Gouvernement sous influence

Le Premier ministre Dmitri Medvedev serre la main d'Alexandre Novak lors de la première réunion du nouveau gouvernement. Crédit photo : Ekaterina Shtukina / RIA Novosti

Le Premier ministre Dmitri Medvedev serre la main d'Alexandre Novak lors de la première réunion du nouveau gouvernement. Crédit photo : Ekaterina Shtukina / RIA Novosti

Beaucoup de nouveaux noms apparaissent dans l'équipe, mais les experts doutent des objectifs de réformes. Les décisions importantes seront prises par le Kremlin, estiment-ils.
Vladimir Poutine a signé le mois dernier les décrets entérinant la naissance du nouveau gouvernement. Le président et son Premier ministre Dmitri Medvedev avaient promis un important renouvellement au sein du gouvernement et ils ont tenu parole : 15 ministres sur 21 sont nouveaux, dont Andreï Belooussov au Développement économique, Maxime Sokolov au Transport ou Alexandre Novak à l’Énergie. Parmi les 7 vice-Premiers ministres en revanche, seul deux sont des nouveaux venus : Arkadi Dvorkovitch est chargé de l’Économie et de l'Énergie et Olga Golodets des Questions sociales.


Il y a aussi des changements structurels : la séparation du ministère de la Santé et du Développement social en deux entités distinctes, la réouverture de l'Agence fédérale chargée de la construction, la création d’un ministère de l’Extrême-Orient.

Voici un mois, il était encore question de la mise en place d'une corporation d'État avec de gros financements. « Il ne doit pas s’agir d’un organisme qui remplace les ministères et les administrations, mais qui les pousse à remplir leurs fonctions en Extrême-Orient », avait expliqué le vice-Premier ministre Igor Chouvalov. D’après un haut fonctionnaire fédéral, c’est Sergueï Choïgou qui devait prendre les rênes de cet organisme, mais il fut désigné comme gouverneur de la région de Moscou et on n’a trouvé personne avec autant d'expérience et de crédibilité - ce qui explique la création du nouveau ministère. C’est Victor Ichaev, anciennement porte-parole du président en Extrême-Orient, qui en prend la tête.


Le nouveau gouvernement devrait être moins soumis à la pression des lobbies, note un haut fonctionnaire : « Si Setchine a toujours été associé au complexe pétro-énergétique, on ne peut pas en dire autant de son successeur Dvorkovitch. Pareil pour le ministre de l’Énergie Alexandre Novak, désigné à la place de Sergueï Chmat­ko ». Après le départ de Zoubkov, le gouvernement n’aura plus non plus de représentant du secteur agricole...


Selon Medvedev lui-même, ce sont les lobbies qui retardent la mise en place du vaste programme de privatisation, censé permettre d’ici 2017 au gouvernement de sortir du capital de VTB, Rosneft, RusHydro, etc. « Les décisions sont prises, mais les dirigeants sont ensuite pris d’assaut par les groupes d’interêt », se plaignait en avril dernier un Medvedev alors encore président.


Setchine a toujours été opposé aux privatisations, tandis que Dvorkovitch appelait à une accélération du processus. Il a d’ailleurs été désigné dans ce but : privatiser le secteur énergétique. Il n’est pourtant pas dit que Medvedev parvienne à faire passer la privatisation. Recasé à la tête de Rosneft, Setchine continuera à exercer une très forte influence.


L’augmentation de l’âge des retraites pourrait être un sujet de divisions dans le nouveau gouvernement, car on ne connaît pas la position de Mme Golodets. En tant qu'économiste, Belooussov est en revanche conscient du poids du système actuel des retraites sur l’économie russe.


Selon une analyse de l’économiste en chef d’Alfa Bank Natalia Orlova, le nouveau gouvernement va sûrement se concentrer sur la stabilité budgétaire plus que sur les réformes : Chouvalov, le ministre des Finances Silouanov et le ministre du Développement économique Belooussov, devraient suivre une politique de rigueur budgétaire. D’après elle, les marchés salueront l’arrivée de Dvorkovitch qui adhère aux principes de l’économie de marché et a conquis la confiance des investisseurs quant il était conseiller du président Medvedev.


Selon l’économiste de HSBC Alexandre Morozov, la désignation de Dvorkovitch et Golodets aux postes de vice-Premiers ministres annonce un renforcement de l’aile réformatrice au sein du gouvernement, bien que le centre décisionnel se situe au Kremlin. Il est donc trop tôt pour qualifier le cabinet de réformateur. « Il est intéressant de voir comment sera formé le budget pour les trois prochaines années », note Morozov. Après la formation du budget, on verra plus clairement quel courant prend le dessus.


