Les adeptes russes de la fausse info

Image par Anton Panine

Image par Anton Panine

L'agence satirique américaine The Onion a désormais ses imitateurs russes. Bien sûr, le record de 7,5 millions de spectateurs par mois dont se prévaut le journal de l'Université du Wisconsin – qui était au départ une publication étudiante – n'est pas encore au rendez-vous, mais les actualités humoristiques russes n'en sont qu'au début de leur popularité.

Les résidents de Barnaul (à 3400 km de Moscou, 600 000 habitants) ont découvert un site Internet sur le métro de leur ville, en 2008, et ce bien avant que la construction du réseau sous-terrain soit terminé. Daniil Tchourilov, l'administrateur du site web, a été « déboussolé par le nombre de visiteurs qui ont commencé à donner leur avis sur le fonctionnement du métro ».

« J'ai été submergé par des plaintes au sujet des escalators en panne, contre la police malhonnête avec les passagers. Puis, des Moscovites ont demandé, via la page de doléances, l'heure d'ouverture du métro afin de se rendre de l'aéroport  à l'hôtel. » Le problème, c'est que le métro de Barnaul n'existe pas, n'a jamais existé et n'est pas prêt d'exister.

L'idée de « concocter un petit site pour faire marcher les amis » a alors été abandonnée pour commencer à décrire régulièrement le quotidien du métro, et s'étonner du nombre de gens qui se sont pris au jeu et voir que ceux ont cru à l'existence du réseau sous-terrain étaient nombreux. Si on peut supposer « qu'à Moscou et à Saint-Pétersbourg, il y ait peu de gens qui sachent où se trouve la ville de Barnaul et que beaucoup imaginent que des ours s'y promènent », les Barnauliens eux-mêmes n'ont pas tous détecté la supercherie. 

Alexeï Lavinski, l'auteur du projet des actualités inventées Smixer.ru, est persuadé que : « Tromper est assez facile, mais (que) ce n'est pas intéressant. » « On peut annoncer : « Une chanteuse célèbre a divorcé » ou « Poutine a démissionné ». Mais ce ne serait pas vrai, et quel serait l’intérêt ? Qui y croira la deuxième ou troisième fois ? »

« Pour moi, la nouvelle la plus réussie est celle dans laquelle chacun décèle une invention mais que tout le monde cite en permanence dans la mesure où il s'agit d'une légende gentille et joyeuse. Mystifier n'est pas le but, ce n'est pas la base non plus d'une actualité inventée. Il y a dans les « fake news » différentes composantes comme dans un bon article : il faut un sujet captivant, de l'humour, de la satire, de la blague, de la parodie et beaucoup d'autres choses. Parfois, il s'agit d'une vraie nouvelle, dénuée de toute mystification, mais relatée avec la langue d'Esope. »

Le site Fognews.ru, dont l'appel à sortir dans la rue sans sous-vêtements a été largement diffusé sur l'Internet russe, a même décidé de monétiser ses « fake news ». « Nous avons des choses à proposer aux publicitaires. Notre proposition ne sort pas du format de la ressource et contribue à la notoriété des marques ainsi qu'au ressort des ventes » prétendent les auteurs du projet qui ne dévoilent pas leurs vrais noms. Pour l'instant, le nouveau-né n'a pas réussi à gagner le pactole et « la source principale de profit reste l'enthousiasme de la rédaction ».

« Pour transmettre des nouvelles non-sérieuses avec succès, il faut des investissements et des professionnels sérieux » estime Alexeï Lavinsky. Son site, Smixer.ru, reste un projet non-commercial, un hobby, même s'il génère un certain profit. « Il faut comprendre exactement le format. Il faut que les auteurs créent des informations et non pas des bobards ou des blagues ».

« Si on parle des « fake news », il y a une nuance. Les projets de ce type doivent étonner constamment le public. C'est dur, puisque pour surprendre toujours plus, il faut toujours plus de ressources. C'est-à-dire une fois par mois passer à un autre niveau pour qu'un lecteur qui apprécie la fausse info se dise : le projet grandit » explique le représentant d'un autre projet de « fake news »,  Hobosti.ru de Novosibirsk.

