Lars Hokan Danielsson : « Travailler en Russie, c’était mon désir »

Lars Hokan Danielsson, chef du Groupe financier allemand Allianz en Russie. Crédits photo : service de presse ROSNO

Lars Hokan Danielsson, chef du Groupe financier allemand Allianz en Russie. Crédits photo : service de presse ROSNO

Quelles « surprises » guettent les étrangers dans notre pays ? Quelles sont les composantes du succès d’un centre financier ? Quelle est l’importance d’Allianz en Russie ? Lars Hokan Danielsson a accepté de nous éclairer sur le sujet.

À 50 ans, Hokan Danielsson a pris une décision que peu auraient prise à son âge. À la tête du Groupe financier allemand Allianz en Russie, ce Suédois a accepté de quitter sa Suède natale et une vie tranquille dans les Pays Baltes pour un pays inconnu. Après tout, pourquoi pas ? Ses enfants ont grandi et il peut désormais se consacrer à son travail dans un nouveau pays. « Travailler en Russie, c’est un nouvel élan, un défi : exactement ce qu’il faut pour un top-manager », admet Danielsson. Autre point intéressant, le Suédois est devenu directeur du groupe d’assurance Rosno, qui n’était présent ni en Russie, ni dans aucune des structures d’Allianz. Le nouveau président de Rosno a bien voulu nous faire partager ses expériences passées et ses plans futurs, ainsi que sa stratégie pour renforcer la position d’Allianz sur le marché russe.

— Comment trouvez-vous la Russie ?

— Je me plais beaucoup ici. Je ne peux pas dire que je savais à quoi m’attendre, mais je n’ai pas eu tant de surprises que cela. Et celles que j’ai eues étaient toutes positives.

— Par exemple...


— Les Russes sont véritablement chaleureux, sympathiques, toujours prêts à aider, et très généreux. Bien sûr, vous pourriez me rétorquer : « Qui accepterait de quitter la Suède pour diriger une société en Russie ? ». Mais ce qui est sûr, c’est que les Russes sont vraiment des gens bien. Et je m’en suis aperçu lorsque j’ai eu l’occasion de me rendre en région. La façon dont ils vous accueillent, vous reçoivent... Les toasts, et même les chansons (il rit). C’est très agréable.

— Et pour ce qui est des moins bonnes surprises ?

— J’ai l’impression que les gens, en Russie, ne savent pas travailler en équipe, leur approche au travail est plus individualiste. Ici, les dirigeants sont très professionnels et compétents, mais peut-être n’arrivent-ils pas toujours à tirer le meilleur de leurs employés. Je m’y attendais, mais pas à ce point. Je n’avais jamais travaillé avec la Russie auparavant, mais j’ai eu l’occasion de travailler avec des pays voisins : la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. La situation ne diffère pas énormément, mais ici, ce facteur est beaucoup plus présent. L’une de mes tâches principales est de rassembler les gens, de les amener à travailler en équipe. De même, la différence de culture d’entreprise entre les trois compagnies d’Allianz en Russie (Allianz, Rosno et Progress-garant) s’est avérée beaucoup plus importante que je ne l’imaginais.

— Ces derniers temps, certains investisseurs étrangers ont abandonné le secteur des assurances en Russie. Ce n’est pas le cas d’Allianz ?

— Non, nous allons dans une direction opposée, nous développons notre activité. Nous pensons fermement que le marché russe a du potentiel.

— Peut-on dire qu’Allianz en veut ?

— Cette expression ne fait pas vraiment partie du vocabulaire de Munich (il rit). Allianz est une entreprise plutôt conservatrice. Il est sans doute préférable de se développer lentement, en contrôlant le processus, que de foncer dans le tas. De nombreuses entreprises forcent l’entrée, puis disparaissent, tandis que nous sommes sur le marché depuis déjà 100 ans, et nous continuerons notre activité. Je préfère les mots « déterminé » ou « obstiné ». Car Allianz se développe avec détermination en Russie.

— Quelle est la stratégie actuelle d’Allianz en Russie ?

— Si on analyse le pourcentage de ce business en Russie par rapport aux activités globales d’Allianz, cela ne représente qu’une partie. D’un autre côté, je reste persuadé que tant que la crise européenne se poursuivra, le potentiel de la croissance dans les pays où le marché est saturé restera limité. Mais les entreprises doivent se développer. C’est comme à vélo, si on n’accélère pas, on n’obtient aucun résultat. C’est pourquoi les marchés émergents sont très importants : c’est justement là que se concentre la croissance. Les actionnaires veulent voir de la croissance et des profits. Et dans ce contexte, notre rôle est important.

