Un Français à la tête du festival international de Cinéma de Moscou

Sylvain Auzou : « Zavtra » n’est pas un nouveau festival : cela fait déjà six ans qu’il existe, il possède déjà une certaine identité ». Crédit : Itar-Tass

Sylvain Auzou : « Zavtra » n’est pas un nouveau festival : cela fait déjà six ans qu’il existe, il possède déjà une certaine identité ». Crédit : Itar-Tass

Le festival international du cinéma de Moscou « Zavtra/2morrow », qui pour la sixième fois se déroule à Moscou à l’automne 2012, connaît désormais un nouveau directeur des programmes : le français Sylvain Auzou. Il organise la partie non officielle du cinéma d’auteur « Les jours vénitiens », se déroulant parallèlement au festival de Venise, il est également le créateur et directeur du marché cinématographique du festival de Rome.

Connaissiez-vous Olga Dykhovtchinaïa et Anguelina Nikonova – les directrices et productrices du festival –, quand ils vous ont proposé de devenir le directeur des programmes du festival « Zavtra/ 2morrow » ?

Sylvain Auzou : Oui, bien sûr, grâce à la première mondiale de leur film Portrait au crépuscule qui s’est déroulé dans le cadre de la section dont j’avais la charge au festival de Venise. Ainsi leur film a été choisi sans intérêts égoïstes. (rires).

 

Biographie

Née en 1970 en France

Possède une formation en commerce international, droit public et sciences politiques. A travaillé dans le secteur de la publicité au quotidien La Tribune. De 1998 à 2007, il était à la tête du secteur de l’édition internationale de Le Film Français et s’est occupé de la publicité du festival de Cannes. Aujourd’hui Sylvain Auzou est vice-président du programme parallèle du festival de cinéma de Venise Giornate degli Autori, directeur du programme pour les professionnels dans la sphère du cinéma The Business Street (TBS) dans le cadre du festival de Rome.

« Portrait au crépuscule » n’est d’ailleurs pas le seul film à se retrouver dans le programme des « jours vénitiens », — nourrissez-vous un intérêt particulier pour le cinéma russe et la Russie ?

S.A.: À vrai dire, il n’y en a pas eu autant qu’on pourrait le souhaiter. Nous ne sélectionnons que 11 ou 12 films chaque année, et en 8 années, nous n’avons eu en tout que 3 films russes. Mais ces trois films étaient exceptionnels et uniques, comme Potrait au crépuscule4 (Quatre) d’Ilya Khrjanovskii et Grouz 200 d’Alekseï Balabanov. Sur 100 films projetés, ces trois films russes faisaient partis des dix meilleurs. Il y a encore un film mais il va en final au festival de Rome. C’est  Playing the Victim de Kirill Serebrennikov.

Comment envisagez-vous votre mission, votre rôle, au sein du festival ?

S.A.: Ma mission consistera à faire découvrir des auteurs, à présenter les travaux les plus intéressants et encore méconnus mais également à respecter les spectateurs. Répondre aux attentes des spectateurs, en leur montrant des choses qui se démarquent de ce qu’ils voient tout au long de l’année dans les cinémas, mais sans être en train de leur imposer quelque chose d’hermétique, provenant d’un ghetto artistique. En fait c’est tenter de maintenir un équilibre entre difficulté et simplicité.

Quelles sont les difficultés qui se dressent à l’heure actuelle devant vous ?

S.A.: Comme je l’ai compris, Anguelina et Olga ont cherché quelqu’un en dehors de la Russie, avec une expérience du travail dans les festivals. Ce qui leur a plu à Venise c’est que j’ai choisi des films plutôt inattendus qui ont ensuite connus un beau destin dans les festivals. Elles ont convergé sur le fait que pouvais aider à faire découvrir des auteurs qui ont par la suite connu le succès.  Il serait pompeux de dire que je les ai découvert, mais j’ai offert à certains d’entre eux  une plateforme de lancement. Par exemple l’autrichien Hubert Sauper avec sa nomination aux Oscars pour le documentaire Le Cauchemar de Darwin. Mais également C.R.A.Z.Y. du Québecois Jean-Marc Vallé que j’ai découvert et qui a fait le tour du monde triomphalement. Non pas que j’ai découvert Xavier Beauvois qui était connu avant, mais Le Petit Lieutenant a débuté chez nous et est devenu un grand événement.

Un bon festival c’est une histoire de relations avec l’homme ou les gens qui le constituent : vous prévoyez de rester longtemps à Moscou ?


S.A.: Je l’espère beaucoup. L’une des difficultés pour moi consiste dans le fait que « Zavtra » n’est pas un nouveau festival : cela fait déjà six ans qu’il existe, il possède déjà une certaine identité. J’essaie de déterminer à ce jour ce que l’on peut et l’on veut changer, et oui c’est une question de relations de longue durée. Il faut organiser des relations avec les spectateurs, il faut créer une identité du festival, j’espère qu’en faisant un bon travail, que cette expérience ne sera pas l’affaire d’une seule fois.

Version originale de l’article sur le site de Gazeta.ru.

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