Khodorkovski contre tous

Sorti en décembre en Russie dans quelques rares salles, le documentaire de Cyril Tuschi, disponible mercredi en DVD, tente d’explorer les motifs politiques derrière l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski.

Cyril Tuschi avait d’abord pensé en faire une fiction. L’affaire Khodorkovski réunit tous les éléments d’un bon thriller : un milliardaire russe brillant et séduisant, une arrestation commanditée par le Kremlin, des jeux de pouvoir et de rivalités sur fond de champs pétroliers. Mais Tuschi savait que la réalité derrière l’affaire était plus complexe et a opté pour le documentaire, afin de mener sa propre enquête.


Son ambition : comprendre pourquoi Mikhaïl Khodorkovski a été arrêté en 2003 et, surtout, pourquoi l’homme s’est laissé prendre au piège alors qu’il savait très bien ce qui l’attendait sur le sol russe à son retour des Etats-Unis. Sa méthode : interroger tout témoin susceptible d’apporter des éléments nouveaux pour expliquer une affaire déjà très médiatisée et instrumentalisée, jusqu’à devenir aujourd’hui un symbole de l’opposition anti-Poutine. Mais très vite, le réalisateur allemand se confronte à l’autisme des autorités. Les proches du pouvoir qu’il souhaite rencontrer ne sont jamais disponibles pour lui parler d’une affaire dont on finit par lui faire comprendre qu’il est préférable de ne plus évoquer. Il eut été plus simple, comme le suggère Tuschi lui-même, de consacrer son documentaire à la beauté des paysages russes, comme ceux qui entourent la prison de Sibérie où est incarcéré, depuis sept ans, l’ancien oligarque.

A travers les témoignages de sa famille, de ses associés exilés à Londres ou en Israël et de responsables politiques de l’époque, le film retrace la chronologie de l’affaire, mais sans parvenir à l’élucider. Le silence des autorités, associé aux images d’archives de Khodorkovski affrontant publiquement Poutine peu avant son arrestation, en dit toutefois long, très long sur le caractère kafkaïen du procès. Seul Igor Iourgens, membre de la chambre publique de Russie – qui supervise les travaux législatifs de la Douma –, est moins frileux pour s’exprimer sur l’affaire, n’hésitant pas à mentionner des dessous politiques évidents, mais aussi à pointer du doigt la naïveté et la maladresse de Mikhaïl Khodorkovski.

Outre une prise de recul sur le cas Khodorkovski, mais sans nouvelle perspective, le film de Cyril Tuschi offre surtout – après plus d’une heure de fouilles infructueuses – un entretien exclusif avec Mikhaïl Khodorkovski en personne, à travers la vitre d’une cage en verre. Un Mikhaïl Khodorkovski rencontré en 2010, lors de son dernier procès, si serein et détaché qu’il en devient énigmatique. On ne saisit décidément pas au nom de quelle cause, de quel combat, cet homme qui dit ne pas se prendre pour Monte Cristo a pu se laisser ôter sa liberté.

En définitive, Cyril Tuschi pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses mais a le mérite de faire réfléchir – entre différentes anecdotes sur un homme qui fut l’un des plus riches de la planète – sur la situation d’une Russie post soviétique, et post euphorie des années 90, où règne plus que jamais une immense confusion. A la fin du film, sorti en salles à la veille des mouvements de protestation anti-Poutine qui ont suivi les élections du 4 décembre, le spectateur se demande surtout : où va la Russie ?

Khodorkovski, documentaire de Cyril Tuschi.

Sortie DVD : mercredi 28 mars 2012.


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