L’opposition cherche son rythme

Crédits photo : Ricardo Marquina Montañana

Crédits photo : Ricardo Marquina Montañana

La manifestation de samedi 10 mars indique à la fois une baisse sensible de la mobilisation par rapport à décembre 2011 et une détermination des opposants à battre le pavé sur le long terme.

Principal orateur et organisateur de l’événement, le libéral Vladimir Ryjkov a dénombré entre 20 et 25 000 manifestants sur la Nouvelle Arbat, l’une des principales artères de Moscou. Un autre opposant, Sergueï Oudaltsov (Front de Gauche), revendique 30 000 manifestants, tandis que la police parle de 10 000 participants. Sachant que toute la longueur de l’avenue était remplie de monde (sur le trottoir Sud), le chiffre réel est sans doute entre les deux. On est très loin des 100 000 manifestants débordant de l’avenue Sakharov le 24 décembre dernier.

La température samedi était clémente et le soleil généreux. L’ambiance plus détendue que lors de la manifestation du 5 mars, juste au lendemain de l’écrasant score de 64% accordant à Vladimir Poutine une victoire dès le premier tour des présidentielles. « Ce ne sont pas des élections, Poutine n’est pas notre président » ont entonné les orateurs et la foule. Ce slogan imaginé par les organisateurs devait donner le ton de la manifestation. Comme lors des précédentes manifestations organisées depuis décembre, les drapeaux témoignaient d’un large spectre d’opinions. On voit de moins en moins de nationalistes, mais leur présence reste perceptible, dominée largement par les drapeaux de partis libéraux et de gauches.

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Les manifestants, ces incompris !

En interrogeant les participants, on note que nombreux sont ceux qui déclarent avoir voté pour le milliardaire Mikhaïl Prokhorov lors des élections du 4 mars. « Parce que c’est le seul candidat nouveau » expliquent presque toutes les personnes interrogées. « Tous les autres sont des candidats du système Poutine » assène Galina, une étudiante de 22 ans. « Il n’y a pas vraiment de leader dans l’opposition » ajoute-t-elle « mais ils apparaîtront dans le futur. Pour l’instant, nous n’avons pas besoin d’un leader unique. Chaque chose en son temps ». Mikhaïl Prokhorov, qui a promis de créer rapidement un parti libéral, s’est abstenu de participer à cette manifestation, alors que sa présence avait été très remarquée lors des précédentes éditions. « J’ai voté Prokhorov » explique Piotr, un programmateur de 21 ans, « mais j’aurais préféré voter Navalny. C’est lui que je vois comme leader de l’opposition. Je lis son blog depuis deux ans et je suis en tous points d’accord avec lui ».

Alexeï Navalny reste l’orateur le plus applaudit lors des manifestations (lorsqu’il prend la parole), mais vois sa popularité disputée par Sergueï Oudaltsov, un activiste gauchiste que certains observateurs verraient bien prendre la succession de Guennadi Ziouganov, leader intangible du parti communiste russe depuis 20 ans et très affaibli par son score de 17% aux présidentielles. Pour l’instant, Oudaltsov entraîne la frange la plus radicale des manifestants dans un bras de fer avec les autorités. La police, qui depuis décembre a reçu la consigne de ne plus sortir la matraque, procède à un nombre réduit d’arrestation lors des manifestations. Samedi, Oudaltsov et un petit groupe tentant de défiler sans autorisation en direction de la Place Pouchkine ont été détenus quelques heures. Ils ont été relâchés en attendant une décision de justice sur cette infraction. « Les temps ont changé » a commenté Oudaltsov, faisant référence à la pratique autrefois en vigueur consistant à maintenir les manifestants en détention jusqu’au jugement. Lui et ses compères risquent jusqu’à 15 jours de prison. 

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