Tchernobyl mon amour

Le film de Michale Boganim sur la vie des rescapés de Tchernobyl sort aujourd’hui en France.


Avant, pendant et après Tchernobyl. La Terre outragée de Michale Boganim va et vient entre ces trois temps de l’Histoire afin de montrer la difficulté, pour les enfants de Pripiat où se trouvait la centrale, de s’arracher d’une ville qu’ils n’avaient jamais envisagé de quitter. « Nous étions des enfants qui croient que le monde a des règles et qu’il suffit de les suivre pour être heureux », se souvient Anya (Olga Kurylenko), devenue, après la plus grande catastrophe nucléaire à ce jour, guide touristique à Pripiat. « Toujours les mêmes questions : les animaux à deux têtes, les gens à trois bras ; il n’y a rien à voir à Tchernobyl, juste des ruines », se lamente la jeune femme dont la chevelure part en lambeaux, et qui ne parvient toujours pas à comprendre comment sa ville, où des Français se rendent aujourd’hui en pèlerinage, a pu devenir le théâtre de l’apocalypse.

26 avril 1986. En ce printemps estival à Pripiat, cité soviétique modèle fondée une décennie plus tôt, Anya est comblée. Au pied de la statue de Lénine, le jour de son mariage avec Piotr, on trinque « à la patrie qui nous donne du pain, du travail et de l’électricité ! » Noces festives, entre chansons traditionnelles et vodka Stolichnaya. Joies ordinaires, que Boganim raconte pour montrer l’insouciance d’une Ukraine pauvre et heureuse. Mais derrière l’insouciance se cache l’inconscience, et pour Anya, la fête est gâchée à jamais au moment où elle apprend que Piotr est réquisitionné, le soir de son mariage, pour éteindre un « incendie » sur le site de la centrale. Dans l’étang voisin, des poissons flottent à la surface de l’eau. Bientôt, ce sont les chiens qu’il faudra abattre, et il ne restera plus aux habitants de Pripiat, incrédules sous une pluie noire comme la nuit, qu’à quitter les lieux sans se retourner. « On croyait qu’on partait pour trois jours... »

Plus que la catastrophe nucléaire, le départ forcé, le déracinement et la peine à se reconstruire après l’exil constituent le véritable sujet de La Terre outragée. « Le traumatisme, finalement, est au-delà des contaminations : c’est l’évacuation, le départ », explique la réalisatrice d’origine ukrainienne, née en Israël, qui a elle aussi connu les déchirements et qui a conçu le personnage d’Anya comme son double. Pas de scénario catastrophe pour cette fiction construite autour de l’accident de Tchernobyl. La volonté, seulement, d’approcher la psychologie d’Anya et, à travers elle, des rescapés de Pripiat qui ont voulu y retourner. « Les gens me demandent pourquoi je suis restée : c’est chez moi ici », confesse l’héroïne lorsqu’elle comprend qu’elle n’arrivera pas à s’installer, comme prévu, à Paris.

La Terre outragée, drame de Michale Boganim, avec Olga Kurylenko et Andrzej Chyra. Prix du public au festival Premiers plans d’Angers 2012. En français et en russe sous-titré. Actuellement dans les salles.


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