Le parc Gorki célèbre la Fête de la Musique

Crédit photos : Tatiana Chramtchenko

Crédit photos : Tatiana Chramtchenko

Samedi 23 juin, 13 villes russes ont célébré pour la première fois la Fête de la musique et ont eu la chance de découvrir des artistes français. Ce jour-là, notre correspondante locale s'est promenée dans le parc Gorki pour observer les réactions que suscitait la musique française chez les moscovites.

Comme tous les samedis, le parc est bondé : des gamins font du skateboard, des pères régalent leurs enfants de cornets de glace et des cadres supérieurs au rythme de vie éreintant équipés de tablettes tactiles se laissent bercer par le balancement des hamacs. Rares sont ceux qui savent qu'aujourd'hui, en l'honneur de la Fête de la Musique, le parc accueille des musiciens russes et français issus de divers horizons musicaux.

Initiée en 1982 par le Ministère la Culture, la Fête de la Musique, en moins de quinze ans, s’est complètement internationalisée : actuellement elle est reprise dans 110 pays sur les cinq continents avec plus de 340 villes participantes. Son principe de gratuité et d’ouverture permet à un public large d’accéder aux musiques différentes dans une ambiance démocratique et joviale. Cette fête a fini par gagner les villes russes et Moscou en particulier.

Les moscovites, le regard dans le vague, s'allongent sans protester sur des transats de bois pour écouter du jazz atmosphérique ou de jeunes groupes branchés de la capitale qui préfèrent l’indie-rock. D’autres s’activent et tendent une oreille tout en jouant à la pétanque (eh oui, on joue à la pétanque à Moscou !) Les groupes russes se succèdent tandis que les promeneurs flânent dans le parc au gré des différentes ambiances musicales en attendant le clou du spectacle : le concert de 3 collectifs français.

Le soir, le public s'est rassemblé autour de la grande scène, où le groupe d'électro Le Trio d'en Bas a inauguré les festivités. Virtuoses de l’improvisation, les musiciens créent une sonorité musicale hors du commun à l'aide d'instruments de fortune. Malheureusement, les spectateurs russes, formatés par la pop music, sont désemparés devant tant de spontanéité et ont du mal à s’ouvrir à cette nouvelle manière de jouer.

Beaucoup d'entre eux, visiblement perplexes se sont mis a observer attentivement le saxophoniste Arnaud Rouanet qui presse et fait couiner un canard en plastique puis tape sur des casseroles à l'aide d'un marteau. Heureusement, les carcans se brisent peu à peu : « Formidable ! »  s’exclame-t-on. « J'aurais aimé que ces sons résonnent  dans tout le parc ! » songe à voix haute un jeune homme vêtu d’une chemise à carreaux.

Les Français sont venus nombreux et se sentent au contraire comme chez eux. « Dommage qu'il n'y ait pas beaucoup de gens » se désolent Virginie et Ninog, des étudiantes de Sciences-Po Bordeaux, actuellement en stage à Moscou. « Mais on est là pour la bonne musique. De plus, on connaît Thomas Fersen qui va chanter ce soir », avouent les jeunes filles.

À la fin de la partie électronique, l'auteur-compositeur Thomas Fersen, vêtu d’une chemise blanche et d’un costume noir, entre en scène et se met à gratter sur un petit ukulélé. Si le public français apprécie Fersen pour ses chansons pleines d'autodérisions, les moscovites, quant à aux, sont enchantés par sa manière de jouer, si libre et désinvolte.

Je m’approche d'un groupe de jeunes filles en train de danser : « Vous comprenez les paroles ? » « Non ! » répond en souriant l'une d'entre elles. J’essaye de comprendre pourquoi ce concert leur plaît : « Eh bien, la musique est joyeuse, le chanteur nous plaît, et l'accordéoniste est super ! » « Oui c'est vrai,  l'accordéoniste est incroyable ! » reprennent d’autres jeunes en chœur.

Alexander Barcelona, l'accordéoniste qui accompagne Fersen, est effectivement un musicien hors normes : chacun de ses solos s’accompagne de gesticulations farfelues et de mimiques enfantines très touchantes. Il se livre à une véritable performance d’acteur.

Pour couronner le tout, les organisateurs de la fête ont invité le groupe Oh la la ! composé de deux musiciens et d'une chanteuse, Natacha Lejeune. Bien qu'il ait commencé à pleuvoir, le public laisse éclater sa joie. Après tout, ce n’est pas surprenant : l'électro rock un peu rétro, à la mode chez les jeunes musiciens français excentriques atteint justement des sommets de popularité à Moscou.

Si la fête a battu son plein à Moscou, de nombreux concerts se sont déroulés à Vladivostok, Voronej, Ekaterinbourg, Irkoutsk, Nijni Novgorod, Novossibirsk, Perm, Rostov-sur-le-Don, Rybinsk, Samara, Saratov et Togliatti. Selon Hugues de Chavagnac, conseiller en coopération culturelle à l'Ambassade de France en Russie, cette initiative doit se transformer progressivement en un grand rassemblement annuel.

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