Dimanche d'élection en Sibérie

Crédits photo : Arnaud Finistre

Crédits photo : Arnaud Finistre

Tout comme le reste de la Russie, la Sibérie a voté ce dimanche pour élire le président. À Tioumen, première ville de la région, il fallait jouer des coudes pour atteindre l'isoloir.


Grand soleil, musique festive, loterie gratuite… Serait-ce la fête nationale en Russie ? Non, mais toutes les conditions sont réunies à Tioumen ce dimanche pour que les électeurs se déplacent. Avec quelques heures d'avance sur Moscou, la première ville de Sibérie élit ce jour le président. En fin de matinée, c’est l’heure de pointe. Les Tiouménites viennent voter en masse.

Et pourtant, « je sais bien que mon vote est inutile », regrette Evgueni, 24 ans. Si l'étudiant ne se fait pas d'illusions quant à l'issue du scrutin qui doit couronner Vladimir Poutine pour la troisième fois, il espère néanmoins que Mikhaïl Prokhorov va vite créer son parti. Quand le milliardaire russe s'est déclaré candidat à la présidence de la Russie à la fin de l'année dernière, Evgueni a décidé de lui donner sa voix. Entre autres, « parce qu'il est nouveau ». Un facteur qui explique sans doute l'engouement pour l'oligarque de la jeune génération, lassée de Poutine avec qui elle a grandi. Igor, un autre jeune supporteur de Prokhorov, tient le même discours. Selon lui, « non seulement il est nouveau en politique, mais il écoute les gens ». « Et puis je ne veux voter pour aucun des autres candidats, ils sont trop corrompus », ajoute-t-il. Deux semaines plus tôt, Igor avoue qu'il n'avait jamais entendu parler de son programme, mais qu’il le connait bien à présent. « J'ai voté avec mon cœur », confie le jeune homme.

Ziouganov : le vote protestataire

Svetlana, elle, ne dira pas à qui elle a donné sa voix. Croisée à la sortie d'une école de Tioumen transformée en bureau de vote, cette quadragénaire n'est pas très à l'aise lorsque l'on lui demande de témoigner. « Pour dire quoi ? Mon vote ne regarde que moi. » Ivan, de cinq ans son aîné, se montre moins secret. « J'ai voté Ziouganov », affirme-il sans complexe, avant de préciser que « c'est un vote de protestation contre Poutine même si, bien sûr, Poutine va gagner, et nous serons à nouveau dans la rue. » Valentina, enfin, s'est levée aux aurores pour voter tout comme ses voisines. Pour cette vieille dame, c'est Poutine, et personne d'autre. « Voilà l'homme fort qu'il nous faut, dit-elle. Il connait bien le pays. » Certes, Valentina ne cache pas sa nostalgie de l'URSS qui lui a permis d'étudier gratuitement. Mais elle ne votera pas Ziouganov, « trop vieux ». Tandis que Poutine est « en pleine forme .»


Pendant ce temps, au bureau du comité de soutien à Prokhorov, installé sur l'artère principale de la ville, les militants s'activent. Soudain, un petit groupe débarque bruyamment : c'est l'une des brigades mobiles d'observation. Constituée de jeunes hommes, elle a pour tâche de fréquenter les bureaux de vote un à un et de se poser en observateur du scrutin afin de relever toute irrégularité. Et d'après Pierre-Yves, jeune étudiant français russophone en échange universitaire à Tioumen, les irrégularités sont nombreuses.

Faux électeurs

Bien intégré localement, le Français s'est porté volontaire pour surveiller le déroulement de l'élection présidentielle. « Je ne fais partie d'aucune ONG, explique-t-il, j'ai simplement été invité à me constituer observateur international. Je peux déjà dire que, même si j'ai les documents nécessaires pour être observateur, certains responsables de bureaux sont sceptiques. Ils n'hésitent pas à mettre en doute la validité de nos papiers et il s'en est fallu de peu pour qu'on me refuse l'accès au bureau de vote ! »

Serguei, jeune Russe de 25 ans, l'accompagne. Il raconte comment les responsables des bureaux empêchent les observateurs de filmer eux-mêmes les scènes de vote, bien qu’ils en aient l’autorisation. Par ailleurs, on l'a mis en garde contre le « carrousel », un équipage de faux électeurs qui œuvrait déjà lors des élections législatives du 4 décembre. « Un bus d'une quarantaine de personnes se déplace de bureau de vote en bureau de vote, explique le jeune Tiouménite. Ils ont sur leur passeport une marque reconnaissable qui leur permet de voter plusieurs fois, c'est prévu. »

Le peu d'attention avec laquelle les urnes étaient surveillées ce dimanche à Tioumen ne contredit pas ces accusations de falsifications. Pour introduire son bulletin dans l'urne destinée à la loterie, en revanche, le contrôle était redoutable.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.