La Syrie dans une impasse diplomatique et militaire

Image par Nyiaz Karim

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La mission des observateurs militaires de l'ONU a achevé son travail en Syrie le 19 août. Pour la remplacer, un bureau de coordination de l'organisation fonctionnera à Damas. La décision a été prise jeudi 16 août par le Conseil de sécurité contre l'avis de la Russie, de la Chine et du Secrétaire général, Ban Ki-moon. L'impasse dans la confrontation militaire en Syrie se double désormais d'une impasse diplomatique.

La tâche de la mission de l'ONU, qui a commencé son travail en mai, comprenait la suivi du cessez-le-feu ainsi que la collecte d'informations sur la situation en Syrie, où le conflit civil monte en puissance. En réalité, ses rapports étaient la seule source de renseignements impartiale, permettant de chercher un terrain d'entente pour résoudre la crise syrienne. Désormais, la mission n'existe plus.

La liquidation de la mission est la conséquence logique de la démission début août de l'émissaire spécial de l'ONU, Kofi Annan, initiateur de la création de la mission. Le vétéran des opérations de maintien de la paix a évoqué l'absence de soutien à son plan de paix, sans pourtant spécifier à qui étaient adressés ses reproches. Le départ d'Annan laisse un vide difficile à combler.

La situation dans le pays semble dans l'impasse. Les groupes d'opposition disparates ne sont pas en mesure de vaincre les troupes régulières du régime syrien. Ils ne parviennent même pas à créer une enclave rebelle, comme l'ont montré la bataille perdue pour eux d'Alep, la capitale économique de Syrie, et leur incursion infructueuse à Damas début août. Sans armes lourdes, les opérations à grande échelle contre les forces gouvernementales sont vouées à l'échec à l'avenir. Pourtant, l'Occident ne se presse pas de fournir une aide militaire.

La raison est évidente. Le commandant des rebelles à Alep, Abou Ammar, a déclaré, selon l'AFP : « Nous ne voulons pas qu'Al-Qaïda soit ici, mais si personne ne veut nous aider, nous allons nous unir avec elle ». Ceci ressemble à du chantage, mais personne ne veut armer Al-Qaïda, en particulier dans un pays possédant des armes chimiques.

Dans ces circonstances, l'Armée syrienne libre, principale force militaire de l'opposition, est contrainte de passer à des activités de guérilla. Et ici, les forces gouvernementales ont peu de chance de remporter la partie. Le conflit, qui dure depuis déjà un an et demi, n'a pu durer si longtemps sans soutien de l'opposition à l'étranger. Certains citent la Turquie, l'Arabie saoudite ou le Qatar. On a également appris la décision du président américain Barack Obama de charger la CIA de coordonner les opérations visant à aider les rebelles. Cependant, l'équipement évoqué est constitué d'armes légères ou de matériel non létal.

Le conflit va s'atténuer puis reprendre régulièrement de plus belle, en multipliant les victimes et en déstabilisant la situation au Moyen-Orient dans son ensemble. En outre, les États-Unis et les pays occidentaux sont clairement réticents à l'idée de régler le conflit par la force. Ni la Grande-Bretagne, ni la France ne peuvent se permettre de répéter le scénario libyen en raison de la situation économique préoccupante de l'Europe. Pour les États-Unis, sans lesquels une intervention militaire est impensable ne serait-ce que pour des raisons purement techniques, commencer une nouvelle guerre au Moyen-Orient sur fond de revers politiques en Irak et en Afghanistan semble difficilement acceptable. Et la campagne électorale pour la Maison Blanche n'est pas vraiment le meilleur moment pour les aventures militaires.

Il ne reste donc qu'une option : chercher à obtenir la démission de Bachar el-Assad. Les moyens à ces fins sont la pression diplomatique, les sanctions économiques, les campagnes de propagande, la récompense des transfuges et les attentats. Le meilleur remède serait la menace d'une intervention militaire extérieure mandatée par l'ONU. Cependant, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à trois reprises au Conseil de sécurité de l'ONU pour protester contre l'utilisation des mécanismes de l'ONU afin de renverser les régimes hostiles. Ceci constitue bien sûr un soutien objectif au président syrien, qui ne le dispense cependant pas du besoin de négocier à terme avec les rebelles.

Pour l'heure, Moscou a proposé de mener à l'ONU une réunion au niveau des ambassadeurs, afin de proposer aux parties en conflit une date limite pour un cessez-le-feu et le lancement de négociations de paix. Dans le même temps, Moscou cherchera à peser sur le gouvernement syrien. C'est dans ce contexte que doit être considérée la visite dans la capitale russe, prévue la semaine prochaine, du vice-Premier ministre syrien Qadri Jamil et du secrétaire d'État chargé de la réconciliation nationale Ali Heidar.

Dans le même temps, Moscou a demandé à plusieurs reprises aux pays occidentaux de faire pression sur l'opposition syrienne en vue d'un cessez-le feu et d'une transition vers un dialogue politique. Apparemment, le Kremlin partage l'opinion  de Kofi Annan, qui a déclaré dans un article publié dans le Financial Times après sa démission : « La Syrie peut encore être sauvée de la pire des catastrophes. Toutefois, cela exige des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU du courage et du leadership, y compris de la part des présidents Vladimir Poutine et Barack Obama ».

Andreï Ilyachenko est chroniqueur à La Voix de la Russie sur les questions du Proche-Orient.

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