Les priorités pour le gouvernement sont de garantir une croissance positive et améliorer le climat des affaires. Et ces objectifs ne dépendent pas du gouvernement mais du président, selon le recteur de l’ École supérieure d’économie Yaroslav Kouzminov : « Le développement de l’économie dépend directement des changements apportés au système juridique, de l’image et des actions des organes de l’ordre, de l’impression de liberté en Russie. L’économie aussi a besoin de respirer », assure Kouzminov.

Trouvez sur la page 2 les profils de trois membres du nouveau cabinet ministériel

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Olga Golodets était auparavant vice-maire de Moscou. Crédit : RIA Novosti
Olga Golodets, vice-Première ministre

Après avoir obtenu son diplôme en économie à l’Université de Moscou, Olga Golodets a géré des programmes sociaux pour la fondation Reformougol. Elle a ensuite travaillé pendant 8 ans comme directrice des ressources humaines à Norilsk Nickel, le géant minier russe. Puis elle a dirigé le département social à la mairie de Moscou. Le maire Sergueï Sobianine lui a fixé des objectifs très précis, depuis la réduction des files d’attentes en maternelle jusqu’à l’amélioration des conditions sociales. Selon elle, ces objectifs ont été atteints.


Elle devra désormais gérer des problèmes plus complexes comme le dialogue avec les salariés, tenter de promouvoir une législation plus conforme avec la réalité, travailler à une formule pour les retraites, répondant à la fois aux revendications sociales et aux exigences de stabilité financière. Enfin, l’essentiel : achever la réforme de la santé, à peine entamée par son prédécesseur.

Mikhaïl Abyzov était conseiller de Dmitri Medvedev. Crédit : Itar-Tass

Mikhaïl Abyzov, un ministre extérieur

Ce touche-à-tout vient d'être désigné par décret présidentiel comme « chargé de coordonner les activités du « grand gouvernement » et d'élaborer des mécanismes de coopération avec les organes publics ». Dans les années 1990, il rachetait les dettes des entreprises russes auprès des pays voisins, élaborait des systèmes de distribution et de paiement. En 1998, il devient directeur des investissements à la société nationale d'électricité RAO EES. Et c’est là aussi qu’il entre en relation avec beaucoup de gros entrepreneurs, comme Victor Vekselberg et Léonard Blavatnik, et pose les jalons de son activité future. En 2005, Abyzov se consacre à son business qui, selon ses dires, lui aurait rapporté l’année dernière près de 1,25 milliards d’euros. En 2010, il entre au sein de la direction de RCPP (Union russe des industriels et des entrepreneurs). En automne 2011, à la surprise générale, il dirige le Comité de soutien à Dmitri Medvedev, pour devenir en janvier le conseiller du président sortant.

Alexandre Novak vient du ministère des Finances. Crédit : Itar-Tass

Alexandre Novak à l’Énergie : un financier au fort tempérament

Repéré par l’ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine lors des réunions sur la politique interbudgétaire, Alexandre Novak était alors vice-gouverneur du kraï de Krasnoïarsk et venait souvent à Moscou pour les affaires économiques de sa région. Koudrine, depuis longtemps à la recherche d’un adjoint pour le secteur des industries, l’a trouvé très professionnel et ambitieux, avec une solide expérience de dirigeant corporatif et régional. Tout ce qu’il fallait pour ce poste.


Koudrine reste satisfait de ce choix : « Novak, c’est le mélange idéal du savoir faire dans le domaine des entreprises et des finances : il comprend aussi bien le fonctionnement du marché que celui des structures gouvernementales ».


Selon ses collègues, en quatre ans de loyaux services au ministère des Finances, Novak a su faire bonne impression : dès son arrivée, il a lancé la campagne anti-crise, en apportant notamment un soutien aux secteurs énergétiques. Il a également participé au lancement des obligations infrastructurelles.


Alexandre Novak s'est fait respecter en défendant les intérêts du ministère des Finances. « Novak ne craignait personne, pas même [le vice-Premier ministre] Setchine », racontent ses collègues du ministère.


Le nouveau ministre a annoncé ses objectifs : stimuler la prospection de nouveaux gisements d'hydrocarbures, ouvrir le marché de l’électricité à la concurrence, optimiser l’efficacité énergétique, accroître la sûreté et la sécurité dans le secteur, attirer les investisseurs et améliorer l’accès aux infrastructures.


La seule critique vient des vétérans de l'industrie, qui lui reprochent de n'avoir jamais mis les mains dans le cambouis. « C’est un expert financier, il n’a jamais travaillé dans la production ».

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