Réveillon dans un bus

Crédits photo : Itar-Tass

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Quel est le point commun entre le Père Noël, les sapins et les cadeaux ?

Si vous répondez Noël, c’est que vous n’avez probablement jamais passé l’hiver en Russie. Si vous aviez déjà été en Russie en décembre, vous auriez su que tous les symboles qui pour nous sont propres à Noël (et dont les noms russes sont « Ded Moroz », les yolkis et la vodka) correspondaient au Nouvel An. Et vous auriez vu beaucoup de neige.

Mais est-ce vraiment toujours le cas ? Le destin est clairement en train de me jouer un mauvais tour : nous sommes au mois de décembre et il fait plus chaud ici à Moscou que dans ma ville natale en Angleterre. Du coup, il n’y a pas de neige, ce qui me plombe un peu le moral. Un mois de décembre sans neige en Angleterre, ça passe, mais pas en Russie. C’est comme si un mythe s’effondrait et que  je n’étais plus sûr de rien.


Permettez-moi donc de partager avec vous mes expériences d’un hiver sibérien et d’un Nouvel An russe afin de me remonter le moral. Êtes-vous confortablement assis autour d’un feu ? Parfait, je peux commencer.

L’année dernière à la même époque, j’étais à Novossibirsk, au milieu de la Sibérie enneigée, à des milliers de kilomètres de Moscou, et encore plus loin de ma terre natale. La neige était partout, conformément aux lois de l’univers telles que nous les connaissons. Mais il faisait également très froid : environ -30° C.

Je vivais à Novossibirsk depuis seulement deux mois, luttant constamment pour me faire comprendre et quelque peu nostalgique du confort que j’avais laissé derrière moi. Je profitais néanmoins de cette nouvelle et formidable expérience qu’était la vie en Sibérie. Vous vous demandez certainement comment la vie sous des températures aussi basses peut être considérée comme formidable. Permettez-moi donc de tordre le cou à quelques clichés sur la Sibérie.

La majorité de la Sibérie a un climat très sec. Les températures qui pourraient faire frissonner un étranger venant de régions plus humides sont dès lors parfaitement supportables si vous portez les vêtements adéquats.

De plus, la Sibérie est d’une beauté rare. Ma première sortie de la ville après les fortes chutes de neige fut une expérience inoubliable. Les arbres couverts de neige s’étendaient à perte de vue, on pouvait presque voir la glace dans l’air et malgré l’inhospitalité de ce climat rude, où plutôt grâce à elle, le paysage sibérien était magnifique. Cette splendeur avait quelque chose de presque religieux. Vous auriez même envie d’en pleurer si vous n’aviez pas peur que vos larmes se transforment en glace dans vos yeux !

Je suis venu en Sibérie pour tenter de découvrir la « vraie Russie », ce qui n’est pas toujours facile à comprendre pour les touristes qui ne souhaitent pas sortir de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Alors quand, un après-midi de décembre, une amie russe m’a invité à passer le Nouvel An avec elle, je n’ai pas hésité une seule seconde. Elle n’avait posé qu’une condition : aucune question sur le programme qu’elle avait préparé.

Nous nous sommes donc retrouvés le lendemain afin qu’elle me donne mon invitation pour la fête du Nouvel An. L’aspect de l’invitation donnait déjà le ton : il était composé de Ded Moroz, de Snegourotchka (sorte de Mère Noël sexy) et d’un trolleybus.

Un quoi ? Le trolleybus russe ne ressemble que très peu à un bus, et encore moins à un trolley. Comme la plupart des produits de conception soviétique, il est grand et assez moche. Mais contrairement à la plupart des produits de conception soviétique, il est parfait pour faire la java : sa taille est idéale et les fêtards qui sont à l’intérieur ne se soucient pas de son apparence extérieure.

La soirée pouvait commencer. Le traditionnel banquet du Nouvel An, composé d’héritages gastronomiques étranges de l’époque soviétique, était organisé avant la fête. Nous avons d’abord eu droit à la salade « olivier » qui, à l’instar de la plupart des salades russes, manquait étrangement de légumes. Nous avons bu ensuite du « champanskoïé », vin pétillant bon marché dont la capacité à provoquer des gueules de bois mesurables sur l’échelle de Richter permet d’oublier son déficit de goût. Et enfin, tout s’est assez bizarrement terminé par une montagne de mandarines, fruit qui devient inexplicablement sacré durant la période des fêtes en Russie.

À neuf heures, tout le monde était dans le bus pour faire la fête. Nous étions une vingtaine de personnes, chaque groupe assis autour de sa propre table. À l’arrière se trouvaient un buffet et une sono, et à l’avant, notre organisatrice et animatrice improvisée : une femme d’âge moyen plutôt potelée qui se promenait dans tout le bus et qui a réussi à renverser plusieurs salades « olivier » avec son postérieur. Soudain, le véhicule a démarré brusquement, marquant ainsi le début officiel des festivités.    

Le trajet en lui-même était ponctué d’arrêts et d’excursions, dont le décompte que nous avons effectué en compagnie de centaines d’autres personnes dans un parc du centre. Peu après minuit, nous avons également reçu la visite de Ded Moroz. Il a présidé une compétition assez loufoque dont les deux buts, sans réel rapport, étaient de glisser sur la glace assis en arrière sur une bâche et de réciter deux phrases russes difficiles à prononcer. J’ai gagné le premier prix car j’étais le seul étranger et que j’avais réussi à prononcer au moins une des phrases presque correctement. J’ai ainsi remporté un énorme gâteau en forme de trolleybus ! Invité à prononcer un discours, je me suis avancé gaiement afin de remercier mes hôtes pour leur chaleur et leur hospitalité.

C’est à ce moment que, submergé par l’émotion, j’ai compris ce qui était « véritablement russe » dans cette situation, en plus du fait que tout ce qui m’entourait était complètement nouveau pour moi. Il existe ici une mentalité commune, nourrie par des centaines d’années de vie dans les régions rurales et qui se manifeste durant des évènements comme le Nouvel An. Ne vous laissez pas tromper par les quelques employés de magasin bougons. Les Russes font partie des gens les plus accueillants et les plus sympathiques au monde.

C’est pourquoi, si par hasard vous êtes en Russie durant la période des fêtes, pensez à bien choisir ce que vous ferez pour le réveillon du Nouvel An. Oubliez les barrières linguistiques ou culturelles. Une soirée en compagnie de Russes ou une fête de Nouvel An authentique, en dehors des bars habituels pour étrangers dénués de toute culture locale, constituent des expériences inoubliables et « véritablement russes ».

Quant à moi, dès que la neige commencera enfin à tomber, je me mettrai à la recherche d’une fête de fin d’année capable de rivaliser avec celle de l’année dernière. Et si je trouve quelque chose, je ne manquerai pas de vous tenir au courant.

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