Le métro de Barnaul pourra-t-il passer au niveau supérieur ? « Vous comprenez, le métro est un rêve, explique Tchourilov. Mais il peut être aussi réel. Le coût de la construction n'est pas si élevé qu'il n'y paraît. En plus, on peut mobiliser les entreprises locales, l'industrie. Il y a de tout à Barnaul, mais qui pourrait décider de le développer ? Il faudrait un grand projet d'investissement qui, d'une part, gonflerait les commandes des entreprises commerciales et qui, d’une autre, augmenterait l'attractivité globale de l'investissement. Donc pourquoi pas ? ». Pour lui, le métro de Barnaul n'est pas un simple jeu ou une mystification. C'est une expérience sur le thème : « Que crée la réalité et qui la crée ».

Ce texte est une version traduite et abrégée d’un article publié dans le magazine russe Kommersant-Dengui.


Lisez la page 2 : à l’occasion du 1er avril, La Russie d’Aujourd’hui a sélectionné les communiqués les plus drôles publiés en Russie. 

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Fausses nouvelles de Russie

À l’occasion du 1er avril, La Russie d’Aujourd’hui a sélectionné les communiqués les plus drôles publiés en Russie.

Les chats sont aujourd’hui la plus grande menace pour l’économie russe

Source :HOBOSTI (mot russe « новости », ce qui signifie « nouvelles » en français, écrit en caractères latins qui ressemblent aux cyrilliques)

« Les chats sur Internet sont en tête de l’ordre du jour du Forum économique de Saint-Pétersbourg.  Un spécialiste du bureau de l’anti-procrastination explique : « Ils appellent ces chats ‘kotuchenki’ et échangent une quantité astronomique d’images tous les jours. Les ‘kotuchenki’ représentent 32 % du traffic Internet russe : comme c’est mignon. »

Le gouvernement manque d’argent pour engager une réforme monétaire

Source :HOBOSTI

« Le nouveau projet de réforme monétaire est prêt. Les billets n’auront plus de filigrane barbare pour les protéger mais emploieront les nanotechnologies. L’image sur l’argent nouveau sera également modernisée : une nouvelle technologie sera utilisée pour représenter le visage du président en exercice sur les billets de banque et, quand un nouveau chef d’État sera élu, l’image changera automatiquement. »

De nombreux chefs-d’œuvre russes seront raccourcis de 25 à 30 %

Source:Smixer

« Certains classiques russes sont trop longs et ne sont pas toujours compréhensibles pour les lecteurs contemporains » a déclaré une source du ministère de la Culture. « Prenons Guerre et Paix de Léon Tolstoï : c’est une œuvre très intéressante mais trop longue, et certaines pages entières sont écrites en français. C’est injuste : vous devez apprendre le français pour lire les romans russes ! »

Il faudra bientôt payer les poubelles dans des villes russes de plus en plus propres

Source :Smixer

« Les nouvelles poubelles de Saint-Pétersbourg fonctionnent déjà de telle manière que vous ne pouvez d’abord rien jeter dedans. Le couvercle sera étroitement fermé par un mécanisme secret », expliquent les développeurs des nouvelles poubelles de la ville à Smixer.ru lors de leur présentation.

« Mais les poubelles sont équipées d’accepteurs de billets. Chaque citoyen ou touriste civilisé de la capitale du Nord pourra ainsi jeter ses déchets dans la poubelle pour la somme symbolique de 20 roubles (cette somme sera plus élevée dans le centre-ville) au lieu de les jeter par terre sur les trottoirs qu’empruntaient Pouchkine et Brodsky. »

Des oléoducs innovateurs pour prévenir le vol de pétrole en Russie

Source :HOBOSTI

« La Russie perd chaque année une somme estimée à 1,5 milliard de dollars dans le vol de pétrole en transit dans les oléoducs. Le nouvel oléoduc sera correctement protégé contre le vol. L’oléoduc Uroborus aura la forme d’un ancien serpent égyptien qui mange sa queue. Grâce à ce concept révolutionnaire, Uruborus sera protégé contre toute tentative de détournement du pétrole en transit, puisqu’il n’y aura aucune sortie possible : l’oléoduc fonctionne en circuit fermé. »

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