Les « mécontents » fatigués de descendre dans la rue

Crédits photo : Photoshot/VostockPhoto

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Finies, les grandes manifestations contre Vladimir Poutine ? Les derniers rassemblements témoignent d’une baisse sensible du nombre de participants.

Après trois mois de manifestations de masse dans une ambiance euphorique, le mouvement de contestation s’est réveillé avec la gueule de bois, le 5 mars, quand le candidat Vladimir Poutine a été élu, officiellement avec 63% des voix. Malgré les dizaines de milliers d’observateurs volontaires qui ont relevé des milliers d’irrégularités dans le déroulement du scrutin, les manifestations post-électorales n’ont plus rassemblé les foules de décembre et février. Les instants de grâce, où tout semblait possible, ont laissé la place au constat morose que le combat serait très long et ne pouvait plus se limiter à des manifestations de rue.

Les leaders politiques et apolitiques de l’opposition tentent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. En descendant de la scène, après le rassemblement un peu mou du 10 mars dernier, qui n’a réuni que 20 000 personnes contre les 100 000 du 4 février, le journaliste et coorganisateur Serguei Parkhomenko affichait un sourire placide. « C’est normal, nous devons marquer un temps d’arrêt pour comprendre ce qui vient de nous arriver, et nous avons parcouru un chemin colossal en 90 jours , assurait-il. Il faut désormais réorganiser les rangs. Ceux qui se sont mobilisés ces derniers mois ne disparaîtront pas. Mais il faut remplacer le comité d’organisation des manifestations par des comités pour les réformes, pour un nouveau gouvernement ».

Le politicien d’opposition Vladimir Ryjkov est convaincu que le combat ne fait que commencer. Néanmoins, aux défilés doit désormais succéder la routine fastidieuse qui permettra de réformer le système de l’intérieur, prévient-il. Les réformes promises par le Président Medvedev à la suite des premières manifestations de décembre devraient permettre à l’opposition d’entrer officiellement en politique en créant des partis.

L’un des principaux acquis des derniers mois reste l’explosion de l’activisme citoyen grâce aux réseaux sociaux et à Internet. La désinformation par les médias d’État est un frein important à tous les efforts de ceux qui combattent le régime. Pour contrer les chaînes contrôlées par l’État, qui diffusent des reportages discréditant l’opposition, le blogueur Alexei Navalny propose d’élaborer une « machine de propagande positive », un système décentralisé, dont les rouages seraient constitués par chaque opposant, qui se fixerait pour objectif d’informer sa collectivité des exactions du régime.

« Le pouvoir va serrer les vis », ne doute pas le politologue Dmitri Orechkine. « Les réformes de Medvedev, ce sont des miettes pour endormir la contestation. Le pouvoir pense que la boîte de Pandore n’est pas ouverte et que tout va redevenir comme avant. Mais ce n’est pas terminé. Poutine a perdu Moscou et Saint-Pétersbourg (scores les plus bas à la présidentielle, ndlr). Et c’est par les deux capitales que l’histoire s’écrit en Russie ».

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