Le Théâtre de Langue française

Crédit photo : Elena Potchetova

Crédit photo : Elena Potchetova

C’est en plein centre de Moscou que se produit, depuis plus de 70 ans maintenant, la troupe du Théâtre de Langue française. Bien du chemin a été parcouru par cette troupe de théâtre francophile, qui à ses débuts se produisait au domicile de sa fondatrice, Alice Oran, connue notamment pour ses traductions d’Alexeï Tolstoï et Nicolaï Ostrovski.

Crédit photos : Elena Potchetova

Nous sommes à quelques pas du célèbre Bolchoï, dans une rue étroite où les voitures ont du mal à se croiser tant il y a de véhicules (mal) garés sur les côtés. La Maison des enseignants se distingue des autres par sa façade de couleur verte. Au fond d’un couloir plutôt austère se trouve la salle mise à la disposition du Théâtre de Langue française par la ville de Moscou.

Il est 18h, sur scène deux artistes d’une trentaine d’années répètent. Olga est au piano. Elchain chante Verlaine. Le duo a mis en musique la “Chanson d’automne” du poète maudit. La directrice émérite de la troupe, Elena Oranovskaïa n’est pas loin. Du haut de ses 84 ans, Elena, la fille d’Alice Oran s’exprime dans un français parfait, quoi qu’elle en dise. Ce n’est pas sans émotion qu’elle raconte l’histoire de la troupe et de sa mère, fondatrice du théâtre.

Si Alice Oran est née en Russie, elle a grandi et étudié à Paris. En 1914, alors que l’Europe s’embrase, elle fuit la France et retourne en Russie où son mari s’engage du côté des rouges dans la guerre civile. Alice, quant à elle, se tourne vers la traduction et le théâtre.

C’est en 1939 que la mère d’Elena fonde la troupe, les premières répétitions et représentations de la troupe se tiennent à son domicile. Les premières heures de la troupe sont marquées par la Seconde guerre mondiale. “Dix comédiens de la troupe sont envoyés au front, malheureusement, tous ne reviendront pas” se remmémore Elena.

Après la “grande guerre patriotique”, la vie reprend et la troupe joue Cyrano de Bergerac traduit par Tatiana Shchepkina Kupernik qui en devient la marraine. Quant au parrain, Romain Rolland, c’est son admiration pour le travail des enfants comédiens de la troupe qui le mena à se joindre au mouvement. “Je salue affectueusement vos petits acteurs”, ainsi ponctuait-il sa lettre de parrainage.

En effet, au-delà de cette volonté de transmettre le patrimoine culturel français en Russie, la troupe s’est fortement engagée dans l’accompagnement des jeunes enfants dans leur apprentisage du français et du théâtre. Elchain précise que les plus jeunes d’entre eux ont entre 6 et 8 ans. De nombreux écoliers viennent les voir jouer. “Le théâtre est pour eux un moyen pédagogique pour apprendre la langue”, explique Elena Oranovskaïa.

La troupe compte aujourd’hui une cinquantaine d’artistes qui se produisent bénévolement toutes les semaines. Les représentations sont gratuites et ouvertes à tous, francophiles ou pas. La troupe se produit les jeudi et vendredi ainsi que de nombreux week-ends.

Il est 19h, de nombreux adolescents sont arrivés, c’est l’heure pour eux de répéter. Au programme ce soir, Molière.

Site officiel du théâtre de la langue française

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.