L’opposition ne baisse pas les bras, la police non plus

Crédit photo : RIA Novosti / Vladimir Pesnya

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L’appel du 6 mai a provoqué des affrontements à défaut d’une large mobilisation contre l’investiture présidentielle.

En approchant de la place Bolotnaïa, destination finale de ce qui avait été présomptueusement baptisé « la marche des Millions », la foule s’est arrêtée subitement. Une chaîne d’OMON (troupes anti-émeutes) barrait le passage vers le pont de Pierre, qui mène au Kremlin, mais il restait un couloir vers la place. Les rangs en tête du cortège ont cessé d’avancer et l’opposant Alexeï Navalny a appelé les manifestants à s’assoir sur le sol jusqu’à ce que l’accès à la place soit complètement dégagé. Par la suite, ce « sit-in » sera qualifié de provocation. Puis l’information s’est répandue dans la foule selon laquelle la place était ouverte : la marche pouvait reprendre. Tout le monde s’est levé. Et c’est là que la cohue a commencé : quelqu’un est tombé à terre alors que des manifestants tentaient d’enfoncer les lignes de l’OMON sur le pont…

Les heures qui ont suivi ont été indescriptibles. Les opposants les plus ardents se jetaient sur les OMON, lançant dans leur direction des pierres et des fumigènes, recevant en retour une pluie de coups de matraque. 


Entre-temps, la durée autorisée de la manifestation s’était écoulée, mais la police a mis 40 minutes avant de commencer à disperser la foule. Ceux qui étaient plus éloignés de l’épicentre ont pu quitter les lieux. Les autres se sont retrouvés encerclés par la police. Les coups pleuvaient, même sur ceux qui ne participaient pas aux violences : de vieilles femmes ou des étudiants étrangers de passage. Bilan : plus de 400 personnes interpellées, plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants et la police, et sur le fond, une polarisation croissante entre le pouvoir et l’opposition, voire des tiraillements au sein de cette opposition. La question centrale étant : comment est-on arrivé à un si triste résultat ?


La plupart des manifestants n’avaient pas du tout prévu de se battre avec la police, ni de marcher sur le Kremlin ou de camper dans le centre de Moscou - voir plus loin. Mais il est clair aussi que l’humeur sur Bolotnaïa dimanche 6 mai n’était plus du tout celle des manifestations massives précédentes. La créativité amusée a laissé place à la colère. 


Les premières manifestations étaient toujours précédées de querelles autour du choix des orateurs : Navalny, Sobtchak, Akounine, Koudrine, Nemtsov, Prokhorov, Oudaltsov, Tchirikova… Mais le 6 mai, la plupart d’entre eux n’étaient pas présents sur Bolotnaïa. Le cortège n’est pas arrivé à destination, occultant le fossé entre ceux qui mènent et ceux qui suivent. 


À noter aussi que très peu de nationalistes étaient présents le 6 mai. C’est encore une preuve de la dissolution des alliances politiques de circonstance que favorisait l’humeur antipoutinienne générale. Le dialogue entre les opposants modérés et le pouvoir ne n’a pas eu lieu. Le mouvement contestataire reste massif, même s’il a perdu des partisans en raison de la simplification des slogans. Ce n’est plus un mouvement citoyen, mais politique. 


Depuis le 7 mai, plusieurs centaines de contestataires se sont engagés dans une « manifestation itinérante » ininterrompue dans le centre de Moscou. Malgré des interpellations en masse, la police n’a pas réussi à endiguer la « promenade ». Les manifestants poursuivent leurs actions en ayant etabli un campement dans le square de la capitale.

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