Les missiles, muscles de l'armée de l'air russe

Les bombardiers stratégiques Tu-160 (à g.) and Tu-95 (à dr.) lors de la fête à l'occasion du centenaire des Forces aériennes russes. Crédit photo : Itar-Tass

Les bombardiers stratégiques Tu-160 (à g.) and Tu-95 (à dr.) lors de la fête à l'occasion du centenaire des Forces aériennes russes. Crédit photo : Itar-Tass

Le week-end dernier, la région de Moscou a accueilli des célébrations grandioses dédiées au centenaire des Forces aériennes russes. Une centaine d'avions ont survolé les airs au-dessus de Joukovski. Toutefois, les nouveaux appareils n'étaient pas très nombreux.

Uniquement les bombardiers stratégiques modernisés Tu-160, le Futur Système Aéronautique de l'Aviation du Front (PAK FA) T-50, qui devrait constituer le nouveau chasseur polyvalent de cinquième génération, le bombardier Su-34, les chasseurs Su-35 et MiG-35 avec leurs modifications, l'appareil de formation Yak-130, les hélicoptères Mi-28N et Ka-52... Toutefois, le commandant en chef des forces aériennes Viktor Bondarev a promis que d'ici la fin de cette année, nos troupes recevraient plus de 180 avions et hélicoptères neufs, et le président Vladimir Poutine a assuré de son côté que d'ici à 2020, l'Armée de l'Air recevrait plus de 600 nouveaux avions et plus d'un millier d'hélicoptères.

Bien sûr, les avions, tout comme les hélicoptères, ne combattent pas – ce sont des vecteurs d'armements : missiles, bombes, obus, nécessaires pour atteindre une cible. Dans le même temps, ils doivent être capables d'éviter les systèmes de défense antiaérienne, ou comme disent les militaires, de ne pas tomber dans la zone d’action de la DCA ennemie. Comment cela peut-il être réalisé? Uniquement grâce à la création de missiles pouvant voler à une distance supérieure à 400-500 km (zone d’action de la DCA). Dans ce cas, la fusée doit être subsonique, supersonique, ou mieux encore hypersonique. Et voler en modulant son cours et son altitude, en évitant soigneusement les reliefs.

Ces missiles, les Forces aériennes russes en possèdent. Parmi eux figurent deux types de missiles de croisière pour les bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-160 : les Kh-55 et Kh-555 mis au point par le bureau de conception Radouga situé à Doubna.

Le premier peut transporter une ogive nucléaire jusqu’à la cible, le second un explosif conventionnel. En outre, la portée de ces missiles, comme les Tomahawk américains AGM-86 et AGM-129, se situe aux environs de 3 000 km. Ils sont équipés d'un système de guidage autonome avec correction de la trajectoire selon le relief des lieux – le programme intégré dans le missile contient une carte du relief le long du trajet. En outre, le système de guidage est capable d'effectuer des manœuvres pour contrer une interception.

En outre, le Kh-555, en tant que  missile le plus récent, possède un système de guidage supplémentaire : un système de correction électro-optique et de navigation par satellite. Si dans le Kh-55, le coefficient d'écart à mi-cible est de 100 mètres (pour une ogive nucléaire un tel écart n'a pas d'importance), ce chiffre est pour le « 555 » de 20 mètres seulement (pour une ogive explosive ou à fragmentation élevée d’un poids de 350-400 kg, cela signifie frapper dans le mille).

Néanmoins, même ces missiles de croisière stratégiques de haute précision cessent de répondre aux besoins croissants de l'armée. Le vice-premier ministre de la Défense Alexander Soukhoroukov, lors d'une récente conférence de presse pour les journalistes moscovites, a indiqué que la création d'un nouveau missile stratégique à longue portée était en cours. Ses caractéristiques et tous les autres détails n'ont pas été dévoilés.

Dans la presse grand public, on a très peu d'informations à ce sujet. On sait cependant que les experts de Radouga ont dans les années 1980 cherché à créer des missiles stratégiques hypersoniques. Leur « analogique civil », conçu pour étudier l'espace extra-atmosphérique, présenté lors d'expositions internationales, a été baptisé Bourlak. Il a été créé sous la direction du concepteur en chef et auteur du Kh-55, Igor Seleznev. Cependant, l'effondrement de l'Union soviétique et le manque d'argent dans les années 1990 n'ont pas permis de mener le projet à bien. Il est possible que les concepteurs soient revenus aux projets alors abandonnés.

L'un d'eux est le Kh-101 et le Kh-102, avec des ogives nucléaires et conventionnelles. La puissance des ogives nucléaires est estimée à 180-200 kilotonnes. En outre, leur portée n'est plus de 3.000 km comme au départ, mais de 5 500 km. Toutefois, pour augmenter la portée, il a fallu augmenter la masse de lancement de missiles de 700-800 kg, bien que le poids de l'ogive soit resté le même - 400-410 kg. Mais les modifications dans la conception, l'utilisation d'un nouveau moteur et la mise à jour du système de navigation ont conduit à une augmentation de la vitesse maximale. Elle a atteint 950-970 kilomètres/heure.

En 2010, la presse a indiqué que le missile Kh-101 possédait de très bonnes perspectives. Il est cependant clair que l'équipement d'avions à long rayon d'action avec de tels missiles exige certaines innovations. Tout d'abord, le remplacement ou la modernisation des systèmes de contrôle à bord des avions équipés. En outre, les compartiments des Tu-95MS n'étaient pas assez volumineux pour recevoir le nouveau missile. C'est pourquoi sur les photographies du Tu-95MS qui sont apparues sur Internet, les Kh-101 ont été suspendus sur des pylônes sous les ailes, deux sous chacune d'elles (donc un total de huit missiles).

Actuellement, le Tu-95MS ne peut transporter que six missiles Kh-55/555 à l'intérieur de son fuselage. En ce qui concerne les Tu-160, selon les données disponibles, ils peuvent facilement être équipés de douze missiles, en raison de la taille de leur compartiment. La capacité de chargement des rampes de lancement permettent de le faire.

Et pourtant, on ne peut affirmer pour le moment sans risque d'erreur quelles sont les caractéristiques du nouveau missile stratégique. L'affirmation selon laquelle il s'agirait du Kh-101 ou de sa version non-nucléaire Kh-102 n'est qu'une hypothèse en l'absence de confirmation officielle. Au printemps de cette année, le ministre de la Défense Anatoli Serdioukov a évoqué un nouveau missile de croisière stratégique de stationnement aérien, qui équiperait d'ores et déjà les troupes. Peut-être qu'un certain nombre de missiles auxquels nous pensons a été livré à l'aviation à longue distance afin d'étudier l'utilisation des nouvelles armes ou les mettre en exploitation expérimentale. Nos hypothèses sont-elles crédibles ? Seul le temps nous le dira.

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