Premier pas vers la légitimité

Image par : Victor Bogorad

Les élections du Conseil de coordination de l'opposition russe sont terminées. Ceux qui doutaient de la portée politique de l'événement ont obtenu ces derniers jours plusieurs preuves du fait que ce scrutin était d'une importance cruciale du point de vue des autorités.

Des preuves telles que la diffusion du film Anatomie d'une protestation-2 [la deuxième partie du reportage controversé, qui raconte l'origine du mouvement de protestation russe, a été retirée de l'antenne, ndlr], la détention de Sergueï Oudaltsov, l'histoire des dix candidats fantômes de MMM [pyramide financière, ndlr], qui ont soudainement ressenti l'envie irrépressible d'être élus au sein du conseil, avant de refuser de retirer leur propre argent des caisses...

Je pensais que les attaques informatiques contre le site web du Conseil de coordination constitueraient l'apogée de la campagne du Kremlin visant à faire la « promotion » médiatique du nouvel organe de l'opposition. Mais je me trompais. Apparemment, les autorités ont jugé insuffisant leur travail visant à populariser leurs adversaires et ont fourni un bonus aux coordinateurs, désormais élus.


Dans un tel contexte, l'opposition n'a tout simplement pas le droit de décevoir les attentes du gouvernement. Blague à part, la cause de la nervosité des « siloviki » (structures de sécurité) est claire : Alexeï Navalny, Garry Kasparov, Ksenia Sobchak, et tous les autres membres élus du conseil ont fait le premier pas vers l'acquisition de la chose la plus importante pour toute personnalité politique – la légitimité. Sans élections, celle-ci est impensable.

Malheureusement, Mikhaïl Gorbatchev ne l'a pas compris en son temps. En 1990, il n'a pas osé annoncer des élections générales du président de l'URSS et y participer, préférant être élu lors d'une session du Congrès des députés du peuple. Boris Eltsine, lui, l'a en revanche parfaitement saisi. Il était prêt pour confirmer sa légitimité à faire un discours juché sur un tank 1991 et à danser sur scène dans un état de pré-infarctus cinq ans plus tard.


Le nombre de votants (effectivement pas très élevé dans le cas des élections du Conseil de coordination) est moins important que la disposition à soumettre sa position au jugement du public. Je ne sais pas si tous les membres élus au Conseil y seront toujours, disons, dans un an. Je ne suis pas convaincu que le travail de cette structure sera couronné de succès. Je ne doute pas qu'il sera difficile pour des gens aussi différents de trouver une langue commune. Mais ce que je sais, c'est que tous ceux qui se sont rendus à ce scrutin – gagnants et perdants – ont compris le principal au sujet de la politique, ce sans quoi faire de la politique n'a aucun sens.


Konstantin von Eggert est politologue.

Trouvez l'article original sur le site kommersant.ru.

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