Les murs n’ont plus d’oreilles, mais ils parlent

Crédits photo : Reuters/VostockPhoto

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L’artiste russe Pavel 183 est devenu populaire dans son pays natal quand la presse britannique l’a comparé au célèbre Banksy. En mars, la campagne électorale lui a inspiré ses premiers graffiti politiques.

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C’est la mort en 1990 du monstre sacré du rock russe Victor Tsoï qui a donné naissance au graffiti à Moscou. « Tsoï vit » : rue Arbat, un mur est depuis recouvert de graffiti en l’honneur du chanteur. Puis ce fut au tour de l’entrée de l’immeuble où vécut l’écrivain Mikhaïl Boulgakov. Ce mur est gribouillé de dessins et de citations de son roman Maître et Marguerite. Ces deux lieux sont à l’origine du mouvement de l’art urbain en Russie. Ce sont ces murs qui ont poussé Pavel 183 à dessiner dès 14 ans. Il possède deux diplômes à son actif mais refuse de dévoiler sa profession : « Ce sont mes outils, mon pinceau secret. Les journalistes ont écrit partout que j’ai étudié le design de communication car j’avais mis ça sur mon site. En fait, c’était une blague. Je me suis toujours moqué des designers. J’ai fait beaucoup d’études : design, typo, psycho et philo ».

En Russie, la reconnaissance n’est arrivée que récemment, véhiculée par des articles du Guardian et du Daily Telegraph le comparant au graffeur anglais Banksy : « C’est triste, après 14 ans de vie artistique, d’être comparé à quelqu’un. Moi, c’est moi, je ne ressemble à personne », insiste Pavel, pour qui « l’art urbain russe prend sa source dans le situationnisme révolutionnaire, dans le Manifestedu poète Maïakovski. Pour simplifier, c’est l’art de la révolution dans la rue. Je fais de la satire de rue ». L’art est d’ailleurs une notion élastique : « J’ai un ami qui, en faisant la vaisselle, a découvert, dans les traces de ketchup d’une assiette, le profil de Lénine. Il a laissé cette assiette comme ça. Je pense que notre perception, c’est aussi de l’art ». En 2005, Pavel a tourné un film, Le conte d’Alena-2005 , où le visage bien connu de la petite fille sur l’emballage du chocolat soviétique devient le symbole anonyme de l’enfance moderne. Selon lui, chacun est obligé de se vendre, depuis tout petit, sans même le vouloir. Ce sont les règles du monde d’aujourd’hui : «Pour gagner de l’argent, dans la Russie actuelle, pas la peine d’avoir la tête sur les épaules, tant qu’il n’y a pas de tête, pas de société civile. Belinski disait : à Saint-Pétersbourg, on ne peut pas être artiste ou fêtard, il faut au moins être artiste ou au moins fêtard ».

Pour Pavel, « la mission de l’art de rue est le dialogue avec les gens ordinaires.Pour cela, pas besoin de galeries, pas besoin de payer pour voir de l’art. C’est unjeu visuel à travers la ville. Je suis de nature plutôt ascétique. J’aime le silence, lasolitude, la saleté » - faisant écho à Marcel Duchamp. Pavel évoque la recherche d’un équilibre, « sans lequel on risque de devenir du ‘fast food’ avec un menu etdes portions standardisées ».

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