Report pour cause d'avis de tempête

Crédit photo : Reuters /Vostock Photo

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La déprime sur les marchés financiers incite le nouveau gouvernement à décaler des privatisations dont le budget fédéral avait pourtant bien besoin.

Le monde des affaires a accueilli avec surprise les déclarations fin mai du président Vladimir Poutine sur le calendrier et les modalités du programme de privatisations. Certes, les deux champions d’État du pétrole et du gaz, respectivement Rosneft et Gazprom, verront bien une sortie partielle de leur actionnaire principal, mais seulement à partir de 2013, voire 2015. Ce qui n'était pas prévu, c'est que le holding d'État Rosneftegaz soit autorisé à participer aux privatisations.

 
Détenu à 100% par le gouvernement, Rosneftegaz possède une part de 75% dans Rosneft et 10% dans Gazprom. Autrement dit, si ce holding récupère des actions de sociétés publiques, il sera difficile de parler de privatisation. 


Ce qui trouble d'autant plus les observateurs, c'est la nomination par Vladimir Poutine de son allié de 20 ans Igor Setchine à la direction de Rosneft. Il est de notoriété publique que Setchine prône l’accroissement du rôle de l’
État dans l’économie et dans le secteur énergétique en particulier. Premier vice-Premier ministre jusqu'au dernier remaniement ministériel, il avait résisté au camp des « libéraux » du gouvernement afin de retarder le processus de privatisation. La presse spécule sur un projet d'Igor Setchine visant à consolider sur la base de Rosneft plusieurs actifs pétroliers pour en faire un champion du secteur capable de rivaliser avec des majors internationales comme Shell ou BP. Les actifs concernés sont Transneft (oléoducs), Zaroubejneft (groupe public possédant des actifs pétroliers à l'étranger) et Sourgoutneftegaz (4e pétrolier russe, privé mais dont les actionnaires sont proches du Kremlin). 


La consolidation pourrait s'étendre au secteur de l'électricité, sur lequel Setchine a veillé de près durant son passage au gouvernement. Les actifs visés sont Inter RAO EES (génération d'électricité en Russie et à l’étranger), FSK (propriétaire du réseau fédéral électrique) et RusHydro (qui regroupe quasiment tous les actifs hydroélectriques russes). Ces trois derniers groupes sont cotés en bourse, de même que Transneft, Rosneft et Gazprom.


Les analystes financiers ont immédiatement saisi la logique derrière la décision du Kremlin. 
« Une surprise du gouvernement, consistant à consolider les actifs du secteur énergie autour de Rosneftegaz. En tant que sponsor, il pourrait revaloriser les actions de Sourgoutneftegaz, de Transneft et de Rosneft », estime Vassili Konouzine, analyste chez IFK Alemar. « Se retrouver sous l'aile de Rosneftegaz serait aussi bénéfique aux actifs électriques qui ont besoin de recapitalisation. En outre, l'influence de Setchine, à la tête de Rosneftegaz, sera plus pratique pour le secteur ».


Pour Alexeï Malikov, analyste chez Trade-Portal, 
« l'arrivée de Setchine dans une compagnie renforce significativement ses capacités de lobbying ».

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