Les manifestants cherchent un second souffle

Selon les rapports de police, plus de 14.000 personnes étaient présentes au plus fort du rassemblement. Les opposants affirment qu’il y avait au moins 100.000 personnes. Crédit photo : Rouslan Soukhouchine

Selon les rapports de police, plus de 14.000 personnes étaient présentes au plus fort du rassemblement. Les opposants affirment qu’il y avait au moins 100.000 personnes. Crédit photo : Rouslan Soukhouchine

La dernière « Marche des Millions » de l’opposition samedi, a attiré au moins 14.000 personnes sur l’avenue Sakharov mais a laissé beaucoup d’interrogations quant aux débuts d’un mouvement protestataire massif qui a commencé comme un appel pour des élections libres.

Crédit photos : Rouslan Soukhouchine

La police craignait les provocations alors que les opposants s’attendaient à un rassemblement plus important suite aux verdicts contre les Pussy Riot et aux pressions contre les leaders de l’opposition comme le député Guennadi Goudkov, évincé de son mandat parlementaire vendredi.

La marche de samedi a été toutefois pacifique et même presque «  ennuyeuse » selon certains observateurs qui ont noté une répétition des orateurs et slogans.

« Des manifestations comme celles-ci doivent avoir une raison : on ne peut pas sortir et juste dire que le président Vladimir Poutine doit être blâmé pour tout », dit Olga Krychtanovskaïa, une sociologue qui a récemment quitté le parti pro-Kremlin Russie Unie pour étudier ce qu’elle appelé la « révolution ».

« Cela avait suscité plus d’excitation lorsque c’était nouveau et inattendu. Maintenant, mes recherches ont indiqué que l’âge moyen a augmenté et les gens sont venus de la même manière qu’ils se rendent au travail », explique-t-elle.

Selon les rapports de police, plus de 14.000 personnes étaient présentes au plus fort du rassemblement. Le leader du Front de Gauche, Sergueï Oudaltsov, qui portait des lunettes de soleil cassées « pour exprimer sa rage » lorsqu’il monta sur la scène a lui indiqué qu’il y avait au moins 100.000 personnes. Vers la fin du rassemblement, alors que les gens commençaient à se disperser, les leaders de la protestation ont lu une résolution demandant la démission du président Vladimir Poutine, de nouvelles élections, et la libération d’au moins une dizaine de prisonniers arrêtés pour leur rôle dans la manifestation du 6 mai.

La marche de samedi était accompagnée par une présence de la sécurité plus importante, avec la police anti-émeute et des troupes de l’intérieur alignées le long de l’avenue Sakharov, certains craignaient une répétition des violences qui eurent lieu à la première Marche des Millions du 6 mai, lorsque des dizaines de personnes furent blessées durant les affrontements.

Interrogé après le rassemblement de samedi afin de savoir si certaines provocations avaient eu lieu, un officier de police anti-émeute qui n’a pas souhaité donner son nom a répondu par l’affirmative, mais « nous ne les avons pas laissé hors de contrôle. Certaines personnes sont venues nous voir et ont commencé à nous insulter, mais nous n’avons pas répondu. Nous avons juste fait notre travail ».

Le Mouvement de la Jeunesse Eurasienne Patriotique avait suscité des inquiétudes d’affrontements pendant le rassemblement quand a été annoncé qu’ils allaient rencontrer les manifestants avec des croix orthodoxes et des balles en argents. Une escarmouche a éclaté entre ses membres et les manifestants pendant la marche près du métro Chistye Prudy, et la police a brièvement détenu l’un des membres du groupe de jeunes a rapporté la radio Russia News Service.

Aucun autre affrontement n’a cependant été rapporté.

La masse des manifestants de samedi était quelque peu différente des jeunes de la classe moyenne qui gonflaient les rangs des manifestations précédentes pendant l’hiver, le printemps et l’été.

Un nombre de groupes représentant le secteur de la défense – y compris les parachutistes et les gardes-frontières – sont venus au rassemblement de samedi avec des demandes ciblées sur les retraites ou des questions plus sociales.

« Je suis venus ici pour chercher la justice. La justice sociale », a déclaré Andreï Nekossov, un aspirant ayant servi dans la Flotte du Nord. « Je suis vraiment pour que Poutine soit remplacé ». Questionné sur qui devrait selon lui être le prochain président, Nekossov a indiqué : « cet homme existe, mais il nous est caché ».

Les militaires étaient moins précis dans leurs revendications, mais appelaient à plus de justice sociale.

« Si le gouvernement se tenait devant moi comme vous le faites maintenant, alors je dirais ce que je veux. Mais je ne vais pas le dire. Je veux le  commandant en chef tout au moins. Et je dois le dire à lui seul », a déclaré Evgueny Artiomov, un parachutiste.

Selon Olga Krychtanovskaïa, les prochaines élections régionales le 14 octobre pourraient insuffler une nouvelle vie dans les manifestations jeunes et urbaines qui ont commencé après les élections parlementaires de décembre.

Le leader du Front de Gauche Sergueï Oudaltsov a annoncé que la prochaine Marche des Millions aurait lieu le 20 octobre. Cela coïnciderait avec les élections du conseil de coordination de l’opposition, perçu comme une chance pour les groupes protestataires disparates de se rassembler.

Selon Krychtanovskaïa, les vagues de protestation ont été engendrées par les élections et ne peuvent se maintenir sans elles.

« Le seul chemin sérieux pour l’opposition, celui qui peut amener de réels résultats pour ce pays, serait de travailler dans le cadre de la loi, pour enregistrer des partis, et commencer à faire pression sur le gouvernement, non pas grâce aux manifestations de rue, mais à travers des moyens légaux », a indiqué Krychtanovskaïa. « Ils obtiendront ensuite graduellement ce qu’ils désirent. Mais s’ils abandonnent maintenant, alors rien ne changera ».

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