Un nouveau redémarrage ?

Image par Niyaz Karim

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La Russie, comme la plupart des pays du G20, s’est félicitée de la réélection de Barack Obama à la Maison Blanche début novembre. Il faut dire que les déclarations de son challenger républicain Mitt Romney - qui avait qualifié Moscou « d’ennemi numéro un » durant la campagne électorale - n’étaient pas de nature à susciter beaucoup de sympathie au Kremlin. Pour autant, la reconduction de Barack Obama à la présidence des États-Unis ne donne lieu à aucun optimisme particulier au sein des élites russes.

Certes, personne à Moscou n’a oublié ni ne regrette l’atmosphère de la fin de la présidence de George W. Bush. Les relations bilatérales étaient à l’époque exécrables. La deuxième vague d’élargissement de l’OTAN, les tentatives de Washington visant à faire rentrer dans l’Alliance l’Ukraine et la Géorgie, le dossier de la défense anti-missile et la « guerre des cinq jours » entre Moscou et Tbilissi à l’été 2008 avaient profondément envenimé les choses. La remise à plat (le fameux « redémarrage ») annoncée par le vice-président Joe Biden début 2009, lors de la conférence annuelle sur les questions de sécurité à Munich, avait permis de restaurer les conditions d’un dialogue plus serein. 


Les gestes de bonne volonté se sont ensuite multipliés de part et d’autre : le Pentagone a ainsi revu ses plans relatifs au déploiement d’intercepteurs et de radars en Pologne et en République tchèque dans le cadre du projet de défense anti-missile, Washington a favorisé l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tandis que la Russie a durci le ton contre l’Iran sous la présidence Medvedev et s’est montrée très coopérative à l’égard de l’OTAN à la veille de son retrait d’Afghanistan en 2014. Les relations russo-américaines se sont donc normalisées, mais le « reset » a paru s’essouffler depuis quelques mois.

 

Les dossiers libyen et syrien, mais surtout les échanges plutôt vifs à propos de l’affaire Magnitski ou la condamnation des Pussy Riots ont mis en évidence les risques de rechute.


L’acte 2 de la présidence Obama permettra-t-il de surmonter définitivement le legs de la Guerre froide et de construire un partenariat nouveau entre la Russie et les États-Unis ? 


Rien n’est moins sûr. Les perceptions restent très figées de part et d’autre, la confiance fait défaut, et la relation bilatérale pâtit d’un agenda encore trop axé sur les questions de sécurité internationale. Les investissements américains en Russie sont par exemple inférieurs à ceux de la France. 


L’évolution du dialogue entre Washington et Moscou dépendra aussi des personnalités qui seront nommées au cours des prochaines semaines dans la nouvelle administration américaine. La possible promotion de l’actuel ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Susan Rice, à la tête du Département d’État, est perçue négativement par le Kremlin, alors que la personnalité de l’ancien candidat à la présidentielle de 2004, John Kerry, est plus consensuelle. 


Autre facteur d’incertitude : la Russie est en outre perçue comme désormais moins importante pour les États-Unis, dont l’horizon stratégique se déplace vers l’Asie. 


Cette situation pourrait au demeurant se révéler favorable au renforcement des relations entre Moscou et les pays de l’Union européenne, à condition toutefois que cette dernière s’extirpe du marasme économique et prenne la mesure du potentiel que représenterait un partenariat ambitieux avec la Russie. Gageons que l’ampleur de la crise actuelle devrait favoriser la prise de conscience de la complémentarité entre les deux Europe. 


Arnaud Dubien est directeur de l’Observatoire franco-russe.

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