Des wagons franco-russes

La Russie a porté sa participation dans l'usine françaisa à 75%. Crédit photo : Anna Vassilieva / Kommersant

La Russie a porté sa participation dans l'usine françaisa à 75%. Crédit photo : Anna Vassilieva / Kommersant

Cette année, Ouralvagonzavod a reçu le prix de CCIFR du meilleur investisseur russe en France. Anna Vassilieva s’est rendue dans le Nord-Pas-de-Calais, dans la fonderie récemment acheté par les constructeurs de wagons russes, afin de savoir si cette province française va devenir une vraie filiale de Nizhni Taguil.

Le Nord-Pas de Calais n’est pas la partie la plus reluisante de la France. La ville de Lille, cependant, est loin d'être grise : ici, tout a été restauré en 2004, et 12 usines désaffectées ont été transformées en musées. La plupart des usines de la région ferment les unes après les autres, et le même sort attendait la fonderie Sambre et Meuse, située à Feignies, à 100 km de Lille. Dans les années 1980, l'usine prospérait, mais à la fin des années 2000, elle était au bord de la faillite. Et en 2010, Ouralvagonzavod, usine de wagons de l'Oural, est apparue à l'horizon.

Géographie d'une présence


Oleg Sienko, le PDG d'Ouralvagonzavod, s’est rendu à Sambre et Meuse immédiatement après l'achat de l'usine, en 2010, pour assister à la réalisation de la première solive d'un charriot. Lors d'une rencontre avec les travailleurs, il a admis que tout cela est arrivé si vite qu'il n'avait, malheureusement, pas eu le temps d'apprendre la langue française.

La plupart des économistes russes estimaient que l'achat de Sambre et Meuse était plutôt une affaire de réputation : la possibilité pour Sienko de se poser en notable dans un joli pays. Mais n'importe quel économiste vous dira qu'aujourd'hui en Russie, la fonderie subit une série d'échecs cuisants. La fonte est désormais importée de Chine, d'Inde, de Turquie , des États-Unis et de l’Ukraine et de Biélorussie. Ces trois à quatre dernières années, la Russie a connu un boom de la production automobile. Mais ce boom passera, car les voitures ne sont pas achetés pour un an mais pour une vingtaine d'années. Quand tous les acheteurs seront pourvus, une dépression du secteur suivra.

 

À  l'usine

À mon arrivée, le nouveau directeur n'était pas sur place : il participait à une rencontre avec les représentants syndicaux. Selon Alexander Kopaev, ingénieur en chef d’Ouravagonzavod, ces réunions sont l’occasion d’évoquer tous les sujets : « Quel matériel acheter, qui va travailler pour qui, et le nombre de cintres dans le vestiaire ». Il m’explique qu'actuellement l'usine emploie 210 personnes, mais avec l'expansion de leur production, beaucoup d'employés seront embauchés, les anciens ateliers sont modernisés et de nouveaux sont en construction.

Après avoir enfilé un casque et des bottes renforcées, nous nous dirigeons d'atelier en atelier. Kopaev me montre les nouvelles lignes de production automatique de moules de fonte, les tronçons d'installation des pivots dans les moules pour la formation des cavités internes des pièces, ainsi que les fours à induction respectueux de l'environnement.

Crédit photo : Anna Vassilieva / Kommersant

Dans tous les ateliers, on vient nous serrer la main, on nous sourit, les blagues fusent. Il s'avère les travailleurs français ignorent la vraie signification d'Ouralvagonzavod. Ils ne savent rien non plus d'Igor Kholmanskikh, ancien chef de l'atelier actuellement envoyé spécial du président Vladimir Poutine, ni d'Evgueni Chkolov, un ancien de l'usine maintenant adjoint présidentiel. Par contre, ils ont entendu parler de Poutine. « Qu'est-ce que ça veut dire, les bons travailleurs sont envoyés dans la politique, plaisante l'un des travailleurs. Mais nous ne sommes pas pires qu'eux ! » Les autres travailleurs ne partagent pas sa joie, et leur enthousiasme pour le nouvel employeur rappelle celui  la région de Taguil. « Dans les faits, rien n'a changé avec le changement de propriétaires. Mais, un sentiment de fierté est apparu : l'entreprise grandit, et nous avec elle. »

En général, les camarades français sont reconnaissants à Ouralvagonzavod. À la fin du printemps de cette année, la Chambre de Commerce franco-russe (CCIFR) a pour la première fois décidé de primer les entreprises travaillant sur le développement des affaires dans les deux pays. Un prix a été décerné à Ouralvagonzavod pour son action noble dans le sauvetage de la fonderie Sambre et Meuse.


Le contact s'établit

Le directeur de Sambre et Meuse Antoine Gaucher a travaillé dans cette usine à différents postes pendant plus de 30 ans. Il affirme qu'il y a un ou deux ans, tous avaient des craintes concernant le nouveau propriétaire. « On ne comprenait absolument pas ce que voulaient les Russes ». Les Russes voulaient leur apprendre à faire des pièces pour le marché européen et pour la Russie. « Là-bas, il y a d'autres normes, d'autres spécifications techniques, explique M. Gaucher. Mais nous avons réussi à nous adapter en moins d’un an ».

Sans même attendre le premier lot de pièces pour la Russie, la direction d'Ouralvagonzavod a porté sa participation dans l'usine à 75% et a déclaré avoir des projets visant à investir dans l'entreprise environ 6 millions d'euros, créer 140 emplois supplémentaires et continuer de moderniser la production.

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