La Russie intègre le CERN

Rolf-Dieter Heuer : « Le CERN et la Russie ont une longue histoire de travail en commun ». Crédit : AFP/East News

Rolf-Dieter Heuer : « Le CERN et la Russie ont une longue histoire de travail en commun ». Crédit : AFP/East News

Rolf-Dieter Heuer, directeur général du CERN, se félicite de l’entrée de la Russie dans l’organisation scientifique.

Le directeur général du CERN Rolf-Dieter Heuer a expliqué à Alexandra Borissova, lors d’une interview, les avantages d’un partenariat avec le CERN pour la Russie, ce que l’organisation, où est situé le Grand collisionneur de hadrons, attendait du partenariat avec la Russie et quelles étaient les perspectives pour la construction d’un nouveau collisionneur du CERN à Doubna.

Gazeta.ru : Où en sont à ce jour les discussions, sur une association de la Russie à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) ? En avril dernier, les officiels russes ont promis qu’ils débuteraient les négociations « d’ici un mois », mais rien de nouveau n’a depuis été déclaré.

Rolf-Dieter Heuer : Nous sommes de fait en contact permanent avec la partie russe. Le CERN a reçu une lettre officielle, un mémorandum sur la volonté de la Russie de devenir membre associé du CERN. Nous attendons une demande finale pour bientôt.

Gazeta.ru : Quels seraient les avantages d’une association de la Russie au CERN ?

RDH : Les russes pourront travailler directement avec le CERN (aujourd’hui, quelques physiciens sont simplement envoyés au CERN en mission, ils n’en sont pas membres officiels et ne sont pas payés par le CERN, ndlr). Les industries russes pourront avoir accès au département de R&D du CERN et pourront fournir le CERN en matériaux de haute technologie, par le système de commandes et de contrats. Les chercheurs russes auront accès aux programmes de bourses pour les étudiants et les projets individuels, ainsi qu’à l’école du CERN, les programmes d’été pour les étudiants, les programmes pour écoliers.

Gazeta.ru : Qu’est-ce qui motive le CERN à ouvrir ses portes à la Russie ?

RDH : Un pays comme la Russie, fort non seulement au niveau de la recherche mais également de la production et de l’ingénierie, est toujours un partenaire souhaitable. Nous attendons impatiemment que nos nouvelles connexions avec les spécialistes techniques et de l’industrie prennent vie, ce qui sera possible quand la Russie sera un membre associé du CERN.

La science, tout particulièrement dans notre domaine, est de plus en plus mondialisée et l’association de la Russie au CERN le prouve bien.

Gazeta.ru : À combien s’élèvera le coût de l’association de la Russie au CERN et sera-t-il possible de bénéficier de conditions préférentielles, comme c’est par exemple le cas pour Israël, comme l’a fait savoir la presse russe ?

RDH : On ne peut pas calculer à ce stade quel pourcentage de son PIB la Russie devra verser en cas de partenariat avec la CERN. La méthode de calcul, pour les membres à part entière est la suivante : le budget annuel du CERN est défini, puis il est divisé entre tous les pays membres sur la base de leur revenu national propre.

Les grands pays comme l’Allemagne contribuent à près de 20% au budget annuel du CERN, et certains petits pays à moins de 1%. Gardez bien à l’esprit qu’il s’agit d’un pourcentage du budget annuel du CERN et non pas du PIB d’un pays.

Pour les membres associés, la situation est différente, dans la mesure où chaque cas fait l’objet de discussions sur les droits et les devoirs du pays. Mais un membre associé doit verser au minimum 10% de ce qu’il aurait versé en tant que membre à part entière.

En ce qui concerne les tarifs préférentiels, aucun pays n’en bénéficie, pas plus Israël que les autres.

Gazeta.ru : Quel pourrait selon vous être le rôle des chercheurs et des ingénieurs russes dans les projets actuels du CERN ?

RDH : Le CERN et la Russie ont une longue histoire de travail en commun. Cela débute dans les années 1960, et dans nos nouvelles expériences, le rôle de la Russie est important : c’est précisément elle qui a fourni une grande partie des aimants pour le Grand collisionneur de hadrons.

Gazeta.ru : À quel point l’avenir de la Russie au sein du CERN dépend-il de son entrée officielle dans l’organisation ?

RDH : Nous avons déjà évoqué les avantages d’un partenariat avec le CERN. Je peux juste ajouter qu’un partenariat officiel est une base solide pour un partenariat de long terme, mutuellement avantageux.

Gazeta.ru : Quels sont aujourd’hui les projets du CERN à long terme ? La construction du Collisionneur linéaire international (ILC), que nous espérons voir un jour à Doubna, est-elle réaliste ?

RDH : À moyen terme, c’est le fonctionnement du Grand collisionneur d’hadrons (LHC) avec quelques arrêts pour des améliorations. Ce sont les projets jusqu’en 2030. Les résultats du LHC nous montreront de quel type d’accélérateur le CERN aura besoin à l’avenir. Toutes les possibilités sont ouvertes. Concernant l’emplacement de l’ILC, c’est en grande partie une question politique dans différentes régions du monde.

Trouvez interview originale sur le site de Gazeta.ru. 

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