant des pays arabes et non pas de l’Occident. Sous prétexte que la Syrie est un problème arabe. D’ailleurs, cette solution serait plus sage qu’une intervention armée des États-Unis.

 

Intervention en Iran ?


A.P. :Israël, le lobby israélien aux États-Unis et les républicains déçus par la défaite de Romney vont faire pression sur Obama pour qu’il prenne des mesures décisives. Cela augmente les risques d’une intervention armée.

 

A.M. : Du côté de l’Iran, il ne va rien se passer de significatif. Aux États-Unis, les présidents se succèdent, à Téhéran rien ne bouge. Je ne pense pas que des frappes contre l’Iran soient possibles. C’est la relation des États-Unis avec tout le monde musulman qui est en jeu.

 

Vers un redémarrage entre les États-Unis et la Russie ?


A.P. : Le redémarrage a fait son temps. Du point de vue tactique,  la formule a été efficace. Mais du point de vue global, comme processus susceptible d’améliorer véritablement les relations entre la Russie et les États-Unis, elle n’a pas donné le résultat escompté.

 

A.M. : Je pense que les Américains vont changer de terminologie. C’est le terme de « redémarrage » qui a fait son temps. Mais ils lui trouveront indéniablement un équivalent, peut-être plus discret. Obama ne veut pas créer de tensions.

 

Relation Obama-Poutine


A.P. : Obama a comme une dette morale envers le président russe. Avant sa première visite à Moscou, il a commis une maladresse en déclarant que Poutine avait un pied dans le passé et qu’il devait comprendre que la Guerre froide est terminée. Cette tirade a jeté un froid sur leur relation. Connaissant le caractère de Poutine, j’imagine que si son homologue américain se montre prêt à passer à des relations constructives, il y fera bon accueil.

 

A.M. : Il est peu probable que ces deux hommes sympathisent. Il n’y a jamais eu de grand amour entre eux. Poutine avait plus de facilité avec Bush Junior. Les relations entre la Russie et les États-Unis étaient mauvaises, mais au niveau personnel, il y avait plus de compréhension. D’ailleurs, si Romney avait gagné, il en aurait été de même.

 

Article publié dans Izvestia.

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