Que reste-t-il des réformes ?

Crédits photo : Photoxpress

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Dmitri Medvedev va rendre en mai sa place à Vladimir Poutine. Celui qui se définit comme un réformateur libéral a cherché pendant quatre ans à réformer la police, la justice et l'éducation.

Des réformes en matière de santé publique, de l’armée, de la police, de l’enseignement, du système électoral du pays ainsi qu’une réforme clé contre la corruption. Et une sérieuse restructuration politique en fin de mandat.

Le président « technique », comme l’a surnommé l’opposition, a annoncé plus de réformes que Vladimir Poutine durant ses deux mandats. Pourtant, « quasiment toutes ces réformes ont été préparées sous Poutine. Et celles annoncées aujourd’hui seront réalisées par Poutine », souligne le directeur du Centre d’information politique, Alexeï Moukhine. Reste à savoir si ces réformes seront appliquées et les objectifs atteints.

Réforme de l’armée


C’est la réforme la plus complexe et la plus coûteuse. Depuis 2008, l’armée russe a subi des transformations radicales, une véritable restructuration de fond comparable, selon Rouslan Poukhov, directeur du Centre des stratégies et technologies, aux réformes de l’armée menées à l'éppoque par Pierre le Grand.

On constate le passage du modèle soviétique de la conscription massive vers une armée plus mobile, une armée de métier. La part de l’armement moderne est passée de 10 à 16%. Il faut noter également que, début 2012, le salaire des militaires a été augmenté de 2 à 3 fois. En mars, Medvedev a annoncé que d’ici 2020, 2,8% du PNB de la Russie au moins sera consacré à la défense.

En chiffres

150 généraux ont été limogés, et les contrats de 5 600 miliciens n’ont pas été renouvelés suite à la réforme de la police, en 2011. Cette réforme est l’une des plus critiquées.

« C’est l’une des réformes les plus radicales, et qui a été confrontée à une forte opposition de la part des militaires », raconte Alexeï Moukhine, soulignant les avancées positives. Les mesures prises sont louables, mais la réforme ne fait que commencer : le réarmement n’en est qu’à ses prémisses, ainsi que l’enseignement militaire. Il est prévu d’ici 2017 de procéder à un vaste recrutement sur contrat pour former un corps d’armée professionnel. Si cet objectif est atteint en 2017, on pourra dire que la réforme a réellement fonctionné. Commencera alors la douloureuse (pour les généraux) mesure consistant à abandonner la conscription.

La police était très attendue. Seulement 10% des Russes ont confiance dans les forces de l’ordre. Les miliciens font peur : c'est une structure corrompue affamée de pots de vin et de fausses affaires pénales pour remplir les quotas. En 2009, le point crucial de la réforme fut un changement idéologique : le passage d’un système répressif à un système préventif. Le changement de nom de la police servit de prétexte pour réduire les effectifs de 20%. Le renouvellement de contrat du personnel était accompagné d’une sensible hausse de salaire. Suite à cette réforme, en 2011, presque 150 généraux ont été limogés, et les contrats de 5 600 miliciens n’ont pas été renouvelés. Pourtant cette réforme de Medvedev est l’une des plus critiquées. Les cas de violences policières, de corruption et de rejets de plaintes restent toujours aussi fréquents.

Selon l'institut de sondage Levada Centre, seulement 7% des Russes considèrent que la police travaille mieux. « La réforme des forces de l’ordre est un échec. On n’observe aucun changement réel » , considère Moukhine. Les policiers sont chargés de se contrôler eux-mêmes, et les effectifs n’ont pas connu de renouvellement. « La réforme des ­forces de l’ordre reste politique et non pas administrative » , considère Gazeta.ru , le journal en ligne indépendant.

Corruption

Depuis longtemps, il était question du problème de la corruption en Russie, mais c’est Medvedev qui a pris les premières mesures concrètes de lutte contre ce fléau. Il a assoupli le code pénal en matière de pression fiscale sur les entreprises. Parallèlement, il a établi un contrôle des dépenses des fonctionnaires, l’obligation pour les hauts fonctionnaires et les juges de rendre compte de leurs revenus et dépenses. Et proposé un contrôle des fonctionnaires par la presse.

« Beaucoup a été fait ces dernières années » , a déclaré, en mars, l’opposant libéral Sergueï Alexachenko, ex-président adjoint de la Banque Centrale, à propos du début de la réforme. Toutefois, à l’instar de la réforme policière, elle est critiquée pour son manque de fermeté et d’efficacité. Medvedev a avoué que pour le moment, les résultats de la réforme sont quasiment inexistants. Mais pour lui, le principal reste : « Pour la première fois dans toute l’histoire de la Russie apparaît une base normative pour lutter contre la corruption ».

Il l'a dit :

« Medvedev reprend son rôle de second, qu'il n'a jamais cessé d'être. Mais, il ne sera bien sûr pas un Premier ministre de façade. Il serait vain d'espérer qu'il ne soit qu'un porte-parole ».Nicolaï Troitskiï, politologue.

Selon le bilan de l’ONG Transparency International sur la corruption dans le monde, durant le mandat de Medvedev, la Russie est passée de la 154e à la 143e place. Les experts russes de cet te organisation lui reprochent de ne pas introduire des poursuites pénales pour les cas de corruption dans les hautes sphères du pouvoir. Medvedev craint que des mesures trop radicales entraînent une crise politique à coup de dossiers compromettants. Selon Alexachenko, près de 70% sur les milliers de plus hauts fonctionnaires de l’ État peuvent être soupçonnés d’enrichissement illégal. « Nous pouvons comprendre que le gouvernement ne peut pas se permettre de limoger tout le monde d’un coup », note un spécialiste.

Réforme politique


À la fin de son mandat, Medvedev lance une grande restructuration politique. L’une des propositions phares est le retour à l’élection directe des gouverneurs des régions, abrogée en 2004 sous Vladimir Poutine. Il y a également la simplification de l’enregistrement des partis : il ne faut plus que 500 signatures contre les 40.000 actuelles. Une partie de l’opposition a accueilli favorablement ce projet de loi, qui a été adopté par la Douma. Medvedev devrait le signer avant la remise de ses fonctions en mai. « Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits par cette réforme. Dmitri Medvedev a aboli l’esclavage des partis. Une première historique pour notre pays », s’est prononcé le représentant du mouvement écologique « Zelenyie » (Les verts), Anatoli Panfilov.

Les réformes entreprises par Medvedev touchent à différents domaines mais ce qui les unit, c’est qu’elles constituent un véritable compromis avec les forces dont elles tendent à limiter les privilèges. C’est pourquoi elles sont critiquées : pour leur manque de fermeté et d’efficacité. En effet, pour le moment, aucune d’entre elles ne fonctionne véritablement. « La Russie est un pays très vaste et personne n’a été capable de le changer d’un coup, même pas Pierre le Grand. Il faut être patient », remarque Moukhine. Maintenant, l’avenir de ces réformes dépend directement de Vladimir Poutine, qui prendra ses fonctions de président en mai.

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