Les muftis russes prônent l’interdiction du film « l'innocence des musulmans »

Le représentant à Moscou du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, le mufti Chafig Pchikhatchiov. Crédit photo : RIA Novosti

Le représentant à Moscou du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, le mufti Chafig Pchikhatchiov. Crédit photo : RIA Novosti

Le Conseil des muftis de Russie et le Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord soutiennent la décision du Parquet général consistant à classer comme extrémiste le film controversé.

Les représentants du clergé musulman russe

Des actions de protestation de masse contre la mise en ligne d’extraits de « L’innocence des musulmans » secouent depuis le 11 septembre plusieurs pays. Réalisé aux États-Unis, le film controversé dénigre le prophète Mahomet. Les manifestations les plus importantes se sont tenues en Égypte et au Yémen, des émeutes étant également survenues au Soudan, en Tunisie, au Pakistan et au Bangladesh. En Libye, des manifestants ont attaqué le consulat américain dans la ville de Benghazi, tuant quatre diplomates, dont l’ambassadeur Christopher Stevens.

Le Parquet général de Russie a préparé lundi une demande en justice visant à reconnaître le film « L’Innocence des musulmans » comme extrémiste. Pour sa part, le Service fédéral russe de surveillance des communications, des technologies, de l'information et des communications de masse (Roskomnadzor) a appelé les opérateurs de télécommunications du pays à bloquer l’accès à ce film jusqu’à l’annonce de la décision de la justice.

Les représentants du clergé musulman russe ont déjà commenté la décision du Parquet. Notamment, le vice-président du Conseil des muftis de Russie et l’imam de la région de Moscou, Rouchan Abbiassov, a déclaré : « Les nouvelles parues hier (les affirmations du Parquet - ndlr) ont plu aux musulmans, car nous sentons que l’État se soucie en premier lieu de ses citoyens ».

« Nous n’excluons pas que ce film soit une provocation intentionnelle visant à déstabiliser la situation au Proche-Orient, ce qui est le cas aujourd’hui», a ajouté M. Abbiassov.

Le responsable a en outre déclaré que le film incite à la haine ethnique et religieuse. Il a toutefois souligné que les musulmans ne devaient pas « céder à ce genre de provocations  ». M.Abbiassov a estimé que les actions de protestation, qui secouent les pays arabes depuis la mise en ligne d’extraits du film, pourraient elles aussi être une provocation planifiée.

« L’Islam et le prophète Mahomet n’incitent jamais ni à l’agression, ni aux violences. Et bien évidemment, les protestations de ce genre ne sont qu’une provocation, car (...) peu importe quel film on voit paraître - et nous nous rappelons tous du scandale des caricatures de Mahomet et d’une série d’autres événements similaires - l’Islam ne nous autorise pas, nous les croyants, ni à nous attaquer aux gens ou aux diplomates, ni à organiser des actions similaires. Car l’Islam non seulement ne motive pas, mais au contraire interdit ce genre de comportement », a-t-il indiqué.

Le responsable a également fait remarquer que les victimes des récentes protestations dans les pays arabes n’étaient pas impliquées dans la production du film, et que la communauté musulmane devait exprimer son indignation directement aux auteurs de cette réalisation.

Le représentant à Moscou du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, le mufti Chafig Pchikhatchiov, a également soutenu la décision du Parquet russe.

« Tout ce qui incite à la haine religieuse doit être interdit. C’est pourquoi je pense que le Parquet général a bien fait de qualifier ce film d’extrémiste (...). Nous voyons tous quel tollé il a provoqué. Alors, l’interdiction de ce film pour les musulmans et les non musulmans de Russie ne fera rien de grave », a noté M. Pchikhatchiov.

Commentant les actions de protestation des musulmans, provoquée par « L’Innocence des musulmans », le mufti a qualifié ces événements de prévisibles.

Selon lui, la publication du film pourrait être une sorte de test pour évaluer la loyauté des citoyens des pays arabes envers les États-Unis, après que ces derniers avaient contribué aux « changements démocratiques », en soutenant les forces radicales lors des révolutions dans plusieurs pays de la région.

« Si, en publiant ce film et en le traduisant en arabe, Washington voulait tester son autorité dans les pays arabes, je crois que les États-Unis ont échoué dans cette épreuve», a déclaré l’interlocuteur de l’agence.

L’opinion de l’Église orthodoxe

De con côté, l’archiprêtre Gueorgui Rochtchine, chef adjoint du département synodal pour les relations entre l’Église orthodoxe et la société, soutient l’idée de limiter la distribution du film en Russie.

M. Rochtchine a fait remarquer que le problème de l’interdiction de certaines données était « très compliqué », ce dernier étant capable de soulever la question de la censure qui « nie complètement le droit de toute personne, y compris des gens laïques, de s’exprimer sur certains sujets ».

« D’un autre côté, toute parole ou toute oeuvre d’art peut effectivement offenser une partie de la société. Dans ce contexte, compte tenu des sentiments qui existent dans la société, il est bien évidemment nécessaire d’aborder tous les problèmes de manière très responsable et il se peut que certains sujets doivent être exclus du discours public », a déclaré l’archiprêtre.

M. Rochtchine a en outre noté qu’il était difficile d’arrêter complètement la distribution du film sur la Toile et a estimé que les internautes devaient se rendre compte de leur responsabilité des  conséquences que pourrait avoir la publication de ces vidéos. 

« On parle beaucoup en Russie de la liberté d’expression et de la liberté de parole, mais on oublie souvent que les gens doivent assumer l’entière responsabilité de leurs propos, si ces derniers dépassent les bornes de l’admissible et blessent les sentiments de l’autre », a conclu l’archiprêtre. 

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