Pilules amères pour l’Europe

Crédit photo : AP

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L’Europe est malade. Le diagnostic fait l’unanimité. Toutefois, les avis sur la gravité de la maladie et sur les méthodes pour la soigner divergent.

Il y a des visions plus ou moins radicales. Mikhaïl Leontiev, publiciste, est persuadé que « l’Europe, telle qu’elle est, ne va pas faire long feu ». Pour l’économiste Mikhaïl Khazine, « le modèle du système économique occidental est en train de crever ». Le Premier ministre Dmitri Medvedev est, quant à lui, plus optimiste : « L’Europe sera sauvée », affirmait-il au sommet du G8.

Voici plus de deux ans que la Grèce et sa grave crise financière se trouvent être l’épicentre des préoccupations mondiales. Deux ans durant lesquels de nombreux spécialistes ont tenté de dénoncer le manque de sérieux de ces « grecs fainéants», leur gaspillage et leur mode de vie. Un sauvetage de ce pays en marge a été tenté durant l’été 2010 avec l’octroi d’une aide de plus de 100 milliards d’euros. Un échec. Une autre tentative en décembre 2011 a forcé les dirigeants grecs à se soumettre à des contrats contraignants contre l’effacement de plus de la moitié de leur dette et d’une aide supplémentaire de 130 milliards d’euros. Voici deux ans que les créditeurs contraignent la Grèce à détruire son système de sécurité sociale, à baisser les salaires de 35, 40 ou 50%. Selon les données officielles, suite aux licenciements massifs, le taux de chômage a atteint 22%, et même davantage selon les sources non officielles. Et pire encore : le nombre de suicides a grimpé à quelques milliers en 2011.

Cette politique qui contraint à un resserrement de ceinture sans aucune mesure en contrepartie pour stimuler le développement économique est en train de mener la Grèce (et avec elle l’Europe entière) vers une véritable impasse. « La Grèce est devenue le premier pays victime de la chute du système néolibéral occidental », est persuadé Mikhaïl Khazine.

Sortir la Grèce hors de la zone euro est la solution proposée la plus courante. Mais comme l’affirme Leontiev, « les pertes directes se monteront à 300 milliards d’euros, sans parler de ce qui va advenir de la Grèce ». Cela n’ira pas sans des pertes indirectes, comme la crise de confiance, une forte hausse des taux d’intérêts et le refus des crédits. C’est le chemin tout tracé vers une véritable crise, affirment les plus pessimistes.

Angela Merkel et ses économistes ne cessent de marteler que les Grecs se doivent de remplir leurs engagements de rigueur budgétaire qui, de fait, leur ont été imposés de l’extérieur. Mais plusieurs courants opposés à cette vision se sont déjà manifestés en Europe et lors du Sommet G8 pour dénoncer « qu’il est impossible de remplir ces obligations sans une croissance économique ».

Le leader de la gauche radicale grecque, Alexis Tsipras, surfant sur la vague des protestations massives contre la destruction du système social du pays , assure que « la Grèce est devenu un terrain d’expérimentation d’une politique de rigueur budgétaire. Si l’expérience marche en Grèce, elle sera étendue à toute l’Europe ». Lors des élections du 6 mai dernier, le peuple grec a voulu montrer son mécontentement aux partis du pouvoir en détruisant le système politique bipartite en vigueur en Grèce depuis près de 40 ans.

Alexandre Baounov, spécialiste de la politique greque, affirme que la défaite des deux partis principaux, le Pasok et la Nouvelle Démocratie (et la situation ne risque pas de s’améliorer pour eux aux prochaines élections du 17 juin) « est dûe en grande partie à Bruxelles, qui a insisté pour que les deux grands partis maintiennent une politique de rigueur dans leurs programmes électoraux. »

La situation politique en Grèce, ces dernier mois, est semblable à celle de la France, de l’Italie, de l’Espagne... « Une forte chute du niveau de vie de la population, ce n’est pas seulement des manifestations, mais aussi la destruction de tout un système social mis en place depuis les années 60 », souligne Mikhaïl Khazine. « Pour éviter la catastrophe, les élites politiques, qui ont mené l’Europe vers l’impasse doivent partir. Il faut changer de modèle économique. »

Comme la Grèce est le « maillon faible » de cette chaîne, elle doit assumer la lourde tâche de chercher des alternatives pour sortir de la crise. Dès maintenant, les institutions européennes insistent sur le fait qu’après le 17 juin, la Grèce doit avoir rempli touts les engagements imposés ou bien sortir de la zone euro. Une véritable ingérence dans les affaires intérieures du pays, un véritable chantage !

En population autant qu’en termes d’économie, la Grèce est un très petit pays. Mai c’est un pays européen et elle est le reflet des processus de l’Europe dans son ensemble. A Camp David, le nouveau président de la France François Hollande et le président des États-Unis Barack Obama ont soulevé la question d’un pas vers une croissance de l’économie européenne. Pour beaucoup, ce devrait être un signal pour Merkel marquant la fin du modèle allemand de rigueur budgétaire qui entraîne des effets néfastes. Selon Arkadi Dvorkovitch, ancien conseiller du président et actuel vice-Premier ministre russe, « la sortie de la Grèce de la zone euro n’est pas le meilleur scénario. Il faut qu’elle reste mais qu’elle fasse preuve d’une politique budgétaire responsable ».

La Russie, qui représente 50% de la circulation des marchandises dans l’Union européenne et garde le plus gros de son épargne en euros, est pour une Europe stable. L’Union européenne se doit de prendre en compte cette position.

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