Medvedev n'exclut pas de briguer à nouveau la présidence russe

Dmitri Medvedev : « Si telle ou telle personne cherche à trouver les preuves que la Russie est de nouveau en route vers le totalitarisme et piétine les droits civils, elle les trouvera, car on peut les trouver n'importe où – dans n'importe quelle soc

Dmitri Medvedev : « Si telle ou telle personne cherche à trouver les preuves que la Russie est de nouveau en route vers le totalitarisme et piétine les droits civils, elle les trouvera, car on peut les trouver n'importe où – dans n'importe quelle soc

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, qui s'est rendu à Londres pour l'ouverture des Jeux olympiques d'été 2012, a donné une interview au Times, samedi 28 juillet, dans laquelle il a évoqué la Syrie, le procès du groupe punk Pussy Riot, et n'a pas exclu de se présenter à nouveau à la présidence. Extraits.

Peut-êtrepouvons-nouscommencer parvosimpressionsdela cérémonie d'ouverturedes Jeux olympiques. Qu'en pensez-vous?

 
Medvedev: J'ai apprécié la cérémonie pour plusieurs raisons. Tout d'abord, bien sûr, c'était un spectacle grandiose, cher, et très, très bien préparé. Mais ce qui m'a semblé particulièrement important est que c'était un spectacle britannique. Pas chinois, américain ou russe, et en ce sens, on a réussi à créer une atmosphère complètement britannique. J'ai pris quelques photos que j'ai mises sur Instagram (l’application de partage de photos pour smartphones – ndlr).

Pensez-vous que le plan de Kofi Annan ait des chances de succès, compte tenu de l'évolution rapide de la situation sur le terrain en Syrie? 

Medvedev: Je ne veux pas sembler exagérément optimiste à ce propos, parce que la situation est très dure et très complexe. Mais je persiste à croire que le plan de Kofi Annan n'a pas épuisé ses possibilités, précisément parce qu'il s'agit d'un plan politique et d'un plan de paix. En effet, malgré les divergences apparentes, les positions de la Russie et de la Grande-Bretagne – ou de la Russie et des États-Unis – ne sont pas si éloignées, comme on dit. Nous considérons tous que le pire scénario en Syrie serait une guerre civile de grande envergure, et maintenant il y a, si vous voulez, le pressentiment qu'une guerre civile est possible.

La différence entre les positions de la Russie et la Grande-Bretagne sur ce sujet, c'est que nous croyons que la seule résolution possible passe uniquement par des négociations. Nos partenaires ont appelé à une action plus décisive. Ici la question se pose de savoir où se termine une résolution et où débutent les actions militaires.

Vous avez évoqué la défense antimissile. Y a-t-il des signes indiquant que vous pourriez arriver à un accord sur ce thème avec les États-Unis?

Medvedev: Je pense que l'OTAN doit comprendre ce qu'elle attend de l'approche adaptative en quatre étapes sur la création de sa défense antimissile. Ensuite, quel est le rôle de la Russie? Parce que la proposition que j'ai faite à Lisbonne sur la mise en place d'un système de défense antimissile conjoint a été rejetée, ce qui est vraiment dommage, car elle permettait de clore définitivement la question. En plus, c'était un moyen efficace de bloquer les Etats pouvant réellement constituer une menace, aussi bien pour l'OTAN que pour la Russie. Mais ils ont refusé. Alors que se passera-t-il ensuite ? Nous avons du temps, je l'ai dit, et l'actuel chef de l'État russe le dit. Mais ce temps, bien sûr, se réduit progressivement. Et si en 2018 nous ne pouvons pas parvenir à un accord sur cette question, alors on pourrait assister à une nouvelle course aux armements, ce qui serait très préjudiciable pour tous, coûteux et totalement inefficace.

