130 000 manifestants pour 7 minutes de Poutine

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Ils sont venus de toute la Russie jeudi 23 novembre pour témoigner à Moscou de leur soutien au premier ministre, candidat à un troisième mandat le 4 mars prochain. Des syndicats, des militaires, des étudiants, des associations, beaucoup de groupes organisés et très peu d’individus venus de leur initiative personnelle. Une caractéristique qui se reflétait sur les pancartes, à peu près uniformes et produites en masse. A l’inverse, les manifestations de l’opposition voient défiler un grand nombre de pancartes artisanales portant des slogans très divers. Dans l’ensemble, les slogans des manifestants se résumaient à des slogans comportant le nom du candidat « Volodia, nous sommes avec toi », « Notre ville vote Poutine », « La Russie est pour Poutine », etc. Un original a indiqué « Pour la patrie, Pour Staline, Pour Poutine ».

Si l’ambiance était festive, et parfois bien arrosée, les manifestants étaient dans leur grande majorité très réticents à parler à la presse étrangère, comme s’ils avaient reçu une consigne en ce sens. La presse d’opposition affirme qu’une grande partie des manifestants en soutien à Vladimir Poutine sont en réalité forcés par leurs supérieurs à s’y rendre, soit payés, soit – pour les provinciaux - appâtés par la possibilité de passer quelques heures ou jours gratuitement dans la capitale russe.

L’usage de ressources administratives et publiques pour l’organisation de cet événement ne fait aucun doute. Des autobus de la ville de Moscou ont transporté gratuitement les manifestants et le ministère des situations d’urgence distribuait de la nourriture.

Pour une fois, les organisateurs et la police étaient d’accord sur le chiffre de la participation (autour de 130 000 manifestants), alors que pour les manifestations de l’opposition, la police divise environ par 5 le nombre de participants comptés par les organisateurs. Pour avoir dépassé de 30 000 personnes le nombre autorisé, les organisateurs de la manifestation pro-Poutine risquent une amende de 50 euros, alors que pour la même infraction, une centaine de manifestants du défilé d’opposition qui s’est déroulé le 5 décembre dernier ont écopé de 15 jours de détention.

Une partie de l’énorme foule a d’abord défilé sur un quai de la rivière Moskva avant de rejoindre l’énorme arène du stade Loujniki, non loin du centre-ville de la capitale russe. Les tribunes du stade étaient pleines et un podium était dressé en son centre. Plusieurs personnalités ont pris la parole pour louer l’action de Vladimir Poutine, comme le maire de Moscou Sergueï Sobianine. « Poutine ne parle pas beaucoup, mais il met les mains dans le cambouis (…) c’est un véritable leader », a-t-il déclaré. Un ouvrier de l’Oural devenu célèbre en décembre après avoir déclaré en direct à la télévision qu’il était près à venir à Moscou « pour en découdre » avec les manifestants de l’opposition, a également pris la parole. Igor Kholmanski, de l’usine OuralWagonZavod, a tout tremblant déclaré « Nous sommes pour la Russie, nous sommes pour Poutine ». Immédiatement dans la foulée, le candidat favori de la présidentiel s’est avancé sur le podium sous les ovations de la foule, certainement très surprise, car Vladimir Poutine n’était pas annoncé au programme. D’ailleurs, une partie non négligeable des tribunes s’était déjà dégarnie à l’apparition du leader.

Durant son court discours de 7 minutes, Vladimir Poutine est apparu nerveux, hésitant à plusieurs reprises, et a axé son discours sur un combat avec un ennemi mystérieux. « La bataille pour la Russie se poursuit » a indiqué le premier ministre, sans préciser qui est l’adversaire. « Nous sommes un peuple de vainqueurs, c’est inscrit dans nos gènes ».

Chacun a pu identifier son ennemi favori : « le retour du communisme » s’exclamait Artem, un graphiste d’une quarantaine d’année, peu après le discours. « Les Américains, qui veulent nous piquer notre pétrole » assure au contraire Vadim, étudiant venu de la ville de Toula. Pour Svetlana, une employée de mairie d’âge moyen, « ce sont les oligarques et les mafieux de qui Poutine nous protège ! ». Pourtant, l’allusion la plus franche de Poutine aux ennemis concernait les Français de la Grande Armée Napoléonienne, à travers la citation d’un poème de Lermontov sur la bataille de Borodino en 1812 : « Comme nos frères, nous mourrons en défendant Moscou ».

Depuis le début de sa campagne, Vladimir Poutine fait allusion à des forces étrangères tentant de déstabiliser la Russie. La date du meeting politique coïncidait d’ailleurs  avec la fête nationale russe « du défenseur de la patrie », un jour chômé.

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