Expédition Ienisseï : odyssée d'écrivains français en Sibérie

François Bellec a raconté qu'en descendant l'Ienisseï, il avait compris que « la Russie est un pays chaud. Du cœur des gens qui l'habitent ». Crédit photo : AFP / EastNews

François Bellec a raconté qu'en descendant l'Ienisseï, il avait compris que « la Russie est un pays chaud. Du cœur des gens qui l'habitent ». Crédit photo : AFP / EastNews

Un voyage d'écrivains français dans le nord de la Sibérie a pris fin. Les membres de l'expédition ont été frappés par l'immensité du nord et le « Golgotha de Norilsk ».

Si pour les Français la Russie est immense et insaisissable, la Sibérie constitue l'apothéose de cette incompréhension. C'est pour que les Européens puissent au moins en partie comprendre l'âme russe qu'a été conçue l'expédition « Ienisseï ». Elle a été organisée par l'Agence russe pour la presse et les médias avec le soutien de l'Institut Français et de l'Ambassade de France dans le cadre des saisons franco-russes, un vaste projet interculturel qui a commencé cette année.

Le périple a duré 11 jours : d'Abakan à Krasnoïarsk par la terre, et de Krasnoïarsk à Norilsk sur le fleuve Ienisseï. Les Français ont voyagé sur un ferry ordinaire, avec les habitants locaux, qui comme à l'accoutumée transportaient des meubles, des vélos et leurs chiens, tant que la rivière est navigable.

Au cours des arrêts, les voyageurs parmi lesquels se trouvaient le prix Goncourt Dominique Fernandez, le contre-amiral François Bellec, l'auteur de 20 livres Olivier Bleys, Christian Garcin et leurs collègues russes Evgeni Bounimovitch, Iouri Koublanovski, Irina Barmetova, Konstantin Miltchine, et Natalia Polenova, ne sont pas contentés de visiter les musées et d'admirer les flancs de coteau, mais se sont en outre entretenus avec l'intelligentsia locale. Les hôtes ont été particulièrement heureux de visiter Norilsk et Krasnoïarsk. Les bibliothèques étaient noires de monde, le public ne voulait pas laisser repartir les invités.

Malgré une tradition russe vieille de plusieurs siècles, personne n'a cette fois tenté de présenter aux Français des « villages Potemkine » (un trompe-l'œil à des fins de propagande, ndlr)  au lieu de villages authentiques. « Les écrivains ont vu le pays réel, tel qu'il est, a expliqué le directeur de programme du projet, Nina Litvinets. Nous voulons qu'en Europe, les gens en sachent plus et lisent sur la Russie, que des livres sur la Russie atteignent les Européens pour qu'ils connaissent notre pays tel qu'il est ».

Evoquant le voyage, les écrivains français ont souvent rappelé Norilsk. « On trouve réuni en un seul endroit l'ensemble de la Russie, a déclaré Dominique Fernandez. D'une part, c'est une très belle ville, de l'autre, derrière la façade se cache une terrible pauvreté. J'ai été frappé par le Golgotha de Norilsk (mémorial aux victimes du Goulag - Vedomosti). Et quand je pense à ceux qui ont construit cette ville, dans des conditions effroyables, ça me bouleverse ». François Bellec a raconté qu'en descendant l'Ienisseï, il avait compris que « la Russie est un pays chaud. Du cœur des gens qui l'habitent ». « Je me souviens de deux images : le ciel avec la fumée colorée des cheminées de Norilsk, et le ciel couleur de perles d'une pureté ineffable ».

Elisabeth Barillé a suggéré l'idée de faire du bateau un centre culturel pour ainsi surmonter le terrible isolement des villages situés à 70-80 km de distance et reliés uniquement par des sentiers. Durant l'expédition, c'est d'ailleurs précisément ce qui s'est passé: l'ensemble Volnitsa, qui voyageait avec les écrivains, a donné un concert depuis le pont du navire. Les habitants locaux approchaient à bord de barques et se sont délectés de la musique.

Article original sur le site Vedomosti.ru

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.