Porte du Caucase

Crédits photo : Presse photo

Crédits photo : Presse photo

Cette petite république du Caucase fait peu parler d'elle. Pas de violence, pas de drames. Au contraire, une tradition d'hospitalité qui devrait la transformer en pôle touristique.

L’air du petit matin est imprégné de mimosa et de prunes mûres. Le monastère orthodoxe Saint-Michel de l’Athos se noie dans la brume ; un homme avec une grande barbe vêtu d’une soutane noire empile des caisses de pain frais au pied d’un mur.


Les habitants de l’Adygué, au sud de la Russie, ne ferment jamais leur porte à clef. « Ne te presse pas. Tu auras le temps de tout faire, et ce que tu n’as pas le temps de faire n’est pas indispensable », est la phrase que l’on entend le plus souvent dans les hameaux perdus dans les montagnes. 


Les chevaux grimpent vers le plateau Lago-Naki. Le palefrenier Serioja fait bruyamment claquer sa langue et cravache la croupe de son cheval avec une branche d’érable. Quand les pistes de montagnes ne sont pas trop mauvaises, le camion tout-terrain GAZ-66, préféré des militaires, devient une bonne alternative au cheval. Deux Tcherkesses en chapeaux à longs poils bouclés descendent à sa rencontre. Serioja les salue d’un hochement de tête amical. 

Pour s’y rendre

Le meilleur moyen d’aller jusqu’au coeur de l'Adygué, est la ligne aérienne Moscou - Krasnodar. Puis par bus jusqu'à Khadjokh ou « Krasnodar-Maikop ». Le billet d'avion aller-retour coûte 250 euros et le trajet jusqu’à Krasnodar prend environ 2h30.


Où se loger


Le village de Khadjokh regorge de chambres d’hôtes. C’est le type de logement le plus agréable. Les prix démarrent à 20 euros par personne. Les budgets serrés opteront pour le camping. Ils trouveront partout des endroits pour planter leurs tentes.


La région compte 80 nationalités, dont les Adyguéens, la population de souche. Ils vivent dans des hameaux isolés, dans les plaines du nord, tandis que les régions montagneuses sont peuplées d’un mélange multiethnique : Russes, Tcherkesses, Grecs, Gitans, Arméniens et Kurdes, autant de mentalités, de religions et de traditions différentes.

« Il n’y a pas de conflits entre nous, tout ça c’est dans les villes », raisonne Serioja, en regardant pensivement les crêtes. « Tout le monde s’est dispersé dans les hameaux et on se fiche ici de savoir quel dieu tu pries. Là-bas, dans le village de Temnolesskaya, vivent des vieux croyants. Des jupes jusqu’au sol, des foulards. Ils ont planté la croix sur la montagne. Elle protège toute notre vallée, les chrétiens, les musulmans, les baptistes aussi ». 


Le directeur de l’office du tourisme régional, Serguei Choubine, explique que « les locaux sont pleins d'initiatives. Ils connaissent les meilleurs chemins, les villages, les noms de crêtes et les endroits dangereux. À la fin des années 1990, les gens ont commencé à ouvrir des maisons d’hôte et de petites structures de tourisme sportif. Beaucoup d’entreprises familiales ».


Rouslan est diplômé de la fac de mathématiques de l’université de Maïkop. N’ayant pas trouvé de travail dans sa spécialité, il a fini par monter la première entreprise de tourisme dans le village de Khadjokh. Aujourd’hui, il emploie sept moniteurs professionnels, dont sa petite sœur de quatorze ans Suzanna, sa mère qui prépare les paniers repas et son père qui emmène les touristes dans les montagnes dans le fameux GAZ-66.


Peu de gens viennent s’installer en Adygué, et peu quittent leur terre natale. La république ressemble à un monde parallèle où la principale nouvelle, depuis des mois, n’est « ni le procès des Pussy Riot, ni la crise syrienne ou les JO, mais la rivière Blanche, d’habitue cristalline, qui est devenue trouble à cause des crues ». 


Le soir tombe. Le soleil, apparu une minute, se couche quelque part au loin, derrière les montagnes. L’air est rempli d’arômes de  pomme. Dans la pommeraie, les tentes s’amassent autour du feu. Les étudiants en archéologie viennent ici toute l’année pour étudier les vestiges de la région, les dolmens qui parsèment la terre d’Adygué. Le « Khadjokh-1 » se trouve ici, au bout de la pommeraie, sur un petit talus, parmi des arbres fantasques. Il pleut de nouveau, mais l’archéologue Igor Ogaï, qui préside la Société de géographie russe, malgré la foudre et le tonnerre, continue son récit sur cette petite maison et sa désignation : peut-être un tombeau, un temple, ou une indication routière.

Où se restaurer


Il y a peu de cafés à Khadjokh. Cependant, les chambres d’hôtes font aussi table d'hôte. Si vous n'aimez pas déjeuner au grand air, le café « Pechernii Tchelovek », installé à l’intérieur de la masse rocheuse du village de Khadjokh, propose un menu du jour. 

À Khadjokh, Igor étudie des monuments du mégalithique et anime des visites de l’exposition privée du village Kamennomostski, deux petites pièces contenant tout ce que les archéologues de Maïkop ont réussi à dénicher.  « Ce casque de soldat nazi date du milieu du XXe siècle, et celui-là, techerkesse, du XVIIe. Des lances, des espadrilles en paille, des accessoires de coiffure, des amulettes en os. Si vous devinez le nom de cette pierre, je vous offre un aimant. C’est une améthyste ». Igor déverse sur les visiteurs une avalanche d’informations. Il virevolte entre les fossiles étalés par terre, des collections d’espèce adyguéennes, et des aurochs et sangliers empaillés, écarquillant d’un air menaçant leurs yeux de verre. Un chaton gris ronronne dans le casque allemand.

 

« On vient du monde entier pour voir nos dolmens. Nos monuments de 5000 ans d’âge ont été conservés, miraculeusement, en très bon état. Nous aimerions constituer ici un parc mégalithique en liant tous les monuments en un circuit unique, mettre à jour les infrastructures, augmenter le flux de visiteurs, et donc de moyens pour continuer les fouilles archéologiques et entretenir les dolmens existants. Nous nous en occupons à nos propres frais mais ce n’est pas assez ».

Une nuit pleine de senteurs s’est installée. Un vieux landau tcherkesse se balance doucement devant une porte ouverte. Il y a plusieurs siècles déjà, les Tcherkesses y attachaient les bébés avec de petites sangles de cuir, pour éviter qu’ils ne tombent. Ils s’amusent à dire qu’ils devraient recevoir le Prix Nobel pour l’invention de la ceinture de sécurité.


Khodja, un riche Tcherkesse de Gouzeriple a construit, à côté de sa maison, une mosquée, une synagogue et une église. Elles scintillent dans la nuit de petites lumières bleues. Khodja, lui, est assis, l’air maussade, au bord de la rivière Blanche. La truite a quitté les eaux troubles. La seule chose dont il rêve aujourd’hui, c’est de l’eau claire qui coule dans la rivière près de sa  maison. 

Le fromage adyguéen sent la fleur

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.