Retour vers le futur

Dmitri Rogozine : « D’après mon expérience de travail à Bruxelles, je peux vous dire que le « smart » ou « soft power » sont de belles paroles, mais la vraie « force »... c’est la force physique ». Crédit : Itar-Tass

Dmitri Rogozine : « D’après mon expérience de travail à Bruxelles, je peux vous dire que le « smart » ou « soft power » sont de belles paroles, mais la vraie « force »... c’est la force physique ». Crédit : Itar-Tass

Dans son entretien avec Rossiyskaya Gazeta, le vice-Premier ministre russe en charge du complexe militaro-industriel Dmitri Rogozine évoque l’introduction des capitaux privés dans l’industrie de l’armement et prend comme exemple les transferts de technologies réalisés dans les années 30.

La modernisation de l’armement coûte cher. De plus, beaucoup affirment que les dépenses militaires sont une pure perte d’argent et qu’il serait plus judicieux de financer les secteurs réels de l’économie.


Dmitri Rogozine : L’argent aime le calme. Pour que le pays puisse se développer en toute quiétude, il lui faut un contexte de sécurité. C’est notre tout premier objectif. Deuxième objectif : accroître le potentiel du secteur industriel, créer des emplois. Si ce n’est pas de l’économie ça ! Quelle sera la part du secteur de la Défense ? Assez importante, je pense, peut-être deux tiers.

Et troisièmement, il faut relever l’image du pays. D’après mon expérience de travail à Bruxelles, je peux vous dire que le « smart » ou « soft power » sont de belles paroles, mais la vraie « force », que tout le monde prend en compte, c’est la force physique, quand on sent le danger d’une main de fer et le risque de se la prendre en pleine figure. C’est cette force là qui prime dans notre « monde civilisé », croyez-moi.

Que voulez-vous dire lorsque vous parlez d’industrialisation du pays sur le modèle des années 30 ?


Il s’agit de renouveler entièrement le secteur industriel. Pourquoi les années 30 ? À l’époque, nous prenions ce qu’il y avait de meilleur en Occident et l’adaptions à nos conditions. Aujourd’hui, je pense que cette méthode serait optimale.

Dans la plupart des cas, il est question non pas de la rénovation des usines déjà existantes mais de la construction de nouvelles unités de production sur de nouveaux sites. Prenons l’exemple des usines d’armement. Ijmach est une usine assez grande pour construire des porte-avions, or ils ne produisent que des mitrailleuses Kalachnikov. Pour réussir une industrialisation nouvelle qui permettrait de moderniser notre arsenal, il faut s’efforcer de réduire les volumes, il faut arriver à concentrer scrupuleusement ce que nous avons de meilleur, de manière rationnelle.

Faut-il introduire les capitaux privés dans l’industrie de l’armement ? Est-ce rentable ? Certains disent qu’il ne faut en aucun cas ouvrir le secret-défense au secteur privé.


En effet, nous nous trouvons devant un dilemme dialectique, une lutte des contraires. D’un côté, nous comprenons bien que sans l’énergie propre aux entreprises privées, nous aurons du mal à atteindre l’objectif fixé. D’un autre côté, il est clair qu’il y a des secteur et des technologies qui nécessitent un contrôle très strict de l’Etat. Ce qui peut être intéressant pour un particulier, c’est de participer aux projets technologiques à double emploi. Nous sommes donc intéressés dans le transfert des technologies du civil au militaire et vice versa.

Prenons la technologie supersonique. Ce sont avant tout des missiles de guerre ultra rapides impossibles à intercepter. Mais c’est aussi la possibilité, dans l’avenir, de fabriquer des avions civils de nouvelle génération. Il y a bien eu le Concorde et les Tu-144 soviétiques. Et pourquoi pas des avions supersoniques pour relier Moscou à l’Extrême-Orient en une heure et demi ?

Y a-t-il déjà des exemples d’entreprises privées dans le secteur militaro-industriel ?


Oui. Il existe quelques exemples. La société RTI Systems (Systèmes techniques audiovisuel et information), dont une partie des capitaux est privée. De plus, la société fait partie d’un véritable conglomérat industriel chargé de la fabrication de systèmes de défense anti-missiles. Et cette société est à l’origine d’une telle percée en matière de production de composante de pointe du système de défense aérien que leur directeur a déjà été récompensé au niveau national.

Un exemple plus prosaïque bien qu’unique en son genre. À Moscou, des entrepreneurs ont créé en partant de zéro une usine d’armes de précision de niveau international. Ils ont racheté des locaux et ont importé de l’étranger un équipement de pointe. Ils ont engagé les meilleurs spécialistes et ingénieurs, et produisent maintenant non seulement de très bons fusils de chasse mai aussi des fusils d’assaut de précision qui, sur certains critères, surpassent les modèles européens. C’est ça le XXIème siècle.

L'entretien a été publié dans Rossiyskaya Gazeta le 26 septembre 2012.

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