Caucase : l’exploitation de l’or blanc

7 stations de ski entièrement nouvelles, 100 000 emplois créés, 14 milliards d’euros financés par le budget fédéral d’ici 2020, l’Etat russe ne lésine pas pour revitaliser l’économie du Caucase. Les groupes européens et plus particulièrement français, désormais à l’étroit dans des Alpes surexploitées, salivent devant ce marché gigantesque.

Les photos de Vsevolod Poulia.

Dimanche 18 mars, la station de ski Arkhyz a inauguré son premier remonte-pente en présence des principaux officiels de la région. La poudreuse du Caucase voit enfin arriver à elle des équipements modernes permettant le développement à grande échelle du tourisme. La société française Poma a construit pour l’occasion un télésiège de 18 pylônes en un temps record. « Cela n’a pas été facile, à cause des délais très courts. Nous avons tout construit en hiver en à peine six mois » explique Christian Bouvier, vice-président du directoire et directeur commercial de Poma. Sa satisfaction d’être le premier sur ce marché saute aux yeux. Arkhyz (« Belle jeune fille » en patois local ») fera office de vitrine pour les six autres stations. « 180 remonte-pentes vont être construits dans les huit années à venir. C’est considérable ! » s’écrie Christian Bouvier. « Le Caucase est une chaîne de montagne exceptionnelle, avec des sommets élevés, un excellent enneigement, bref, des conditions très propices au ski. Le bassin de population est énorme et ces stations vont créer de nombreux nouveaux skieurs » s’emballe-t-il. Poma voit dans le Caucase une des grandes zones de développement de son activité. Sur son chemin, il trouve son concurrent habituel l’autrichien Doppelmayr, avec lequel il s’est partagé les quatre stations de ski russes participant aux Jeux Olympiques d’hiver 2014. Logiquement, les Russes ont voulu tester et comparer les deux principaux fournisseurs mondiaux de remonte-pente. « Il existe aussi d’autres petits producteurs locaux », note Christian Bouvier « mais pour l’instant il n’en existe aucun en Russie ».

La France a pris une position très avancée dans l’ensemble du projet, en créant une coentreprise avec l’organisme public russe (KSK) qui pilote le projet. International Caucasus Development est détenue à 51% par KSK et à 49% par la Caisse des Dépôts et Consignations. La coentreprise franco-russe va dans les deux mois qui viennent mettre au point un plan d’affaires, qui sera utilisé pour lever un milliard d’euros d’investissements (en majeure partie à l’étranger) d’ici un an pour ces sept futures stations de ski caucasiennes. « Une fois que le plan d’affaires, que nous élaborons avec Ernst & Young, sera prêt, nous pourrons proposer des cibles d’investissements concrètes à chaque type d’investisseur » explique Alexeï Nevski, Directeur Général de KSK. « Nous travaillons déjà avec des investisseurs français et avec la banque Nexus [Singapour], mais il est trop tôt pour en dire plus. Nous présenterons le plan d’affaires au public lors du Forum Economique de Saint-Pétersebourg [en juin] ».

Conscient du défit que représente le Caucase pour les investisseurs, l’Etat russe a pris les devants en offrant toute une série de garanties au secteur privé. Lancer une station de ski est un investissement à long terme, qui peut prendre plus d’une décennie avant d’être rentabilisé. Et le Caucase ne bénéficie pas exactement d’une bonne image, ni en Russie, ni à l’Etranger. C’est pourquoi une garantie d’Etat couvre jusqu’à 70% des investissements privés en cas de « force majeure ». Des allègements fiscaux et la création d’une zone économique spéciale devraient également attirer les hommes d’affaires. « En moyenne, le retour sur investissement sera de 10 ou 11 ans », estime Alexeï Nevski. Les autorités russes réfléchissent à améliorer l’infrastructure de transport locale (aéroport, routes, train) pour raccourcir le trajet des touristes jusqu’à l’or blanc. Pour l’instant, un seul grand investisseur privé s’est lancé dans le projet. Il s’agit du groupe de BTP Sinara, appartenant au milliardaire russe Dmitri Pumpianski. Présent sur place, il a expliqué aux journalistes qu’il allait construire à Arkhyz cinq villages autour d’autant d’hôtels, principalement des trois et quatre étoiles. C’est aussi Sinara qui a acheté le télésiège de Poma. Le groupe Sud Koréen Korea Western Power a aussi promis d'investir un milliard de dollars dans la construction de cinq centrales électriques dans le Caucase en partenariat avec KSK. Mais ce projet n'en est qu'à un stade préliminaire.

Selon Alexeï Nevski, Arkhyz s’apparente à la station française « Les Arcs ». La station visera une clientèle issue de la classe moyenne. « Nous réfléchissons à différentier les sept stations entre elles pour qu’elles soient complémentaires et non pas concurrentes ». Et la concurrence internationale ? Pour Christian Bouvier, le Caucase ne présentera pas une concurrence directe pour les stations des Alpes, puisqu’elle attirera une clientèle régionale. « Les clients russes les plus riches continueront probablement à visiter les stations alpines » acquiesce Rostislav Murzagulov, adjoint du directeur général de KSK.

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