« PolyValentin » aux sources de l’intemporel

Après les Lettones (ci-dessus), plein cadre sur les Russes en mai. Crédits photo :  Archivespersonnelles

Après les Lettones (ci-dessus), plein cadre sur les Russes en mai. Crédits photo : Archivespersonnelles

Un artiste français subjugué et inspiré par la Russie et Saint-Pétersbourg.

Source : archives personnelles

Valentin Sokolov, Vekovski ou Zazou : autant de pseudonymes pour des projets liés à ce pays qu’il aime et qui l’aimante. Le site de son projet photogra­phique FaceScape, www.facescape.net, vient d’être lancé. Expo photo, ciné-concert ou recueil de nouvelles : depuis sa première vi­site en 2003, tous les prétextes artistiques sont bons pour revenir encore et toujours suivre la trace de ses origines.


Une enfance vagabonde, ici et ailleurs ; un père chantre de la « musique intelligente », Hector Zazou ; des études de philo ; une école de musique ; des goûts littéraires classiques, et pour amalgamer le tout, les racines bien ancrées d’une arrière grand-mère russe. De là cette conver­gence vers ce pays et cette soif d’âme slave. PolyValentin est un sobriquet de circonstance pour cet esthète multiforme. Entretien.


Valentin, qu’est ce qui vous attire tant en Russie ?

Valentin Sokolov (Source : archives personnelles)

Pour moi, la Russie est ce qui lie les contraires et c’est ce qui fait naître l’ « étrange étrangeté ». Les Russes sont en prise directe avec la force primordiale, non refoulée. Cette absence de calcul est tout le contraire de la mentalité cartésienne française et c’est ce qui provoque cette fascination réciproque.


Durant mes études de philosophie, j’étais indigné par le fait qu’une chose ne peut être son contraire. C’était en inadéquation avec mon expérience de la vie. Ici, je retrouve cette caractéristique si significative pour moi : tout change tout le temps. Du point de vue esthétique, il y a cette architecture ! À Moscou, en me promenant dans les rues de Bolсhaia Loubianka, Sretenka et débouchant sur le prospekt Mira, j’ai senti une forte impression d’une terreur qui plane, la sensation d’être dans un film de science-fiction à la Blade Runner ou dans le Gottham City de Batman, qui a été conçu sur le modèle de Moscou.


Pour Saint-Pétersbourg, c’est tout autre chose. Ici, c’est le côté intemporel qui sidère. Cette ville qui n’a que 300 ans et qui est si chargée d’histoire, cette impression d’éternité. L’ énergie de cette architecture irréelle, comme sortie d’un rêve, ces intérieurs chargés, on sent la sève primordiale qui jaillit. Je constate d’ailleurs à regret l’ascendance inévitable du mode de vie occidental. Elle se manifeste dans ce trop-plein de voitures. La tôle prend le dessus sur la peau.


Et n’oublions pas la beauté « mutante » des femmes russes. On y retrouve les influences asiatiques, nordiques, européennes et ce quelque chose d’enfantin. Le comble de cette féminité et ce à quoi, selon moi, tient l’équilibre du monde, est le talon aiguille sur la glace en hiver. Cet éternel féminin qui s’est perdu en Occident est si présent ici, comme en France dans les années 70. Mon projet photo veut rendre ce voyage dans le passé.


Justement, parlez-nous de vos projets artistiques et de leur rapport à la Russie.


J’ai en ce moment trois projets différents et ils sont tous liés à la Russie d’une manière ou d’une autre.


Tout d’abord, mon projet photographique FaceScape. C’est un voyage dans l’espace mais aussi dans le temps, dans le passé de l’Occident par le biais des pays de l’Est. Une série de portraits sur fond d’architecture dans des villes à l’histoire très forte comme Saint-Pétersbourg, Prague, Sofia et d’autres. Le projet tient surtout à la rencontre fortuite des gens dans les rues de ces villes, et la création en commun d’images intemporelles. Cela correspond à ma vision du voyage qui est de chercher à éprouver ce qui se passe et à s’y rendre dispo­nible. En mai prochain, pendant les « nuits blanches », je serai à Saint-Pétersbourg pour prolonger ces rencontres et effectuer des portraits davantage mis en scène dans des lieux emblématiques de la ville, sur les canaux et les toits par exemple.


D’autre part, il y a mon projet littéraire, Chroniques de l’Aube, qui est une série de douze nouvelles, comme douze fa­cettes d’une même horloge, et qui témoignent de mon ressenti durant mes voyages. Trois nou­velles seront consacrées à mon expérience russe.


En troisième lieu, je veux faire revivre à Saint-Pétersbourg une création musicale, Projet Caligari, qui a déjà connu son heure de gloire en 2007, à la Cité de la Musique à Paris. C’est une composition originale pour un quatuor à cordes qui subit un traitement électronique en direct. Elle vise à accompagner, dans le cadre d’un ciné-concert, le chef-d’œuvre du cinéma expressionniste, Le cabinet du Dr Caligari. J’aimerais le faire jouer par les musiciens du Mariinski dans cette ville qui représente si bien la symbiose entre l’ancien et le moderne.

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