Vous avez mentionné que la Russie était une jeune démocratie, et ces derniers mois, nous voyons fleurir des activités dans le domaine de la société civile. Mais il y a des craintes car ces derniers temps, le parlement russe adopte des lois qui sont dirigées dans le sens contraire elles sont restrictives à l'égard des manifestations et des activités des ONG. Ainsi, par exemple, il y a eu récemment le cas des Riot Pussy qui sont accusées, le procès est en cours. Pensez-vous que ces entorses à la liberté soient fondées?

Medvedev: À mon avis, concernant notre législation, rien de conséquent ne s'est passé au cours des derniers mois. Mais si telle ou telle personne cherche à trouver les preuves que la Russie est de nouveau en route vers le totalitarisme et piétine les droits civils, elle les trouvera, car on peut les trouver n'importe où – dans n'importe quelle société de n'importe quel pays. Concernant ce que vous avez mentionné, la loi sur les ONG : en réalité, le projet de loi qui a été adopté par la Douma, dans sa teneur absolue, correspond à différentes lois étrangères, y compris à la législation américaine, c'est une première chose. Deuxièmement, la notion d' « agents étrangers » n’est pas une accusation en elle-même, en aucune façon.

Si nous parlons d'autres thèmes à grande résonance, y compris le fameux procès que vous avez mentionné, je pense également qu'il faut rester serein à cet égard. C'est le tribunal qui doit se prononcer afin de déterminer, comme disent les avocats, s'il y a ici (dans l'affaire Pussy Riot) un corpus delicti, c'est-à-dire un corps du délit ou non. Si ce n'est pas le cas, ceux qui ont effectué l'acte en question à grande résonance ont de la chance : ils sont devenus célèbres, mais n'ont pas assumé de responsabilité. Bien sûr, le fait qu'actuellement certaines de ces filles soient en prison est une épreuve sérieuse pour elles et pour leurs familles. Ca, bien sûr, je le comprends.

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Pensez-vous qu'actuellement la société civile aille bien en Russie, ou faut-il travailler sur le pluralisme, la diversité, la diversification de la société civile?

Medvedev: Notre société civile est devenue beaucoup plus développée, diversifiée et multiforme, beaucoup plus active. Cela constitue précisément une maturation de la démocratie et un développement de la société civile. Le fait que nos citoyens se soucient des résultats des élections a été démontré par les élections à la Douma et le scrutin présidentiel, qui se sont accompagnés d'une activité civique sans précédent. Par ailleurs, le paquet de modifications du système politique que j'ai formulé en décembre est aussi le fruit du développement de notre société civile.

Pensez-vous que la Russie soit pleinement intégrée au contexte de l'Internet? L'ancienne génération comprend-elle complètement la nécessité d'une transparence totale et de la communication directe des plus hauts fonctionnaires avec la population?

Medvedev: Aucun pouvoir au monde, dans quelque pays que ce soit, y compris les régions les plus complexes, même le monde arabe, ne peut aujourd'hui ignorer l'existence d'un vaste réseau de communication qui apparait, se développe et vit hors de la portée du gouvernement, quoi que ce dernier en pense. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie une seule chose : aucun dirigeant ne peut être moderne et adapté aux conditions sociales actuelles s'il ne tient pas compte du nouveau contexte informationnel. À mon avis, en fin de compte, seule la personne qui garde un contact direct avec les gens possède une perspective politique. Je lis tous les jours des appels qui me sont adressés personnellement, via Facebook, Twitter et d'autres réseaux sociaux, ou à travers mon site web. Au moins 50 fois par jour.

C'est une transition parfaite vers la dernière question. Si vous aviez une fois de plus eu l'occasion de briguer la présidence, que feriez-vous?


 
Medvedev: Je ne suis pas encore un vieux politicien. Je n'ai jamais exclu qu'à l'avenir (je ne compte pour l'instant pas quitter la vie politique), je puisse briguer la présidence si, bien sûr, c'est intéressant pour notre peuple. Si les gens en ont marre, ils me diront « good bye », et dans ce cas, j'écrirai mes mémoires.

Version abrégée. Texte complet sur le site du gouvernement russe.

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