Kollywood, ou Hollywood version russe

En 2013, une École internationale d'été pour les cinéastes, où les ados pourront faire leurs premiers pas dans le monde du cinéma, ouvrira ses portes près de Moscou. Image de Niyaz Karim

En 2013, une École internationale d'été pour les cinéastes, où les ados pourront faire leurs premiers pas dans le monde du cinéma, ouvrira ses portes près de Moscou. Image de Niyaz Karim

En 2013, l’une des anciennes zones industrielles de Kolomna deviendra le centre d’un studio de cinéma russe. Le directeur de la culture de la région de Moscou Anton Goubankov a accepté de commenter ce projet baptisé « Kollywood ».

Les ateliers de la mythique usine de moulinage de Kolomna seront transformés en pavillons, studios et bureaux, pour être par la suite proposés à de jeunes cinéastes. Un projet ambitieux qui nécessitera plus de 2,5 millions d’euros d’investissements.

Le long de la rue Levchine, une superficie de quelques 3,5 ha sera mise à la disposition des jeunes réalisateurs pour confectionner leurs films. « Nous espérons que très rapidement, une centaine de personnes pourra s’installer dans les locaux de l’usine et commencer à travailler », annonce Anton Goubankov.

Actuellement, les locaux vides appartiennent à plusieurs entreprises privées. Comme le souligne Natalia Nikitina, l’un des auteurs du projet et directrice générale du Centre de Kolomna pour le développement du tourisme de la Ville-Musée, une association à but non lucratif, des négociations sont en cours avec les propriétaires pour obtenir la location des lieux à prix réduit.

Selon Mme Nikitina, les fonds destinés au lancement du projet seront octroyés sous forme de prêt par une fondation privée. Par ailleurs, les concepteurs du projet espèrent intégrer l’un des programmes d’investissement fédéral. L’argent sera consacré au rétablissement des lieux et à l’achat du matériel de tournage. Les nouveaux studios comprendront un atelier de costumes et un centre d’archives cinématographiques, qui seront créés en partenariat avec le département de la culture de la région. Les investisseurs privés se verront également proposer la construction d’hôtels, de restaurants et d’un cinéma. Enfin, les auteurs du projet comptent aussi sur les fonds que rapporteront les visites guidées et le tourisme, ainsi que la possibilité pour les habitants de la région d’assister aux tournages. Selon les calculs, le projet devrait être remboursé d’ici un an après l’ouverture des studios de cinéma.

Par ailleurs, l'année prochaine, une École internationale d'été pour les jeunes cinéastes ouvrira ses portes dans les environs de Moscou. Le stage durera un mois et accueillera chaque été près de 50 stagiaires. Les jeunes du monde entier pourront prétendre à un enseignement gratuit, mais les étudiants russes resteront prioritaires. Quant aux ados, ils pourront faire leurs premiers pas dans le monde du cinéma. « Le plus important pour développer le cinéma russe, c'est le potentiel humain et créatif », affirme M. Goubankov. Le lieu où l'école sera construite n'a pas encore été déterminé, mais parmi les villes prétendantes, figurent Mytistchhi, Podolsk et Khimki. 

« Les jeunes cinéastes sont dotés d'un énorme potentiel, mais le plus difficile pour eux est toujours de débuter », explique le réalisateur russe Nikolaï Lebedev (Wolfhound, l'ultime guerrier, 2006). Selon lui, pour que l'usine attire de véritables talents du cinéma, les places doivent être attribuées uniquement à ceux qui présentent des projets originaux.

Le critique de cinéma et président du conseil consultatif du prix de L'Eléphant Blanc Viktor Matizen estime que la sélection des candidats doit passer par un jury compétent, composé de gens reconnus de la profession. Il se dit d'ailleurs convaincu que les jeunes réalisateurs sauront créer à Kolomna un analogue d'Hollywood.

« La Russie est un pays culturellement riche, capable de produire des films de renommée mondiale », assure Viktor Matizen. « Pour cela, il faut assurer une liberté d’action aux réalisateurs énergiques et motivés, et leur proposer des managers intelligents ». Pour Viktor Matizen, le projet sera un succès, à condition que « fonctionnaires et cinéastes idéologiquement engagés ne viennent pas y fourrer leur nez ». Selon lui, ce type d’ingérences rend justement de nombreux films commerciaux inintéressants aux yeux des cinéphiles.

Dans un même temps, certains experts pensent que pour lancer ce nouvel empire du cinéma, il faudra investir au minimum 7,5 millions d’euros. « Revenir à zéro d’ici un an sera impossible, même si la somme de départ est inférieure. Pour un projet de cette envergure, il faut compter au moins trois ans », signale le directeur de la société de conseil Semperia M&S, Oleg Gvozdik. « La principale source de revenu sera issue des locations des installations pour les tournages, et des services annexes comme les décors, etc. ». Selon M. Gvozdik, les visites guidées de « Kollywood » ne commenceront pas avant 2 ou 3 ans, et encore, uniquement si des films « significatifs » y sont tournés. « Les touristes se rendent sur place non pas pour voir le tournage d’un film, mais pour les décors déjà vus au cinéma », explique-t-il.

De son côté, la chambre publique de la Fédération de Russie estime que la nouvelle école d’été doit accueillir en priorité les jeunes des régions. « Pour eux, c’est une chance unique », déclare Lioubov Doukhanina, la présidente adjointe de la commission chargée de l’éducation auprès de la chambre publique. Selon Mme Doukhanina, la banlieue moscovite est l’endroit le plus adapté pour créer un empire du cinéma, car attirer des professionnels de haut niveau prêts à enseigner loin de la capitale est une mission quasi-impossible.

Trouvez le texte original (en russe) sur le site izvestia.ru

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