Purge au ministère de la défense

Crédit : PhotoXpress

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Vladimir Poutine a limogé le ministre de la Défense Anatoli Serdioukov, un allié pourtant loyal. Le ministre fait face à des accusations de corruption. C’est un scandale sans précédent au sein du pouvoir, qui suscite un grand nombre de questions : s’agit-il d’un règlement de comptes entre clans de l’élite dirigeante, d’une véritable opération « mains propres », ou bien d’un symptôme de la difficulté du Kremlin à renouveler ses hommes ?

Serdioukov le Sacrifié

Ruslan Pukhov

The Moscow Times, 13 novembre 2012

Poutine s’est servi de Serdioukov pour mener des réformes impitoyables. Et Serdioukov s’est surpassé. Avec une rapidité sans précédent, les forces armées ont fait peau neuve, fondamentalement différente de l’Armée Rouge et de l’armée russe qui lui a succédé. Tout a changé: la taille, la gestion, les structures, les formations. Mais l’implacable réformateur Serdioukov est devenu handicapant pour un Poutine dont la base électorale vassille et qui dérive vers une politique plus conservatrice et populiste, à l’instar de Loukachenko en Biélorussie ou Chavez au Vénézuela. Poutine a décidé d’user de «thérapie populiste» en limogeant un ministre impopulaire. 

Le grand ménage


Editorial


Vedomosti, 12 novembre 2012

Les observateurs assurent que la « purge des élites » tant attendue a commencé. L’idée d’une purge et d’un redémarrage au sein des élites n’est pas absurde. Un système politique qui n’est pas nettoyé naturellement grâce à des élections et l’activité de médias libres a besoin d’un mécanisme d’autopurification. Les limites d’âge sont sans cesse repoussées, il n’existe aucune règle de rotation, ne reste que la poursuite pour des délits réels ou inventés. La campagne contre la corruption aura sans doute des conséquences tragiques pour certains ; elle peut porter des fruits réels, mais elle ne deviendra pas une politique systématique.

L’absolutisme flanche


Vladimir Milov


Gazeta.ru, 12 novembre 2012

Ce n’est pas Serdioukov le problème, mais le fait que les conflits au sein du clan «pétersbourgeois» commencent à déborder dans l’espace public, avec des procès et des campagnes de diffamation dans les médias. C’est inédit pour un système aussi opaque et fermé. Cela reflète sans doute une situation compliquée au sein du pouvoir, Poutine peine a rééqulibrer les forces depuis son retour au Kremlin. C’est évidemment lié à son affaiblissement politique récent. Sa côte de popularité est au plus bas. Pour autant, il ne faut pas s’attendre à une scission au sein de l’élite qui pourrait avoir des conséquences politiques réelles pour le pays. 

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