Recherche sensorielle de la vérité

Crédits photo : Ekaterina Tchipourenko

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Mes yeux sont clos, le mi de la première octave souligné par l’odeur du parfum m’emporte dans un jardin de cerisiers en fleurs. Ce premier concert parfumé de Laurent Assoulen joué à Moscou en juin est un véritable voyage. Pour le public, c’est un voyage dans le monde de l’imaginaire, et pour l’artiste, dans les tréfonds de son âme, où cohabitent le pianiste et l’expert en parfums.

Associer la musique et le parfum, Laurent avoue ne pas avoir l’exclusivité de l’idée mais, du moins, il a été le premier à franchir le pas. Sa profession de pianiste concertiste et sa passion pour les odeurs ont posé la base, ses souvenirs et ses sensations ont allumé l’étincelle créatrice, et la volonté de faire partager ces émotions a porté la touche finale à cette composition musico-olfactive.

Le mariage de la musique et de l’odeur, des éléments insaisissables, s’apparente à de la magie. Toutefois, contrairement au prestidigitateur, Laurent n’a aucun mal à dévoiler les secrets de son art au public avant chaque concert. Tout comme en musique, en parfumerie, il existe des notes basses, medium et hautes. Et tout l’art consiste à les assembler et en faire une mélodie.

« Quelle son vous évoque l’odeur du citron, des notes hautes ou basses ? », l’artiste pose à la salle la même question qui l’a amené, il y a quelques années, à débuter son projet. La salle est unanime et associe en chœur le citron à des sons aigus, impatiente d’appliquer ce jeu des associations aux autres senteurs : genièvre ou arbre à thé.

Crédits photo : Ekaterina Tchipourenko

Alors qu’il commençait tout juste à travailler sur son projet de concerts parfumés, Laurent a été invité par l’ISIPCA (Institut Supérieur International du Parfum de la Cosmétique et de l'Aromatique Alimentaire) pour donner des cours sur les correspondances entre musique et parfum destinés aux représentants de la marque Chanel, qui lui a alors proposé de « rendre audible » le parfum Chanel N°5, Eau Première, ce qui fut sa première mélodie olfactive.


Mais Laurent préfère que ses créations, qu’elles soient musicales ou olfactives, ne portent pas de nom : « La connexion de la musique et des parfums doit être détachée de toute autre forme d’orientation sensorielle. Un mot est une orientation sensorielle, une image aussi », explique Laurent, tenant dans les mains des flacons numérotés.

Selon Laurent, ces créations sont des visions personnelles qu’il ne veut en aucun cas imposer au public qui, dès les premières notes et senteurs, doit se faire sa propre histoire. « Une fois, deux personnes sont sorties parce qu’elles étaient trop émues. On m’a informé par la suite qu’ils ont été submergés par les émotions intérieures. Le parfum leur a rappelé des moments clefs de leur vie ».

 Crédits photo : Ekaterina Tchipourenko

Durant le concert, cinq mélodies sont jouées, associées à cinq fragrances représentant les notes florales, fruitières, d’agrumes, musquées et boisées. Certaines compositions « non olfactives » sont là également pour dévoiler davantage la personnalité de l’artiste. Cette mélodie gaie, joyeuse, teintante et frôlant l’espièglerie est le souvenir de son premier rendez-vous amoureux : « Je l’ai abordée dans la cour de l’école et je lui ai proposé qu’on se voie près du McDonalds. Elle m’a répondu : « Oui ! ». J’ai couru à sa rencontre avec des papillons dans le ventre ».  Tel morceau est un hommage à Michael Jackson, tel autre, une reprise au piano du morceau Every Breath You Take du groupe The Police.

Laurent, en passionné de tous les sens, a même réussi lors de ses expérimentations à inclure le goût. Il a « mis en musique » les grands cognacs des maisons Courvoisier, Rémy Martin et Martell.


Le prochain grand projet de Laurent : un concert pour un public de non-voyants.  « Je ne veux impliquer aucun autre sens : ni mots, ni images, ni couleurs… Je ne veux pas influencer la perception du public. Et inévitablement, ça donnera des correspondances différentes, propres à chacun, liées à l’univers personnel. Images de leur vie, de leur enfance, leurs souvenirs. Pour les aveugles de naissance qui n’ont pas de références visuelles, ce voyage, à mon avis, sera d’autant plus intéressant et profond ».

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