La gestion du sport en question

En Russie, les techniques occidentales ne sont que très rarement efficaces. Crédit : Itar-Tass

En Russie, les techniques occidentales ne sont que très rarement efficaces. Crédit : Itar-Tass

Les résultats décevants ne sont pas dus à un déficit de spécialistes compétents, mais au le refus des dirigeants de gérer les équipes comme des entreprises

Beaucoup d’universités russes possèdent des départements de management sportif. On y donne des cours, fait passer des examens et distribue des diplômes, avant de constater qu’il est quasi-impossible pour les étudiants qui en sortent de trouver du travail. Et la situation sera encore pire après la fin des Jeux olympiques d’hiver de 2014 et de la Coupe du monde de football 2018.

Dans le sport russe, il n’existe presque pas de dirigeants professionnels et qualifiés, mais les organisations sportives ne semblent pas en chercher. En tous cas pas s’ils proviennent de la « chaîne universitaire ». Comme souvent, le problème est multiple. La qualité de l’enseignement n’est qu’un aspect. Les pratiques du business sportif russe sont la pierre d’achoppement. Aujourd’hui en Russie, beaucoup de directeurs généraux ont été formés durant la période trouble des années 90, et la situation actuelle dans le sport ne permet pas de changer leur mentalité. Pour eux, le manager doit être d’abord loyal envers ses patrons, et ensuite posséder les compétences directes liées à sa profession.

« Désormais, le sport russe est un marché soutenu par l’État dans lequel la part des revenus provenant de la vente de billets, des droits télévisés, des sponsors et du merchandising est très limitée. Et c’est le cas non seulement pour les clubs et fédérations, mais aussi pour les évènements sportifs », indique Irina Kolesnikova, directrice associée de Sportmanagement.ru. « Les directions concentrent leurs efforts et leur attention sur la collaboration avec ceux qui leur permettent de subsister, à savoir les autorités régionales, les fonctionnaires et les propriétaires des équipes. Elles privilégient avant tout les capacités de satisfaire les intérêts des parties et les compétences de collaboration avec les investisseurs, plutôt que le travail avec les spectateurs, la télévision ou les sponsors (qui implique une gestion sportive classique et l’existence d’un programme de formation de spécialistes) ».

Apprendre la « loyauté envers les patrons » est possible, mais le lien avec l’enseignement supérieur et le management sportif n’est pas totalement clair. On ne peut évidemment pas dire que tous ceux qui investissent dans notre sport ne font que donner de l’argent aux clubs et fédérations sans réfléchir. Ils optent parfois pour des politiques gagnantes. Le club de hockey du SKA Saint-Pétersbourg a notamment demandé l’aide d’Olga Romanenko, administratrice du secteur de la publicité, qui a réussi en quelques années à changer les priorités dans la stratégie marketing de l’équipe. Aujourd’hui, le club du Spartak se dirige également dans cette voie. Il s’agit toutefois d’exceptions. La majorité des dirigeants de structures sportives russes continue à appréhender le sport comme autre chose qu’un business et ne compte pas suivre ses règles.

« Lorsque nous avons invité des top-managers du sport russe à notre conférence professionnelle annuelle « PROsport », certains ont répondu qu’ils ne souhaitaient pas changer de politique et que les techniques occidentales ne fonctionnaient pas chez nous », raconte Stanislav Gridassov, rédacteur en chef de la maison d’édition Independent Sport. « Nous avons intentionnellement invité des hommes de terrain comme le directeur du stade d’Arsenal à Londres, un des dirigeants de l’équipe de Basket des Washington Wizards ou le chef du service de communication du Bayer Leverkusen. Néanmoins, tous ces gens sont loin de faire autorité pour tous dans notre pays ».

En Russie, les techniques occidentales ne sont que très rarement efficaces. Cependant, il serait absurde de prétendre que le sport est tellement haut et à part qu’il pourra toujours subsister par ses propres moyens, c’est-à-dire sans supporters, sans journalistes et sans dirigeants normaux. En cas de nouvelle crise financière, la pyramide sportive russe, qui existe grâce aux subsides publics et est incapable de gagner de l’argent de façon indépendante, pourrait tout simplement s’effondrer.

Les déclarations sur le manque chronique de managers sportifs dans le pays sont assez étonnantes. Si les organisations sportives ne sont pas satisfaites du niveau des jeunes diplômés dans le domaine, ils peuvent toujours facilement se tourner vers des spécialistes ayant fait leurs preuves dans d’autres secteurs, voire des étrangers. Cette dernière option est bien plus efficace que la naturalisation des sportifs étrangers afin d’atteindre des résultats rapidement et augmenter le nombre de mercenaires. Comme tous les domaines, le sport possède ses spécificités. Mais dans le « business sportif », plus l’accent sera mis sur le mot « business », moins les départements de gestion des clubs travailleront dans le vide, ce qui donnera un certain sens à leurs activités.

Article original disponible sur le site de Moskovskie Novosti.

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