Le tabac nuit gravement à la santé... et au portefeuille

Crédit photo : Getty Images/Fotobank

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En Russie, fumer est sur le point de devenir une habitude fort coûteuse. D’après une étude du Centre international des impôts et des investissements (ITIC), d’ici 2018, le prix moyen d’un paquet de cigarettes va grimper à 146 roubles (3,65 euros), soit cinq fois plus qu’aujourd’hui, ce qui augmentera les dépenses en tabac de la population de 2,5 fois.

Le tabac pourrait alors représenter jusqu’à 12% des dépenses des ménages sur l’ensemble de la population russe et atteindre 28% des dépenses des ménages défavorisés, contre 5 à 7% respectivement à ce jour.

Daniel Witt, président de l’ITIC, souligne que le marché légal du tabac risque de baisser de moitié, en chutant à 186 milliards de cigarettes vendues par an contre 369 milliards aujourd’hui. Il met en garde contre l’apparition d’un marché noir qui pourrait atteindre les 35%, au regard de l’expérience de pays tels que la Bulgarie, l’Irlande, la Pologne et la Roumanie.

La Russie est actuellement le deuxième marché mondial le plus important pour le tabac, avec moins de 1% de marché illicite alors que ce dernier atteint 11% dans le monde, selon les chiffres de l’alliance pour la Convention-cadre (FCA).  L’ITIC considère que cette absence de contrebande est le fruit d’une bonne politique du gouvernement.

En plus de cette hausse des impôts, les producteurs de tabac prévoient d’autres mesures qui risquent d’influer sur la hausse des prix, comme l’obligation d’afficher sur les paquets des images illustrant les conséquences du tabagisme. D’après le directeur du Conseil pour le développement de l’industrie du tabac, Edouard Vorontsov, cette loi va coûter aux producteurs de cigarettes pas moins de 28 millions de dollars.

« Il est impossible de calculer la somme exacte qui sera nécessaire pour l’impression de ces images avant que le ministère de la Santé et du Développement social n’ait énoncé ses exigences en matière de design. De plus, les dépenses dépendront du nombre de marques que détient chaque entreprise. Mais les avertissements écrits sur les paquets ayant coûté 28 millions de dollars, l’impression d’images ne pourra en aucun cas coûter moins», affirme M. Vorontsov. Ces visuels dissuasifs seront obligatoires d’ici un an.

Il faut ajouter à cette nouvelle obligation les images que se sont engagés à faire figurer, dès 2014, tous les pays de l’Union douanière. Les producteurs vont de nouveau devoir mettre la main au portefeuille pour modifier le design des paquets, et c’est le consommateur qui devra payer, résume Vorontsov. Toutefois, la co-présidente de la Coalition russe antitabac, Daria Khaltourina, assure que le profit de ces entreprises reste très largement supérieur aux dépenses pour les changements d’emballage, et celles-ci peuvent donc ne pas avoir d’incidence sur le prix du paquet.

En revanche, ce qui risque d’exiger un sérieux investissement financier de la part des producteurs est la mise en place d’un système de contrôle du marché du tabac, semblable à celui pour l’alcool (EGAIS, Système d'information automatisé unique d'Etat), mentionné dans le protocole sur le commerce illicite du tabac. Il s’agit d’une convention signée entre plusieurs pays participant à la lutte contre le tabagisme dans le cadre de la FCA. Dmitri Redko, représentant d’une grosse entreprise productrice de tabac, souligne que le contrôle du marché des cigarettes est un projet à long terme mais irrémédiable. « Ce système ne peut pas encore être mis en place, faute de technologies adaptées, mais elles sont en train d’être développées ». Dans tous les cas, l’obligation de puces électroniques permettant de tracer un paquet de cigarettes de l’usine au consommateur entraînera une hausse inévitable du prix du paquet de 20 centimes d’euro environ, selon les calculs de M. Redko.

D’ailleurs, ces cinq dernières années, selon le Rospotrebnadzor, organisme russe de veille sanitaire et de droit des consommateurs, le nombre des paquets de cigarettes contrefaites a considérablement diminué, passant de 7 millions en 2007 à 172 000 en 2011. L’année dernière, plus de 177 700 paquets de cigarettes ont été retirés du commerce et plus de cinq mille amendes ont été administrées pour une somme totale dépassant les 20,3 millions de roubles (507 500 euros).

La publicité sociale russe « J'ai arrêté, je ne fume plus ! »


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