« Marre d'entendre les Russes se plaindre de Moscou »

Alexis Gadenne, jeune architecte français. Source : service de presse

Alexis Gadenne, jeune architecte français. Source : service de presse

Aujourd'hui, 6 avril, sur le site de Moskomarkhitektoura (comité d'architecture et d'urbanisme de Moscou) s'achève le vote pour le meilleur projet de développement du site de l'ancien hôtel Rossiya (Russie), près du Kremlin. L'auteur de l'un des 116 projets est l'architecte lyonnais de 25 ans Alexis Gadenne. Il a expliqué à La Russie d’Aujourd’hui pourquoi il veut travailler en Russie, ce qu'il souhaite essayer de changer à Moscou et pourquoi il ne supporte plus les plaintes des Moscovites concernant les difficultés de la vie dans la capitale russe.

Le projet


Alexis Gadenne, ingénieur-urbaniste de formation principale, obtiendra en juillet prochain une maîtrise de l'Ecole Nationale supérieure d'architecture de Lyon. Son projet d'aménagement du terrain vague laissé par la démolition de l'hôtel Rossiya, il l'a envoyé depuis la France. Il a découvert l'existence du concours par Internet, car Alexis suit constamment les nouvelles en provenance de Russie. L'architecte considère sans grand scepticisme la nature étatique de ce concours, et se montre optimiste. « Nous avons le droit de rêver. En général, l’une des tâches de l'architecte est de faire rêver et fantasmer les citadins. Pourquoi lui-même ne pourrait-il pas rêver ? Dans ce projet, j'aime le caractère ouvert du vote. On peut le critiquer, mais c'est une valeur certaine », affirme Alexis Gadenne.

Le jeune architecte prend son projet au sérieux et s'étonne du caractère « inattendu » de nombreux projets de ses concurrents. « J'ai essayé de créer un espace nécessaire aux gens et à la ville, dans lequel vont se développer les projets civiques qui sont en train d'apparaître en Russie. Les initiatives citoyennes, comme une promenade dans la vieille ville constituent, il me semble, un phénomène purement russe de ces derniers temps. Un parc bien conçu transforme par lui-même la ville. Par exemple, dans le centre de ma ville natale de Lyon, on a aménagé il y a quelques années un immense parc près du fleuve à la place d'un parking. Désormais, on lance des projets similaires. L'image de la ville est complètement différente », dit Alexis Gadenne.

Le jeune architecte s'efforce de ne pas décrire son projet moscovite, et n'y fait pas référence. L'une des exigences envers tous les participants est l'anonymat.


De Lyon à Samara, de Samara à Moscou


La période russe de la vie de l'architecte français a commencé avec un voyage à Samara, il y a huit ans. Il y a appris la langue russe, mais a décidé de ne pas se limiter au duo culturel  « Tolstoï et Dostoïevski », si populaire à l'étranger, mais de comprendre ce pays « mystique », comme il le dit lui-même, en y vivant sa propre expérience. Ainsi, à 18 ans, Alexis a rejoint un orphelinat de Samara en tant que bénévole.

Après le « baptême » à Samara, Alexis Gadenne s'est régulièrement rendu en Russie, principalement pour étudier et travailler. Afin de s'immerger dans la vie russe, il a fait une pause dans ses études en France et a étudié un an à la faculté d'architecture de l'Université de l'Amitié entre les Peuples, à Moscou. Dans le portfolio du Français, des motifs russes sont apparus. Par exemple, il a conçu un projet d'izba modernisée. Derrière une large façade en verre se trouve un espace dans lequel on peut organiser un jardin d'hiver.

Alexis n'a pourtant pas mis fin à son travail sur ses projets français. Il a élaboré le plan d'une place à côté de la gare de Saint-Etienne, a remporté l'appel d'offres parisien François Scali pour la construction d'une maison, tout en travaillant à temps partiel dans un bureau d'architecture de Lyon. Il a d’ailleurs créé plusieurs projets pour sa ville natale.

« Moscou, le rêve de tout architecte »

Alexis continue à explorer la Russie et s'efforce de se rendre en province. Il a trouvé curieuse l'architecture de Nijni-Novgorod, d'Anapa, et de la ville de Nerekhta dans la région de Kostroma. Mais il ne prévoit pas cependant de concevoir des projets pour ces villes. « Rien n'est comparable à Moscou, où les problèmes sont réels et dont le développement est rapide. De toute évidence, Moscou est confrontée à de sérieux défis. C'est un rêve pour un architecte qui veut se réaliser », souligne Alexis Gadenne.


L’architecte français croit dans le projet de « Grand Moscou » lancé par le président Dmitri Medvedev, qui vise à élargir les frontières de la capitale.

« Je pense que ce projet a un réel potentiel et offre un champ pour l'échange d'expériences : de nombreux spécialistes français y participent. En France, on a réalisé le projet de Grand Paris initié par le président. Au départ, il concernait les communications et, en fait, il a permis de transformer la ville en un lieu où naissent des idées nouvelles. Paris, tout comme Moscou, a crû de façon chaotique, elle s'est convertie en une énorme masse urbaine avec de nombreux problèmes et a perdu son identité. Je pense que les gens ont besoin de se sentir connectés avec le territoire dans lequel ils vivent, et d'apprendre à le comprendre », poursuit Alexis.

Parmi les difficultés de la capitale, Alexis Gadenne cite la pollution, les problèmes de circulation et une croissance inégale. Mais le principal problème de Moscou, selon l'architecte français, est l'aversion persistante des citoyens envers l'endroit où ils vivent. « J'en ai marre des plaintes des Russes contre Moscou. Ils ne comprennent pas et me demandent constamment pourquoi je veux vivre dans cette ville de fous », s’énerve-t-il. L'architecte est convaincu que pour apprendre aux gens à aimer leur propre ville, à l'utiliser intelligemment, ils doivent la changer eux-mêmes. « Les petites choses peuvent grandement améliorer la qualité de vie. Ce processus est probablement déjà en cours. Dans la ville sont apparues de nombreuses initiatives intéressantes, telles que le développement de la culture de la promenade, qui permet de découvrir le patrimoine culturel de Moscou. Il n'y a pas de phénomène similaire en Europe. Je suis sûr qu'il est nécessaire d'impliquer les gens dans le développement de leur ville, avec la participation des architectes et des hommes politiques. Et alors une dynamique réelle se mettra en marche ».

 
Alexis Gadenne attend désormais les résultats du concours à Lyon : l'argent fourni par ses parents pour vivre en Russie est épuisé. Mais il ne perd pas courage : il espère que son projet sera remarqué dans la capitale et qu'on l'invitera à venir travailler. « La prochaine étape pour moi, c'est le travail en Russie : j'ai envie d'action et de développer mes capacités. Peut-être qu'une solution plus raisonnable serait de commencer ma carrière en France, et de déménager ensuite en Russie un jour, mais je sens que mon réel désir est de travailler à Moscou. Et je suis mon intuition », conclut Alexis.

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