L’intérêt discutable de Moscou à l’élargissement du statut du russe en Ukraine

Crédit photo : PhotoXPress

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Lundi 3 juillet, le Parlement ukrainien a adopté une nouvelle loi linguistique. Si la loi est signée par le président, le russe recevra le statut de langue régionale là où il est la langue natale d’au moins 10% de la population, soit 13 régions ukrainiennes sur 27. Cette loi, outre une extension significative de l’usage du russe, représente aussi un renforcement des langues des minorités nationales. Toutefois, dans ce pays de l’ex-URSS, le statut des langues des minorités, et particulièrement du russe, est une question politiquement très sensible. L’adoption de la loi a entrainé de violents affrontements à Kiev et menace d’entrainer une crise politique. Face à ces conséquences, les conséquences de cette loi sur les relations avec la Russie ne font pas l’unanimité parmi les observateurs.

Un intérêt politique bien compris

Pavel Sviatenkov

KM.ru

Les Ukrainiens commencent à comprendre qu’ils ont exagéré avec leur obsession de l’indépendance. Le Parti des régions, qui est arrivé au pouvoir, s’appuie sur les russophones du sud-est du pays. Il est vrai que la politique économique d’Ianoukovytch (Président de l’Ukraine, ndlr) n’est pas un franc succès, et même ses propres partisans ont commencé à se détourner de lui. C’est pourquoi la question linguistique en Ukraine, outre l’intérêt stratégique – maintenir les liens avec la Russie et rétablir l’unité d’un peuple arbitrairement divisé par l’histoire – a aussi un grand intérêt politique. En octroyant au russe le statut de langue régionale, Ianoukovytch consolide autour de lui sa base électorale à la veille des élections au Parlement.

Moscou desservi par la loi sur le statut du russe

La rédaction

Gazeta.ru

Pour les intérêts russes en Ukraine cette loi est plus nuisible que bénéfique. Elle divise non seulement la principale force politique de l’Ukraine, mais aussi tout le pays, diminuant les chances d’y voir apparaître un pouvoir prêt à mener une politique pro-russe.

Pendant cela, même avec les forces politiques pro-russes pouvant gouverner, le Kremlin ne peut discuter des questions essentielles, qui sont le prix du gaz et le système de gazoducs ukrainien. Cela semble également nuisible à l’avenir de la flotte russe de la Mer noire, malgré la signature d’un accord sur sa présence dans les eaux territoriales ukrainiennes jusqu’en 2042. En effet, la présence de la flotte est liée au prix du gaz.

Moscou accusé de provoquer la crise politique en Ukraine

Tatiana Ivzhenko

Nezavissimaïa gazeta

Pour le politologue Sergueï Tarane, la Russie pourrait être derrière la crise actuelle, notant que le gouvernement russe met en œuvre à l’égard de l’Ukraine un certain nombre de scénarios visant à affaiblir la position d’Ianoukovytch : « L’affaire Timochenko a abouti à l’isolement diplomatique d’Ianoukovytch. En mettant en avant la question linguistique, ils veulent certainement affaiblir la position du président Ianoukovytch dans son propre pays, en créant une situation de crise qui le pousse dans ses retranchements ».

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