1 000 milliards de dollars dans l’énergie

Le domaine affichant le plus grand besoin d'efficacité énergétique est l'ingénierie énergétique, selon le projet de programme. Crédit : Itar-Tass

Le domaine affichant le plus grand besoin d'efficacité énergétique est l'ingénierie énergétique, selon le projet de programme. Crédit : Itar-Tass

Le ministre de l'Énergie Alexander Novak a, à plusieurs reprises, intrigué le marché ces derniers mois, en évoquant la somme de mille milliards de dollars que le gouvernement russe compte investir dans le secteur énergétique en dix ans.

« Ces investissements pourraient constituer le moteur de la création et de l’introduction d'innovations tant dans le complexe carburants-énergie que dans les secteurs connexes », a déclaré M. Novak en août, sans préciser d'où viendraient ces sommes.

Dans l’ensemble, elles proviendront des budgets des sociétés russes, a estimé le quotidien Vedomosti en étudiant une ébauche de programme à l'étude au sein du ministère baptisé « Efficacité énergétique et développement du secteur énergie » pour 2013-2020, d’un montant de 716,3 milliards d'euros. Le programme doit être soumis au gouvernement le 1er novembre, a indiqué une source au sein du ministère de l'Énergie.

Le programme actuel du gouvernement « Économie d'énergie et amélioration de l'efficacité énergétique » (1,75 milliards d'euros du budget fédéral, 15,6 milliards des budgets locaux et 220 milliards de sources extrabudgétaires) sera un volet du nouveau programme, a précisé un porte-parole du ministère.

Le ministère de l'Énergie prévoit de lever sur le marché la plupart de l'argent, soit 700 milliards d'euros provenant de personnalités juridiques, indique le document. 14 milliards d'euros supplémentaires proviendront de budgets régionaux et 2,5 milliards du budget fédéral.

Le domaine affichant le plus grand besoin d'efficacité énergétique est l'ingénierie énergétique, selon le projet de programme. Le ministère compte dépenser dans son développement et sa modernisation 207,5 milliards d'euros. Vient ensuite le secteur pétro-gazier (155 et 150 milliards d'euros, provenant intégralement de sources extrabudgétaires).

La restructuration et le développement de l'industrie houillère sont estimés à 27,5 milliards d'euros, dont 25 milliards d'euros de sources extrabudgétaires, le développement des sources d'énergie renouvelables à 17,25 milliards d'euros, dont 17 milliards d'euros issus de sources extrabudgétaires). Le sous-programme « Économie d'énergie et amélioration de l'efficacité énergétique » coûtera 6 157,5 milliards d'euros, dont 140 milliards d'euros provenant de personnes morales. 235 millions d'euros (302 M USD) seront débloqués pour « garantir la réalisation du programme d’Etat ».

Selon le plan du ministère de l'Énergie, ce sont les entreprises qui fourniront les fonds « extrabudgétaires » : toutes les grands groupes du secteur énergétique sont inclus dans le programme. Parmi les fonds extrabudgétaires pour l’économie d'énergie et l'efficacité énergétique figurent les versements en vertu de contrats de mise à disposition de capacités, la composante d'investissement des tarifs, les sommes versées par des investisseurs dans le cadre de partenariats public-privé, les revenus provenant de la vente des « quotas d’émission de gaz à effet de serre », les versements ciblés provenant du revenu des organisations, des prêts et des emprunts, les sommes venant de fonds et d’associations, et des investissements étrangers.

En conséquence, l'intensité énergétique par unité de PIB devrait baisser d'ici 2020 de 40% par rapport à 2007.

Les futurs investisseurs sont choqués par de tels projets. « Comptez les zéros, c'est invraisemblable », s'est indigné un employé d’une compagnie énergétique. « Avec cet argent on peut acheter un Apple et demi », s'exclame un autre. Et pas uniquement Apple : selon Bloomberg, la capitalisation des 30 plus grandes entreprises publiques de Russie s'élevait vendredi à 567,5 milliards d'euros, et M. Novak a récemment évalué l’ensemble du marché du complexe carburant-énergie de Russie « à environ 500 milliards d'euros par an ». La somme demandée par le ministère de l'Énergie est comparable au budget du pays pendant deux ans, ou à la moitié du PIB (prévision pour cette année : 1 530 milliards d'euros).

}

« Pour atteindre cette somme, les sociétés pétrolières et gazières sont invitées à dépenser chaque année 37,5 milliards d'euros », estime l'analyste de Nomos-bank Denis Borissov. Ceci est comparable avec le montant total des investissements dans la production de pétrole et de gaz ainsi que dans le raffinage pétrolier. « Environ 5,25 milliards d'euros seront aussi investis par Transneft et 22,5 milliards d'euros par Gazprom pour moderniser le système de transport de gaz et la construction de gazoducs », ajoute-t-il.

Pour 207,5 milliards d'euros, on pourrait construire un nouveau réseau d'alimentation en énergie fournissant toute la partie européenne de la Russie, a calculé un expert du fonds Foresight Andreï Abramov. Cependant, pour assurer le retour sur investissement des projets en 10 ans, l'industrie devrait dépenser chaque année environ 37,5 milliards d'euros, soit presque son chiffre d'affaires annuel. « Il est probable que le programme ne soit donc pas rentable, et il faudra pour récupérer ces investissements une augmentation des prix d'au minimum 70-80%, ce qui fera de notre électricité la plus chère au monde », a déclaré Abramov.

« On ignore au juste ce que recouvre le concept d’« efficacité énergétique » et quelle est la nouveauté du programme d'État, a déclaré M. Borissov. Évidemment, il s’agit de programmes pour le recyclage des gaz associés, qui sont actuellement menés à bien activement, mais d'ici 2014-2015 l’objectif de recyclage de 95% du gaz associé sera atteint ». Les investissements annuels dans ce but sont de 1,5-2 milliards d'euros à l'horizon 2014. La plupart des sous-points du programme, tel que « assurer les niveaux de production de pétrole dans les champs se trouvant au stade de l'exploitation » et « développer de nouveaux centres de production de pétrole », peuvent être interprétés de façon très large et inclure les projets d'investissement des entreprises.

Selon M. Novak, les programmes d'investissement des entreprises énergétiques sont de 65 milliards d'euros par an. « Le ministère de l'Energie a estimé les investissements dans la modernisation de l'énergie russe à 207,5 milliards d'euros (dont 124 milliards d'euros pour la production et 92,5 milliards d'euros pour ​​le réseau jusqu'en 2020) », a rappelé Sergueï Beïden de chez Otkrytie. Autrement dit, si l’on évoque les programmes d'investissement de la filière, les chiffres sont tout à fait vraisemblables. « Cependant, il ne s’agit pas d'efficacité énergétique, mais de l’ensemble de la modernisation et de nouvelles constructions », conclut-il.

Les représentants de Gazprom, TNK-BP, Rosneft, IES-Holding, Mechel, RusHydro et Severstal se sont refusés à tout commentaire. « Inter RAO a créé en 2010 un Centre d’efficacité énergétique », a rappelé un représentant de l’entreprise publique.

En 2001, le gouvernement a déjà adopté un programme similaire de 175 milliards d'euros. Son effet a été une réduction de l'intensité énergétique par unité de PIB (de 3% en 2002), une augmentation du nombre de sites énergétiques créés avec de l'argent public, « l'introduction de technologies modernes pour le transfert de l’économie du pays vers un développement économe en énergie », et des économies de ressources, selon le site Internet du département des programmes ciblés du ministère du Développement économique.

Article original publié en russe sur le site de Vedomosti le 25 septembre 2012. 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.