La vengeance du bras mécanique

Crédit photo : Kirill Iossipenko

Crédit photo : Kirill Iossipenko

« Sans objet », une pièce de théâtre de la compagnie française 111, présente à Moscou une œuvre post-industrielle, où l’on suit une triste machine jonglant avec deux hommes jouets.

Un robot mugit sous une vaste bâche de plastique. Il se redresse, se cabre, se replie, comme animé d’émotions humaines. Les éclairages sombres, les mouvements lents, pénibles, et l’ambiance sonore suggèrent une nature négative aux sentiments du monstre mécanique. Une profonde mélancolie tirant vers par moment vers l’agacement. Au début, c’est le plastique de la bâche qui parle. Frotté, tiraillé, malmené, le plastique crisse et gémit. Puis le fond sonore change. Les émotions du robot s’expriment à travers bruitages mécaniques et compositions dans le style « electronica » années 2000.

« Sans objet »


Conception, Scénographie, Mise en scène : Aurélien Bory

Pilote, programmation robot : Tristan Baudoin

Composition musicale : Joan Cambon

Deux hommes apparaissent. Circonspects. Ils retirent avec peine la bâche et découvrent l’immense bras mécanique couronné semble-t-il par une tête. Le robot apparaît pour ce qu’il est : un rebus de l’industrie automobile, qui a fabriqué d’autres machines avant d’être réduit au chômage. On se dit qu’on va assister à une dialectique homme-machine.

Théâtre avant-gardiste ? Pas vraiment. L’arrivée des hommes change immédiatement le caractère du spectacle. Animés d’intentions impénétrables, leur comportement caricatural tire la pièce vers la bouffonnerie. Des rires d’enfants fusent dans la salle. On comprend assez vite que les rôles sont échangés. Les deux personnages tombent sous la coupe du robot, qui les soulève, les agite, semble jouer avec des pions dénués d’initiative. Leurs corps expriment une soumission à l’autorité du bras mécanique. Tantôt ils imitent le geste robotique saccadé, tantôt ils reprennent une gestuelle humaine en exécutant des acrobaties de « survie ». Malmenés, déséquilibrés par le robot, ils luttent pour retrouver appuis. Durant tout le spectacle, ils ne prononcent pas un mot (à part un bref baragouianage pré-enregistré en anglais) et n’interagissent pas entre eux. Le robot occupe tout l’espace, véritable maître des lieux et du temps.

Un bien curieux spectacle qui étonne visuellement mais qui, privé de toute forme de narration, peine à évoluer au cours des quatre vingt minutes. Les éclairages et la musique sont très soignés et la prestation du robot est ébouriffante. L’idée théâtrale de base est bonne. Reste à créer un véritable dialogue symbolique entre l’homme et la machine.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.