Une retraitée par monts et par vaux

Svetlana Droujinina : « J'essaye de consacrer le montant de ma retraite aux voyages ». Source : Archives personnelles

Svetlana Droujinina : « J'essaye de consacrer le montant de ma retraite aux voyages ». Source : Archives personnelles

Si l’on en croit les statistiques, les retraités russes voyagent peu. Pourtant, à Rostov-sur-le-Don vit une retraitée enjouée qui, à presque 60 ans, parcourt le monde trois fois par an. En 8 ans, Svetlana Droujinina a en effet découvert 25 pays dont la France, la Thaïlande, la Grèce, l'Inde, Monaco, la Pologne, les Émirats arabes unis, l'Andorre, l'Écosse, la Jordanie, la Suède, le Danemark…

Une retraitée en Andorre


Si Svetlana voyage, ce n'est pas parce qu'elle ne sait plus quoi faire de son argent. Elle touche sa retraite qui s’élève à 300 euros par mois et arrondit ses fins de mois en travaillant. Mais Svetlana est organisée. À Rostov-sur-le-Don, elle dépense en tout et pour tout 50 euros par mois pour se nourrir. À l'étranger, bien-sûr, elle ne fait pas de dépenses excessives. La voyageuse ne jure que par les tour-opérateurs qui proposent des formules économiques et des séjours bon marché en hôtel trois étoiles. En s’y prenant très en avance, Svetlana est sûre d’obtenir une réduction. Elle accepte de partager sa chambre avec une autre touriste, mais s’intéresse plus à la beauté de la planète et de la civilisation humaine qu’à ses compagnes de chambre. Lorsqu’elle voyage, Svetlana emporte une bouilloire, son appareil photo et quelques denrées alimentaires. De temps en temps, elle se permet de déjeuner dans un café, mais tout est très cher en Europe. Même les souvenirs qu’elle rapporte de ses séjours font l’objet de réductions.

Cette année, Svetlana s’est déjà rendue quatre fois à l’étranger. Elle retourne toujours en Espagne car elle adore la ville de Barcelone. De plus, les autorités locales accordent aux voyageurs des visas de six mois. Du coup, Svetlana s'apprête à passer par l’Espagne pour se rendre au Portugal par la même occasion. Elle se reposera d’abord dans la ville de Lloret de Mar avant de visiter le Portugal en passant par Madrid et Tolède.

Elle accepte de partager sa chambre avec une autre touriste, mais s’intéresse plus à la beauté de la planète et de la civilisation humaine. Source : Archives personnelles

« J'essaye de consacrer le montant de ma retraite aux voyages. Je ne mène pas la vie de château : je me nourris pour deux mille roubles par mois. Je fais mes courses dans le magasin Piaterotchka (chaîne de supermarchés russe qui offrent des produits bon marché, ndlr). Là bas, de 9 heures à 13 heures, les retraités bénéficient de ristournes. Je ne bois pas, je ne fume pas, j'achète tout ce dont j’ai besoin au marché, à la fin de la journée, quand les vendeurs se hâtent de liquider leur stock pour rentrer plus vite chez eux. Je vais au marché comme certains vont au travail. Aujourd'hui, les fruits ne sont pas chers, demain, le prix du poisson sera intéressant. Quoi qu’il en soit, je négocie toujours », explique-t-elle.

Svetlana souligne qu'elle n'achète que le strict nécessaire, toujours en promotion ou dans des magasins bon marché. Elle ne fréquente ni les cafés ni les restaurants. « Je travaille un peu et j’organise ma vie de manière à pouvoir me permettre de voyager. Je ne veux pas dépenser mon argent dans une voiture ou dans des vêtements car je n'aurai nulle part où les porter ! Investir dans un plus grand réfrigérateur ? À quoi bon ! J’aurai rapidement mal au dos parce que je me chargerai trop ! Si vous saviez comme une vie sans voyages peut être ennuyeuse… ».

Genèse d’une vie de voyages


« Si j'ai toujours vécu humblement, je suis en revanche très curieuse. J'ai commencé par arpenter les villes. J'économisais sur la nourriture et je voyageais en tramway à travers les ruelles. Quand j'ai arrêté de travailler, j’ai découvert nos républiques soviétiques. À l'époque, il était impossible de se rendre à l’étranger, je me contentais d’en rêver. Mes auteurs préférés sont Jules Vernes et Alexandre Dumas : j'avais envie de découvrir le Paris de mes héros préférés, de me promener dans les jardins de Versailles, non pas au fil des pages mais pour de bon ! Je me suis rendue récemment pour la première fois en France. J’ai passé trois jours à Paris. L'architecture parisienne m'a étonnée et fascinée ; j'avais l’impression que le rêve devenait réalité ».

Le paradis sur terre 


La retraitée russe conseille de s'orienter vers des tour-opérateurs économiques qui proposent des circuits en autobus, mais d’éviter les voyages de nuit, trop fatigants. D'avril à mai, les clients réguliers des agences de voyages peuvent réserver à l’avance des tours à prix avantageux. « Avant toute chose, il faut bien connaître le fonctionnement du pays où l’on se rend. En Espagne, raconte Svetlana, il y a beaucoup d'arnaqueurs. Comme en Russie, certains policiers sont véreux : ils abordent un touriste esseulé, l'intimident et le soumettent à une fouille pour mieux le dépouiller. En réalité, si un policier désire fouiller un individu en plus de contrôler ses papiers, il lui faut obligatoirement appeler une patrouille de police en renfort et attendre dans un endroit calme. Voilà pourquoi il vaut mieux ne pas se promener seul et visiter les villes à deux ou à trois ».

« Mon rêve, c'est d'aller en Australie et aux États-Unis. En tout cas, Goa, c’est vraiment le paradis sur terre. Là-bas, il fait beau toute l'année et l'océan est caressant ».

Texte original disponible sur le site de Rossiyskaya Gazeta.

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