Le sport russe haut en couleurs

Crédit photo : Itar-Tass

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La Russie d’Aujourd’hui a rencontré les espoirs olympiques russes qui se démarquent par la couleur de leur peau. Malgré leur différence, ils sont nés en Russie et n’ont jamais songé à changer de nationalité.
Lukman Adams. Crédit photo : RIA Novosti

Lyukman Adams est le premier athlète noir à intégrer l’équipe nationale russe. De père Nigérian et de mère Russe, Lyuk a grandi dans un bas-quartier de Saint-Pétersbourg et il aurait pu mal tourner si le sport n’était apparu dans sa vie. Après un bref passage par le basket-ball, Adams se retrouve en section d’athlétisme, où il atteint vite un très bon niveau en triple saut. En 2006, il quitte Saint-Pétersbourg pour la capitale et dans l’année qui suit, il remporte le championnat d’Europe Junior. En 2010, Adams atteint l’âge requis pour intégrer l’équipe nationale. Les Championnats du monde en salle marquent, pour le moment, le sommet de la carrière de ce sportif de 23 ans, mais on peut affirmer avec certitude que ce n’est que le début.

Comment te sens-tu en Russie ? N’as-tu jamais pensé à émigrer ?


La Russie est le pays où je suis né. J’y ai grandi, et j’ai été éduqué selon les traditions russes. Je me considère russe à part entière. Il y a quelques années, je suis devenu orthodoxe. Je suis à moitié Nigérian mais je n’ai jamais été là-bas et je ne sais rien de la culture nigérienne. Non, je n’ai jamais pensé à émigrer. Je représente l’équipe russe, j’habite la capitale, que faut-il de plus pour être heureux ?

Raconte-nous ta prestation aux Championnats du monde d’athlétisme de cet hiver.


L’année dernière, j’ai pour la première fois franchi la barre des 17 mètres (17,32). Ensuite, j’ai été obligé de m’arrêter tout l’été à cause d’une blessure. En novembre, j’ai repris l’entraînement et je me sentais beaucoup mieux qu’en hiver 2011. J’ai passé la sélection haut la main. J’ai réussi à conserver la forme jusqu’à Istanbul, où j’ai établi mon record personnel et remporté une médaille. Maintenant, je ne pense qu’aux Jeux olympiques. J’ai envie de réjouir les supporters de l’équipe de Russie et ma famille.

Victor Keyrou, lui, a déjà goûté aux joies des Jeux olympiques à Pékin, en 2008. Né à Rostov sur le Don, son père est venu avec  l’équipe nigérienne d’athlétisme aux Jeux olympiques de Moscou en 1980. Victor a décidé de suivre ses traces et s’est lancé dans le basket-ball. Il a d’abord intégré l’une des équipes les plus fortes de Russie, les Unics de Kazan, avant d’être très vite transféré en première division, où il s’est fait remarquer et s’est rapidement retrouvé au sein de l’une des meilleures équipes d’Europe, le CSKA de Moscou. Il a alors intégré l’équipe nationale dont il est membre permanent. Aujourd’hui, il est capitaine du Spartak de Saint-Pétersbourg. Keyrou espère être au top pour les Jeux olympiques de Londres.

Victor Keyrou. Crédit photo : RIA Novosti

Comment te sens-tu en Russie ? N’as-tu jamais pensé à émigrer ?


J’ai vécu toute ma vie en Russie. Mon père est de Sierra Leone, mais moi je n’ai jamais mis les pieds en Afrique. Bien sûr, j’aimerais beaucoup jouer pour la NBA, mais il n’en est pas question pour le moment. Ma famille et moi, nous sommes très bien à Saint-Pétersbourg. C’est une très belle ville européenne, avec une histoire très forte. Je me consacre entièrement au Spartak et à l’équipe nationale.

Penses-tu participer aux JO de Londres ?


J’ai eu un entretien avec David Blatt (entraîneur de l’équipe russe de basket-ball) qui a dit qu’il croyait en moi. De mon côté, je peux garantir que si je participe pour la seconde fois aux JO avec l’équipe nationale russe, je ferai tout pour qu’on se démarque. Je suis au meilleur de ma forme et je peux prétendre à être dans le cinq de départ.

La sœur de Victor, Ekaterina Keyrou, le suit de près. Habituée à accompagner son frère aux entraînements, on lui a proposé de s’essayer sur le terrain. Depuis, la jeune basketteuse reproduit les succès de son frère. Pas à pas, elle a intégré la Superligue, tout en poursuivant ses études musicales, elle est devenue capitaine junior et a été appelé trois fois à faire partie de l’équipe nationale.

Ekaterina Keyrou. Crédit photo : Itar-Tass

Comment te sens-tu en Russie ? As-tu déjà été confrontée au racisme ?


Je me sens très bien ici. C’est mon pays, je suis née ici et j’ai visité la plupart des grandes villes de Russie. Je n’ai jamais été confrontée à des actes racistes mais quand je vois des supporters lancer des bananes aux footballeurs noirs sur le terrain, j’ai honte pour mon pays. A cause de ces individus, on peut se voir refuser l’organisation de championnats importants.

Comptes-tu participer aux JO ?


Pour un basketteur, les JO sont l’événement sportif majeur. J’ai très envie d’aller à Londres et de ramener une médaille olympique. C’est mon rêve de sportive. Quand Victor a joué pour l’équipe à Pékin, nous étions très heureux pour lui.

Emilia Tourey, leader de l’équipe russe féminine de hand-ball, a elle aussi des racines sierra léonaises. A Astrakhan, sa ville natale, personne ne la prenait pour une Russe à cause de sa couleur de peau. Après un début dans le club local, a suivi une carrière fulgurante dans les grands clubs danois (Slagelse et Copenhague) et espagnol (Itxaco). Mais c’est avec l’équipe russe qu’elle a connu ses plus grands succès. Championne du monde 2005, 2007 et 2009, médaillée d’argent aux Jeux olympiques de 2008, médaillée d’argent (2006) et de bronze (2008) aux Championnats d’Europe, meilleure ailier gauche aux Championnats du monde de 2011, il ne lui manque plus que l’or aux prochains Jeux.

Emilia Tourey. Crédit photo : Itar-Tass

Alors, vous allez ramener la médaille d’or à la Russie ?                   


Nous allons tout faire pour ça. La finale à Pékin m’a marquée à jamais. Nous avons mal joué la première partie du jeu, les Norvégiennes menaient largement. Nous nous sommes réveillées dans la seconde mais il était trop tard. Nous voulons vraiment notre revanche sur les Norvégiennes. Notre équipe, en quatre ans, n’est devenue que meilleure. Nous sommes sûres de nos forces et nous voulons la victoire.

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