Syrie : un arrière-goût d'Irak

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec le président syrien Bachar el-Assad. Crédits photo : REUTERS/Vostock-Photo

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec le président syrien Bachar el-Assad. Crédits photo : REUTERS/Vostock-Photo

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le directeur du Service de renseignement extérieur Mikhaïl Fradkov ont la semaine dernière à Damas des entretiens avec le président syrien Bachar el-Assad. Leurs résultats pourraient permettre d'apaiser le conflit syrien en cas d'implication des principaux acteurs actuels au Moyen-Orient : les Etats-Unis et les monarchies du Golfe.

Le premier point d’accord à Damas a été d'intensifier les efforts pour réunir à la table des négociations les autorités et l'opposition. « Il est clair que les efforts visant à mettre fin à la violence doivent être accompagnés de la mise en place d'un dialogue entre toutes les forces politiques », a déclaré le ministre russe après les pourparlers. « Aujourd'hui, nous avons reçu confirmation de la disposition du Président de Syrie à contribuer à ce travail ».

M. Lavrov a également indiqué que la partie syrienne avait demandé « d'exercer une influence sur les groupes d'opposition qui refusent pour l'instant le dialogue », a rapporté l'agence ITAR-TASS. Par conséquent, la Russie continuera de coopérer avec les différentes formations de l'opposition syrienne, a souligné M. Lavrov. « Mais ceux qui ont plus d'influence que la Russie doivent également travailler avec elles », a-t-il ajouté.

Cette précision est particulièrement d'actualité. L'ancien ministre russe des Affaires étrangères Evgueni Primakov, analysant dans le quotidien Rossiïskaïa gazeta la situation autour de la Syrie, a déclaré: « En dépit de quelques voix dans le camp de l'opposition en faveur d'un dialogue avec les dirigeants syriens, l'opposition a catégoriquement refusé tout contact. De nombreuses tentatives de négocier pour mettre fin de l'effusion de sang ont d'ailleurs été rejetées. Il est possible que certains signaux émis de l'extérieur aient joué un rôle fatal ».

Une allusion assez transparente de l'expert russe au fait qu'il existe en dehors de Syrie des forces influentes ayant intérêt à la poursuite du conflit, qu'aiguise d'heure en heure le régime d'Assad.

Lavrov a réitéré son invitation à tenir des pourparlers à Moscou sous la médiation du Kremlin. La déclaration émise par le ministère syrien des Affaires étrangères à l'issue de la rencontre entre Assad et Lavrov stipule que le président syrien « a réaffirmé la volonté du gouvernement d'envoyer une délégation officielle à la réunion inter-syrienne à Moscou ». Un nouveau refus de l'opposition de mener des négociations porterait non seulement un coup à sa réputation, mais renforcerait la position de la Russie à l'ONU, qui cherche à obtenir la reconnaissance d'une responsabilité partagée entre Damas et l'opposition dans les 11 mois de carnage continus.

Il ne fait aucun doute qu'il était important pour M. Lavrov d'encourager le président syrien à mener des réformes démocratiques dans le pays. Il s'agit de la seule façon de passer d'une simple trêve avec l'opposition à un dialogue politique susceptible d'éteindre les causes du conflit.

A l'issue des pourparlers, M. Lavrov a déclaré: « Le président Assad a déclaré que dans les prochains jours, il rencontrerait la commission qui a préparé le projet de nouvelle Constitution. Le travail est terminé et on annoncera prochainement les dates du référendum sur ce document important pour la Syrie », a déclaré Lavrov, cité par l'agence Interfax.

L’ancien Premier ministre russe Evgueni Primakov, qui a effectué une grande partie de sa carrière au Moyen-Orient, rappelle à cet égard : « Les autorités syriennes ont annoncé la levée de l'état d'urgence, la fin du monopole du parti au pouvoir Baas, l'introduction d'un système multipartite, la tenue prochaine d'élections démocratiques présidentielles et législatives, et ainsi de suite. L'opposition n'a pas fait un seul pas dans sa direction. Pendant ce temps, apparemment, une partie importante de la population, si ce n'est la majorité, soutient la direction donnée par Bachar al-Assad ».

L'intensification des réformes politiques prenant appui sur la majorité de la population joue également en faveur d'Assad, y compris à l'ONU. La question est toutefois de savoir si les pays occidentaux et les monarchies du Golfe sont prêts à en tenir compte.

Suite au véto opposé samedi par la Russie et la Chine contre le projet de résolution anti-syrienne du Conseil de sécurité, l'irritation de l'Ouest a dépassé toutes les limites imaginables. Lavrov a déclaré que certaines évaluations faite par l'Occident des actions de Moscou au Conseil de sécurité étaient « obscènes, frisant l'hystérie ».

Cependant, l'affaire ne s'arrête pas là. Les Etats-Unis ont fermé leur ambassade à Damas, et d'autres pays d'Europe occidentales rappellent leurs ambassadeurs. La création d'une coalition d’« amis de la Syrie » est également évoquée. Tout cela n'est pas seulement un nouveau pas dans l'isolement international de Damas : on assiste aujourd’hui à la formation d'un front anti-syrien, qui rappelle furieusement la création de la coalition anti-irakienne, qui s'était lancée sans aucune sanction de l'ONU dans le démantèlement du régime de Saddam Hussein.

Cette approche menace non seulement de faire émerger un nouveau conflit au Moyen-Orient, mais aussi de déstabiliser l'ensemble du système des relations internationales fondées sur la primauté de l'ONU concernant le maintien de la sécurité internationale.

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