— Le business en Russie manque de transparence, la corruption est monnaie courante. A votre avis, comment lutter contre ce fléau ?

— Il serait faux de penser que dans les autres pays, le business est totalement transparent, et que la corruption n’existe pas. Mais en Russie, c’est un problème plus global que sur les autres marchés où j’ai eu l’occasion de travailler. Ceci dit, je ne suis pas sûr qu’elle soit plus forte en Russie qu’en Lettonie, par exemple. Et c’est un grand risque pour une entreprise comme Allianz, parce que nous n’avons pas d’autre alternative que de travailler dans la transparence. Cela veut dire que de temps à autre, nous devons dire « non » au marché. Ce qui réduit le potentiel de croissance, et peut devenir un sérieux problème.

Le marché russe marche à la commission. De nombreux paiements et ventes privées sont effectués en espèces. Et la combinaison de ces deux facteurs crée de nombreux risques, comme ceux que vous décrivez. Comment lutter ? Je pense que le seul moyen à long terme est de développer la société russe. Le secteur de l’assurance est intégré à la société. Il n’existera jamais de règles séparant les assurances de la société. Et ce, pour deux raisons. La première, c’est le développement économique, car plus on se développe, plus les virements bancaires sont fréquents, et donc les paiements en espèces diminuent. Le développement et l’amélioration du système juridique aussi peut être utile. Un contrôle strict du marché est capital. Et ce travail est en cours. Je vois aussi une autre raison : le manque de confiance. Parfois, il s’agit d’un manque de confiance envers les entreprises, mais parfois, c’est un manque de confiance envers les gens.

— La Russie veut mettre en place un Centre financier international dans la région de Moscou. Qu’en pensez-vous ?

— C’est un sujet très intéressant. Dans le monde, les candidats à la création de centres financiers sont nombreux. Et même une petite ville comme Stockholm y prétend. J’ai pris une participation active dans la réalisation de cette initiative à Stockholm, en tant que membre du groupe de gestion qui inclut des représentants des institutions financières, de la ville, du gouvernement suédois, etc. Quelles décisions prendre à propos de l’infrastructure, des impôts, des experts et du système juridique ? Toutes ces questions doivent être résolues. Pour Moscou, je pense qu’il existe deux points critiques. Le premier concerne l’attraction des investissements à long-terme. Les investissements à long-terme, c’est la base. Si vous avez un ou deux fonds d’investissements directs, ce sera insuffisant pour poser les fondations, car il faut des capitaux à long-terme. Et c’est une bonne chose qu’aujourd’hui les investisseurs rencontrent des difficultés à choisir où investir. Investir dans des obligations d’état ? D’accord, le taux d’intérêt est élevé. Mais comment savoir si l’on me paiera ? Ou alors je suis sûr que l’on me paiera, mais le taux d’intérêt sera dérisoire. Des co-entreprises avec l’Etat sont de bons exemples d’investissements à long-terme. Il peut s’agir de la construction d’aéroports, de routes ou de prisons. Et c’est une très bonne combinaison. 

— Vous parlez de grands projets d’infrastructures...

— Oui. Et la création d’un vrai système de fonds de pension serait un bon début, parce que c’est de l’argent à long-terme. Vous obtenez de l’argent sur 20, 30, parfois 40 ans. Deuxièmement, l’éducation et le professionnalisme, car la présence de capitaux à long terme et de personnes compétentes constitue une très bonne base. Bien sûr, le succès ne sera pas immédiat. Troisièmement, l’élaboration de règles et leur prévisibilité. Car si vous voulez avoir un capital à long-terme, il faut garantir le développement d’une base normative, avec un système de contrôle. J’ai besoin de savoir, si je prends cette direction, que la situation ne changera pas radicalement d’ici cinq ans.

— La constance des règles du jeu et leur transparence est un thème très actuel en Russie.

— Cela l’est aussi dans les autres pays. Vous savez, un jour, j’étais sur l’île de Guernesey, qui attire une bonne partie du capital. Guernesey n’est pas une grosse ville. J’y ai rencontré le ministre des Finances qui m’a dit: « En 15 ans, nous n’avons pas changé une seule de nos règles pour les investisseurs ».

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